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Copyright: Les personnages de Xena, Gabrielle, Argo, etc sont la propriété de MCA / Universal. Je ne les ai empruntés que pour un moment. Aucune infraction n'a été intentée. Le reste de l'histoire est à moi et j'en détiens les droits d'auteur. N'utilise aucune partie de cette histoire sans mon autorisation écrite. Je peux être contactée à Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

Sexe:  Cette histoire contient des scènes entre deux femmes faisant l'amour. <sourire>  Si cela te choque, s'il te plaît ne lis pas mon histoire. Il y a beaucoup d'autres belles histoires ailleurs.

Violence: Il y a des scènes de violence dans cette histoire.

Pour Julie - qui attend toujours les Amazones

partie 1

 Artémis et Athéna écoutaient attentivement Ares, à la recherche d'un signe de mauvaise foi chez leur frère. Ce ne serait pas la première fois qu'il essaierait une tactique sournoise pour récupérer la Princesse guerrière.

"Artemis, chère sœur ..." il marcha derrière elle et posa ses mains sur ses épaules.  "Je cherche juste ton intérêt et celui de tes précieuses Amazones. Tu dis n'avoir aucun doute sur le fait que Xena protégera toujours cette ennuyeuse... je veux dire Gabrielle, ta reine. Je pense que tu as peut-être tort. "  Il lâcha la chasseresse et se tourna vers Athéna.

"Athena, dis-moi, ferais-tu confiance à Xena pour veiller sur Athènes, ta ville bien-aimée?"

"Pourquoi, oui bien sûr ... elle a changé, Ares."

"Ah, avant de dire ça, pense à ceci... Tu lui ferais confiance pour la laisser prendre toutes les décisions? Influencer ton gouvernement, avoir toute liberté dans ses prises de position? La femme qui a tenté de tuer Hercule? »
Il regarda Artemis. "Sans oublier la reine Melosa."

 "C'était pour empêcher une guerre, Ares, tu le sais très bien." protesta la chasseresse.

 "A ce qu'il paraît. Xena ferait beaucoup au nom de la "protection", n'est-ce pas? Pense à tous ces villages qu'elle a rasés au nom de la protection d'Amphipolis."

Les deux déesses frémirent au souvenir de Xena seigneur de guerre. Ares se caressait la barbe, pensif.  "Tu lui fais confiance pour protéger Gabrielle. Et si au nom de cette protection, elle détruisait un autre village? Athena, elle a aidé ton armée à anéantir la Horde, dis-moi ... a-t-elle protégé Gabrielle alors? Ou bien sa soif de sang l'a-t-elle aveuglée? "

La Déesse de la Sagesse ferma les yeux devant la légitimité des paroles de son frère.
 "Elle a admis que sa peur et son manque de connaissances envers la Horde ont obscurci son jugement." admit-elle. "Mais elle a toujours protégé Gabrielle, Ares."

 "Ah bon?" dit-il sournoisement, sachant qu'elle était tombée dans son piège.

Il agita la main et une image apparut dans la boule de divination. Gabrielle à l'extérieur des portes du fort donnait de l'eau à des blessés, alors que Xena, à l'intérieur, tentaient de trouver la meilleure façon de détruire la Horde. L'image changea selon ses ordres et fit apparaître la grande guerrière qui envoyait une hache dans le dos d'un homme qui s'échappait, rappelant à ses pures et nobles sœurs quel sang-froid pouvait avoir son ancienne princesse. Les images remplissaient la boule, celles qu'il préférait, sa princesse guerrière traversant un village à cheval, son armée derrière elle. L'odeur du feu et du sang se propageaient dans les airs. Il étouffa son envie de sourire devant l'air écœuré de ses sœurs. 

"Maintenant, dis-moi, Artemis, crois-tu toujours qu'elle serait le meilleur choix pour protéger la Reine?"

 "Ares, elle n'est plus cette chef de guerre. Elle est sur le chemin de la rédemption." dit la chasseresse avec fermeté.

"Elle a prouvé à maintes reprises qu'elle ne pouvait pas protéger la blonde du danger." Il agita à nouveau sa main et les images changèrent. Gabrielle pendue à une poutre pendant que Xena se battait contre Callisto, Gabrielle attachée à un poteau avec l'incompétent Joxer, Gabrielle piégée dans un cercueil prête pour le four crématoire.

 "Elle l'a sauvée à chaque fois." déclara Athena.

 "Oui, elle l'a sauvée ces fois-là." il arpentait la pièce, les mains jointes, les index se touchant sous son menton. "Mais c'est une question de temps avant qu'elle n'y parvienne plus. A quelle distance était Gabrielle avant d'être brûlée?"

 "Ares, c'est encore un de tes trucs pour la récupérer." accusa Artemis. "Xena aime Gabrielle. Elle ne laissera rien ni personne lui faire du mal."

 "Vraiment. Elle l'aime tellement qu'elle l'a laissée épouser ce pauvre garçon. L'a laissée devenir veuve en l'espace d'une journée. C'était un acte d'amour. "Il ricanait." Et qui exactement a essayé de tuer Gabrielle et son mari?  Callisto, une tueuse vicieuse créée par Xena. Dis-moi, Artemis... penses-tu qu'il pourrait arriver malheur à ta reine, alors?  Combien a t-elle fait de cauchemars depuis? Combien de fois a-t-elle failli perdre son sang innocent? "

Il arrêta les images dans la boule." Ah, mais assez de tout cela. L'important est de prouver qu'elle a vraiment changé. "

 "Ares, Athena et moi ne te laisserons pas utiliser Gabrielle pour faire un de tes petits tests sur Xena." avertit la déesse aux cheveux bruns.

 "Oh, je ne veux pas tester Xena, chère sœur. Tu vois, Xena est bien trop maligne pour n'importe quel test que je mettrais sur son chemin. Non, ce que je te propose, c'est de lui faire toi-même le test. Celui qui prouvera sans l'ombre d'un doute qu'elle ne fera jamais de mal à Gabrielle." Il regarda Artemis dans les yeux. "Je répète ma question, es-tu si sûre de la princesse guerrière?"

 "Je suis persuadée que Xena ne ferait jamais fait de mal à Gabrielle, quoi qu'il arrive" déclara la chasseresse avec conviction.

"Même si elle était seigneur de guerre?"

 "Elle aime Gabrielle. Et ma reine aime Xena. Rien ne peut briser ce lien."

"Rien? Même si Xena redevenait chef de guerre? Sans aucun souvenir de Gabrielle?" il l'appâtait. "Ta foi est elle si forte? Crois-tu que Xena hésiterait à utiliser cette petite blonde pour sa victoire personnelle?"

 Il y eut un long silence dans le royaume tandis que les deux déesses réfléchissaient aux propos de leur frère. Ares attendait patiemment, le goût de la victoire sur les lèvres. Artemis observa de nouveau la boule de divination, les images tourbillonnaient entre plusieurs scènes. Elle se retourna pour lui faire face tout comme Athéna.

"Je méprise la trahison, Ares, tu le sais." Elle le regarda droit dans les yeux et il n'osa se détourner. Le Dieu de la guerre tint bon, son naturel diabolique lui permettait de rester sûr de lui.
 La trahison était une forme d'art à ses yeux et il la maîtrisait mieux que personne.

 "La question primordiale n'est pas Xena, mais plutôt la sécurité de la reine Amazone en sa compagnie. Tu as raison sur ses agissements face à la Horde." Elle jeta un rapide coup d'oeil à sa soeur qui baissa les yeux dans une approbation silencieuse. Ce qui mit Artemis plus à l'aise. "Je suis inquiète de la rapidité avec laquelle elle a retrouvé son ancienne personnalité. Je me demande ce qui se serait passé si Gabrielle n'avait pas compris que les hommes n'étaient pas seulement venu quémander de l'eau."

"Exactement, Artemis. Et si Xena redevenait seigneur de guerre? Gabrielle ne serait rien de plus qu'un pion ou son larbin. Et si elle la croisait, alors quoi? Xena la traitera comme elle traitait les lieutenants qui lui désobéissaient." Il sourit intérieurement devant le regard échangé entre ses sœurs. "Comment le savoir? Crois-tu vraiment que Gabrielle sera toujours en sécurité avec Xena, sachant que la seigneur de guerre ne se trouve jamais loin?"

A ce moment-là, la Déesse de la Sagesse fit une déclaration qui allait provoquer l'un des échanges les plus vifs dans l'histoire du mont Olympe. "Même si Xena n'a aucun souvenir de Gabrielle, elle ne laissera jamais rien lui arriver. Leur amour est trop grand et la guerrière n'est pas la bête que tu as fait d'elle, Ares. Je parierais la vie de Gabrielle là-dessus." Avant qu'Artemis ne se remette du choc des paroles de sa sœur, Ares eut un sinistre sourire.

"Comme tu voudras, chère Athena." il s'inclina devant ses sœurs. "Le défi est accepté." Son rire diabolique emplit la pièce avant qu'il ne disparaisse. Athena baissa la tête, attendant l'explosion à venir.

 "Toi, tu as lancé un défi à Ares?! Et tu es la déesse de la sagesse?" Artemis était furieuse. "Tu lui as donné exactement ce qu'il voulait: une nouvelle occasion de récupérer Xena!" Elle serra ses poings d'immortelle. "Et tu te sers de Gabrielle pour le faire! Tu sais ce que Xena était. Comment peux-tu croire qu'elle ne fera rien à Gabrielle?"

Athéna savait que si sa sœur s'énervait davantage, la fumée allait sortir de ses oreilles.  "Et pour couronner le tout, tu mets en jeu la vie de Gabrielle!" Cracha Artemis.

"S'il te plaît calme-toi, Artemis. Si tu étais mortelle, tu ferais un arrêt cardiaque. Maintenant réfléchis un peu. Tu m'as dit un jour que c'était grâce à Gabrielle que Xena était apaisée et sur la bonne voie. Es-tu en train de dire que ce n'est pas le cas? "

"As-tu oublié, dans ton désir de battre notre frère, que ce n'est pas Gabrielle qui a changé Xena, mais plutôt Hercules?"

"Tu veux dire que ta reine n'est pas capable de changer Xena? As-tu donc si  peu de foi en leur amour?"

 "Xena ne saura même pas qui est Gabrielle, et encore moins qu'elle l'aime!" Protesta Artemis. "Tout ça à cause de ta vantardise!" elle était encore furieuse et ses paroles s’égouttaient avec colère. Très en dessous de l'Olympe, de gigantesques orages éclatèrent sur la terre alors que la déesse de la Lune se déchaînait sur sa sœur. "Et même si elle survit à cette épreuve, as-tu idée des séquelles sur leur relation? Xena ne se souviendra pas de tout mais Gabrielle oui!"

 "Artemis, tu devrais aller voir Aphrodite plus souvent. Tu dois croire en leur amour."

 "Pour ta gouverne ma sœur, leur amour a toujours existé. Nul endroit sur le Mont Olympe ne saura cacher que tu as fait tomber Gabrielle sous la lame de la Princesse guerrière" Artemis s'approcha, les yeux enflammant ceux de sa sœur.

"Je le jure sur mes Amazones. Si Gabrielle meurt, Zeus aidera Athènes."
Athéna ne put que déglutir devant l'intensité du regard de sa sœur. Elle n'avait aucun doute sur le fait qu'elle pensait chacun de ses mots.

"Les dieux doivent encore se battre." commenta Gabrielle en regardant la pluie battante juste devant l'entrée de leur petite grotte. "Je me demande bien sur quoi."
 "Probablement rien de plus que leurs petits jeux habituels." Répondit Xena en jetant du bois dans le feu. Une série de coups de tonnerre frappa avec une telle intensité que la barde fit un bond en arrière.  Aussitôt la guerrière fut à ses côtés, les mains sur les épaules de la jeune femme "Quel que soit le sujet de leur discorde, ça doit être assez grave vu l'orage dehors."

Intérieurement, la guerrière était inquiète. Généralement, une querelle entre dieux n'augurait rien de bon et cela était source de problèmes pour les mortels.  Elle sentit Gabrielle frissonner sous ses mains.
"Viens, installe-toi près du feu."

La barde ne parvenait pas à faire disparaitre l'angoisse apparue en même temps que la pluie. Quelque chose n'allait pas, mais elle ne savait pas quoi. Xena avait attrapé un faisan pour le dîner mais Gabrielle ne fit rien de plus que piquer la chair jusqu'à ce que son plat fût froid ; elle repoussa son assiette. La guerrière leva un sourcil avec inquiétude.

"Gabrielle, tu as à peine touché ton dîner. Tu te sens bien?" sans attendre de réponse, elle tendit le bras et posa sa main sur le front de la jeune femme.
 "Je vais bien, Xena, c'est juste que ... je ne sais pas, j'ai l'impression que quelque chose de mauvais va arriver." dit-elle d'une voix tremblante, ses yeux verts remplis de larmes.. Gabrielle se retrouva immédiatement enveloppée dans les bras puissants de la guerrière.

"Chut ... ça va aller. Je ne laisserai rien t'arriver."
Elle la tira sur ses genoux et la serra fort. Ses yeux bleus scrutaient la barde avec inquiétude. Elle n'avait jamais vu Gabrielle si effrayée. Elle frotta doucement sa main sur le dos de la barde dans un geste réconfortant. Après presque une marque de bougie passée à détendre la jeune femme, Xena réussit finalement à la calmer assez pour la reposer tout en continuant de lui masser lentement le dos et de la bercer pour l'endormir.

Longtemps après le début du petit ronflement de la barde, Xena resta allongée à caresser les longues mèches blondes de Gabrielle et à regarder sa poitrine se soulever et s'abaisser au rythme de sa respiration. La guerrière avait envie de se pelotonner contre elle et elle la serra toute la nuit, la chaleur de la peau contre la sienne, le visage enfouit dans les cheveux blonds, imaginant qu'elles étaient amantes le temps d'une nuit paisible. Gabrielle se décala légèrement, ce qui tira la guerrière de ses rêveries. Xena embrassa le front de la barde avant de se tourner de son côté du feu et de tomber dans un sommeil agité.

Un hibou blanc argenté vola dans la grotte et se transforma en la déesse Athéna. D'un geste de la main, elle vérifia que les deux mortelles dormaient pour la laisser terminer sa tâche sans être gênée. Elle récupéra tous les papyrus dans la sacoche ainsi que l'encre et la plume. Elle retira ensuite tous les objets personnels qu'elles s'étaient offerts au cours des deux derniers étés où elles voyageaient ensemble. Peignes, bracelets, et même un petit agneau qui faisait du bruit quand on lui tirait la queue. Ah, le solstice d'hiver, se rappela Athena. Xena avait offert ce petit cadeau en bois à Gabrielle. La déesse termina vite son travail et élimina toute indication que les deux femmes appartenaient l'une à l'autre. Une lumière chatoyante apparut derrière elle. Athena sut sans se retourner qu'il s'agissait de sa sœur. "Artemis, tu sais que tu ne peux pas t'immiscer là-dedans."

La déesse de la lune regarda sa reine des Amazones endormie. "Je ne m'immisce pas, Athena. Je voulais juste voir mon élue une dernière fois."
Elle s'agenouilla et repoussa une mèche de cheveux du visage de la barde. "Sois forte, petite. Aie confiance en ton amour et sois forte."
Elle allait déposer un baiser sur la joue de Gabrielle mais sa sœur posa une main sur son épaule.

 "Non, Artemis. Tu sais qu'un baiser protecteur n'est pas autorisé."
 "Je te remercie." cracha-t-elle amèrement en se levant pour faire face à la déesse de la sagesse. "Et toi tu n'avais pas le droit de conclure un pacte avec Ares."

Artemis agita la main et une table apparut avec une maquette d'Athènes. Les deux déesses s'en approchèrent. Artemis sourit méchamment à la vision devant elle, rappelant à Athena le regard si célèbre d'Arès. Plus rapide que la déesse de la sagesse, elle écrasa son poing sur le Colisée qui tomba en petits morceaux. Athena hocha la tête solennellement, reconnaissant la menace silencieuse. 

"Finis ton travail, ma sœur." dit Artemis, se transformant en une forme chatoyante avant de disparaitre.

En un battement de cil, la table et tout ce qu'il y avait dessus se dissolut dans le néant. Athena frissonna à la mémoire de la fureur de sa sœur.
La déesse se mit à genoux à côté de la guerrière endormie et passa la main sur le visage ciselé, le contact supprima aussitôt les souvenirs de Xena. Athena s'arrêta au moment où la guerrière traversait le gauntlet de ses propres hommes pour protéger un bébé. Elle se leva et se dirigea vers Gabrielle, répétant les paroles de sa sœur.

 "Sois forte, Gabrielle. Seule ta force et ton amour pourront faire revenir Xena." Elle se pencha et rapprocha le bâton de la barde près d'elle, juste au cas où. Elle se dirigea ensuite vers la sortie de la grotte et jeta un dernier regard sur les deux femmes avant de se transformer en hibou et s'envoler vers Athènes.

partie 2

Xena se réveilla avant que les premiers rayons du soleil n'apparurent dans le ciel. Sans ouvrir les yeux ni bouger un muscle, elle essaya de prendre ses repères. La surface dure sous elle lui indiquait qu'elle se trouvait dans une grotte. Une fois certaine qu'il n'y avait pas de danger, elle ouvrit les yeux et regarda autour d'elle. Une jument beige se trouvait juste devant l'entrée de la grotte, broutant nonchalamment l'herbe mouillée, mais ce qui attira l'attention de la chef de guerre, c'était la jeune femme qui dormait paisiblement de l'autre côté du feu.

Sans faire de bruit, elle s'agenouilla à côté d'elle. Elle ne se souvenait pas d'avoir trouvé quelqu'un après avoir quitté son armée. Ses yeux bleus tombèrent sur le bâton à côté de la jeune femme blonde. Elle le ramassa et étudia ses inscriptions. L'arme en bois usé portait la marque des Amazones. Xena mit délicatement le bâton hors de portée de la femme endormie avant de s'asseoir pour décider quoi faire. Après quelques instants, la chef de guerre se dirigea vers les sacoches et fouilla dedans jusqu'à ce qu'elle trouvât une corde. Elle ligota fermement les poignets de la femme qui dormait derrière son dos avant de se relever et de prendre son épée. Xena s'empêcha de rire avec la facilité avec laquelle elle avait capturé et attaché une Amazone.

 "Réveille-toi l'Amazone." Il n'y eut aucun mouvement. La chef de guerre se redressa et posa sa botte sur les fesses de la blonde, la secouant avec force. "J'ai dit debout! "grogna-t-elle.
Gabrielle remua et se rendit immédiatement compte que ses mains étaient attachées derrière elle. Elle roula sur le côté et vit sa meilleure amie qui la regardait, l'épée pointée sur sa gorge.
 "Xena, que fais-tu?" protesta-elle, groggy d'avoir été réveillée en sursaut, sans parler d'être attachée. Si elle avait bien regardé les yeux bleus qui la fixaient, elle aurait pu remarquer que Xena ne la reconnaissait pas. Au lieu de cela, elle roula en position assise et fronça les sourcils.

 "Je ne sais pas quelle leçon tu essayes de m'enseigner, Xena, mais enlève-moi ça." Elle leva les épaules pour montrer ses liens. "Et baisse cette épée."

 "Eh bien, tu connais mon nom, voilà une bonne chose."

Elle garda son épée brandie au-dessus de la barde. "Alors, qui es-tu et pourquoi sommes-nous dans cette grotte?"

 "Qui je suis? Xena, tu t'es cogné?" avant que Gabrielle ait le temps de réagir, la chef de guerre fut sur elle et la repoussa violemment sur le dos et la frappa à la gorge.

 "Je ne te le redemanderai pas." C'est alors que la barde croisa le regard de la seigneur de guerre. Ce n'était pas un exercice. Elle déglutit et tenta de se calmer.

 "G-Gabrielle." dit-elle, vaguement consciente du mince filet de sang qui coulait de son nez.

 "C'est mieux. Maintenant, pourquoi es-tu ici?"

"Nous...nous voyageons ensemble. Il y a eu une tempête ... Xena, s'il te plaît." Elle sentit l'obscurité s'abattre sur elle. La seigneur de guerre frappa de deux doigts sur la gorge de Gabrielle qui bascula sur le côté, en partie pour apaiser la douleur de sa main et de son bras sur le sol dur et pour empêcher Xena de voir la peur dans ses yeux.

 "Vous êtes combien ici? Où sont cachées tes amies Amazones?"
 "Il n'y a personne d'autre. Je te jure. Toi et moi voyageons ensemble, Xena."
"Je ne voyage pas avec les Amazones." La seigneur de guerre n'en croyait pas un mot.
"Eh bien, tu voyages avec moi." Répondit Gabrielle avec colère. "Si tu me lâches, je te le prouverai." Elle s'attendait à une protestation mais certainement pas au rire qui lui irrita les oreilles.
"Bien essayé, Amazone."dit Xena sans une once d'humour.
"Écoute, si tu veux bien me laisser aller aux sacoches..." elle vit la grande femme se lever et marcher vers l'endroit où se trouvaient leurs affaires.
Gabrielle en profita pour s'asseoir et relever ses genoux afin d'essuyer le sang de son nez sur le bord de sa jupe, grimaçant au souvenir du pinch.

Xena ouvrit et fouilla tous les compartiments de la sacoche cherchant un signe que l'Amazone disait la vérité. Elle ne trouva que des fournitures médicales, un vêtement de rechange, sa cape et de la nourriture. "Et qu'est-ce que je suis censée trouver?" Demanda-t-elle.

"Mes parchemins." répondit Gabrielle, gênée. Comment Xena ne pouvait-elle pas les voir?

"Pas de parchemins." elle revérifia les compartiments. "Pas de rouleaux, pas de vêtements, rien qui pourrait éventuellement t'appartenir."

 "C'est impossible! Tous mes parchemins? Il n'y a rien?" Gabrielle crut comprendre ce qui se passait, ça n'avait aucun sens. Pourquoi Xena ne se souvenait pas d'elle?  Où étaient toutes ses affaires?

 "Xena, écoute-moi. Je sais que cela n'a pas de sens, mais je te dis la vérité. Nous voyageons ensemble depuis plus de deux étés maintenant. S'il te plaît, tu dois me croire." supplia-t-elle.

Instantanément Xena se trouva en face d'elle, les yeux bleus la traversant comme des poignards. "Je n'ai pas à te croire, Amazone, et je ne te crois pas."
 "Alors, comment expliques-tu que nous nous trouvions dans cette grotte? Xena, s'il te plaît détache-moi, mes poignets commencent vraiment à me faire mal et j'ai besoin de faire un petit tour dans les bois." Elle se tortilla un peu pour lui faire comprendre son envie. Pendant un moment, elle craignit que Xena ne la fasse souffrir, mais alors la seigneur de guerre se plaça derrière elle et la souleva violemment.

"Pas de magouille."  La prévint la grande femme en trainant à moitié la barde hors de la grotte. Une fois dehors, elle resserra son étreinte douloureuse sur le bras de la Gabrielle et ne bougea plus.

"Euh ..." Bégaya la barde mal à l'aise.  "Xena, je ne peux pas baisser ma culotte avec les mains attachées. Écoute, je te jure de n'aller nulle part." glapit-elle, surprise de sentir Xena arriver par-derrière et lui soulever la jupe.
"Je n'ai pas confiance, Amazone. Tu m'as déjà assez menti." dit-elle en passant ses doigts sous le tissu mince de la culotte pour la baisser.
 "Xena, je ne peux pas le faire si tu restes là à me regarder." dit-elle, les joues écarlates.

"Alors tu as un problème." Déclara la seigneur de guerre sèchement.
 "Tourne-toi au moins." Répondit la barde avec colère, la douleur de sa vessie pleine dépassait la peur de sa meilleure amie.  En un clin d'œil, le poing de Xena s'envola et s'abattit violemment sur la mâchoire de Gabrielle, l'envoyant valser contre un rocher de la grotte. La barde sentit le sang dans sa bouche où ses dents avaient tailladé sa joue. La main puissante de la seigneur de guerre lui attrapa la mâchoire, la forçant à la regarder dans les yeux.

 "Ne me dis jamais quoi faire, Amazone." dit-elle les dents serrées.  Gabrielle savait que son visage portait les empreintes de doigts de son amie. Elle hocha légèrement la tête.  Rougissant de gêne et de peur, Gabrielle s'accroupit, les yeux fixés au sol, évitant ainsi le regard violent de Xena. La barde réalisa que ce n'était plus son amie, quoi qu'il fut arrivé, Xena était redevenue seigneur de guerre et la jeune femme déglutit de peur. Elle ne savait pas si elle avait peur pour son amie ou pour elle. Elle recula et attendit que Xena l'aide à remettre sa culotte, ce que la seigneur de la guerre ne fit absolument pas. Plutôt que de demander de l'aide et, éventuellement, entraîner de nouveau la colère de la femme aux cheveux corbeau, Gabrielle la retira et retourna dans la grotte silencieusement, suivie de près par la femme qui se demandait toujours quoi faire d'elle.

Xena se prépara une tasse de thé et s'assit de son côté du feu, utilisant la selle comme dossier.  Gabrielle s'installa à côté d'elle, à quelques pas du mur, malheureusement trop froid pour s'y adosser. La seigneur de guerre prit sa pierre et commença à aiguiser son épée, ses yeux voletant de temps en temps vers l'entrée de la grotte, en quête d'un signe des Amazones. Le silence était troublé seulement par le bruit de la pierre contre l'acier et les occasionnels craquements du feu, Xena essayait de reconstituer les événements. La dernière chose dont elle se souvenait était d'avoir quitté son armée, battue et frappée par le feu des hommes, mais vivante. Elle baissa les yeux sur son armure. Il y en avait moins que ce qu'elle portait d'habitude mais elle était encore utilisable.

 Malgré ses efforts, elle ne se rappelait pas où elle avait trouvé cette armure, et encore moins le cheval et les sacoches. La selle, c'était bien la sienne, mais la cape, le manteau, le chakram, et les cuirs, elle ne savait pas. Et que dire de la femme ... Gabrielle, elle se rappelait son nom, qui était elle?  Elle ne semblait pas être une grande menace, mais elle portait un bâton de combat des Amazones. Elle prétendait être une amie. S'il était vrai que Xena laissait des Amazones entrer dans son armée de temps à autre et qu'elles étaient généralement beaucoup plus capables que leurs homologues masculins, elle ne pouvait imaginer ce petit bout de femme d'une grande utilité, surtout avec un simple bâton. Et que dire des mensonges au sujet des parchemins? Certes, cela ne présageait rien de bon.

"Euh, Xena? Je pourrais avoir quelque chose à boire?" Demanda doucement Gabrielle, encore effrayée par le comportement  violent de la grande femme. La barde ne savait pas quoi penser. Toutes ses affaires avaient disparu ainsi que ses parchemins, ça n'avait aucun sens. Elle se rappelait la tempête de la veille et le rêve qu'elle avait fait. Une petite voix lui avait dit d'être forte, de croire en son amour pour Xena. Les Dieux, ça devait avoir un lien avec eux, réalisa Gabrielle.

 La chef de guerre ignora sa requête et continua d'aiguiser son épée. La barde fixait le feu. C'était la seule explication. Les dieux étaient impliqués. Aucun doute, il s'agissait d'Ares. Elle avala, essayant de soulager sa gorge desséchée.
 "Xena, puis-je avoir de l'eau s'il te plaît?"

La chef de guerre arrêta d'aiguiser son épée et fixa l'Amazone. Elle se leva dans un mouvement fluide et ramassa la gourde. Elle était pleine, il devait donc y avoir une source à proximité. Elle pouvait se permettre de gaspiller un peu d'eau. Elle se mit à genoux devant la femme et déboucha la gourde. "Ouvre la bouche." dit-elle en y jetant un peu d'eau.
 "Merci."
Xena fit comme si elle n'avait rien entendu, elle reprit sa place près du feu et ramassa son épée pour l'aiguiser.
"Où sommes-nous?"  demanda-t-elle au bout d'un moment.
 "A environ une journée de marche au sud de Minos."

 La chef de guerre hocha la tête et reprit son affûtage. Cette information la troublait.  Minos était à au moins trois ou quatre quart de lune de là où elle avait laissé son armée. Elle avait beau essayer de se souvenir, elle n'arrivait pas à combler le vide. Une drogue, ça devait être la réponse, se dit elle. L'Amazone avait dû la droguer.

Gabrielle remarqua le changement de comportement de Xena. La mâchoire serrée, les yeux accusateurs et les muscles de son cou gonflés. La chef de guerre retourna aux sacoches,  fouilla dans les multiples herbes jusqu'à ce qu'elle trouvât ce qu'elle cherchait. Elle sortit une petite poche de poudre blanche et fronça les sourcils.

 Elle n'avait aucun moyen de savoir quelle quantité elle avait avalé mais elle était convaincue que c'était comme ça que l'Amazone avait réussi à l'emmener si loin, sans pour autant réussir à se le rappeler. Sans regarder, elle lança son chakram. Le disque de métal résonna contre une paroi puis frôla le sommet du crâne de Gabrielle avant de frapper la paroi du fond et revenir vers la chef de guerre. Xena s'approcha et se mit à genoux devant la femme qui  tremblotait.

"Tu m'as droguée." dit-elle sèchement. "C'est pourquoi je ne me souviens de rien. Combien vaut ma tête chez les Amazones en ce moment? Du plus loin que je me souvienne, je n'ai jamais attaqué leurs villages." Ses yeux bleus brûlaient de colère.  "A moins que tu ne travailles pour un autre seigneur de guerre? Peut-être pour quelque village qui voudrait se venger de la princesse guerrière? Dis-moi Amazone, qu'est ce qui t'a fait penser que tu pouvais me capturer?"

 "Xena, je n'ai pas..." Elle fut interrompue par une gifle retentissante.
 "Je ne crois pas un mot de ce que tu dis." Elle se leva et leva Gabrielle, remarquant au passage les muscles des bras de la jeune femme.
 "Je te donne une dernière chance, Amazone." Elle coupa proprement les liens des poignets de Gabrielle avec son chakram. La barde tendit ses mains et frotta la peau à vif.  Xena ramassa le bâton et le retourna avant de le jeter vers Gabrielle. La barde le rattrapa aisément, les yeux écarquillés. Elle venait de comprendre ce que voulait Xena
"Xena, non, s'il te plaît, ne fais pas ça." supplia-t-elle tout en préparant son bâton.  La chef de guerre avait déjà récupéré son épée et elle virevoltait dans sa main.
 "Je ne me vengerais pas de quelqu'un qui essaye de me tuer? Défends-toi, Amazone."
"Ne fais pas cela, Xena, je t'en prie." Elle recula vers l'entrée de la grotte, effrayée à l'idée que la fuite fut impossible.

 "Ayiyiyiyi!" La femme tout de cuir vêtue cria en faisant un bond pour se mettre entre Gabrielle et la sortie. "Tu vas quelque part?" railla-t-elle.  "Allons, Gabrielle, où est donc ton esprit Amazone?" Son épée fit un arc de cercle sur le côté droit de la barde. Gabrielle mit son bâton à la verticale, bloquant à peine le coup. Elle recula, se préparant pour une autre attaque.

 "Xena ..." elle leva son bâton au-dessus de sa tête pour parer le coup suivant.  Il fut délivré avec une telle force que les mains de la barde tremblèrent.
 "Ce n'est pas ... toi ... s'il te plaît écoute-moi ... ce sont les dieux ... s'il te plaît ...." disait-elle entre chaque parade.  Chaque coup la faisait reculer plus loin dans la grotte. Elle  continuait à se défendre, sachant très bien que Xena ne lui laisserait jamais d'ouverture pour attaquer sauf pour un traquenard. En revanche, elle ne s'attendait pas à ce que Xena attrape de la cendre et la lui jette à la figure. Aveuglée, Gabrielle ne vit pas venir le balayage de jambe qui suivit. En un clin d'œil, son bâton fut hors de ses mains et l'épée de Xena sur sa gorge. Ses yeux se remplirent de larmes, mais pas seulement à cause des cendres.
 "Tu as peur, Amazone?" Elle appuya légèrement la pointe de son épée contre le cou de la barde. Gabrielle savait qu'il valait mieux ne pas bouger.
 "Ou...oui, je ne veux pas mourir, Xena." dit-elle doucement, sa voix brisée par la peur.
 "Tu aurais dû y penser avant d'essayer de me tuer."  
"Xena, tu ne veux pas faire ça."Son esprit était concentré sur une seule pensée.  "Sauf si tu veux que toute la nation Amazone te tombe dessus."
"Pour une guerrière? Les Amazones ne sont pas si stupides. Pourquoi engageraient-elles une guerre avec moi pour toi?"

Gabrielle déglutit, l'acier de l'épée appuyait plus fort sur sa gorge. Elle dit la seule chose qui pouvait lui sauver la vie, la seule chose qu'il fallait révéler à un seigneur de guerre, à tous les seigneurs de guerre, et encore plus s'il avait besoin d'argent pour lever une nouvelle armée.

"Parce que je suis leur Reine. Si tu me tues, elles n'auront de cesse de te pourchasser." La pression contre sa gorge diminua un peu. Sentant Xena à l'écoute, elle poursuivit. "Veux-tu vraiment être la première sur leur liste des personnes à tuer?"

"Je suis la première sur beaucoup de listes, quelle différence avec des Amazones?" Elle tira son épée. "Toutefois, tu vaudras sûrement plus si tu es vivante." dit-elle avant de frapper le côté de la tête de Gabrielle avec la poignée de son épée. "Si tu es bien leur reine, tu m'es très précieuse. Si non, cela ne fait aucune différence que je te tue maintenant ou plus tard." Elle s'éloigna de la silhouette inconsciente.

 Gabrielle se réveilla sur le dos d'Argo, les mains solidement attachées à la selle. Sa douleur à la tête était un bref rappel de ce qui s'était passé et elle se rendit tristement compte que ce n'était pas un rêve. Levant les yeux, elle vit qu'elles approchaient de la frontière de Minos.  Elle sentait le métal froid de l'armure de Xena contre son dos et le vent du soir soulevait la cape de la seigneur de guerre avant de se reposer sur leurs cuisses. Le pommeau de l'épée de Xena rebondissait au rythme des pas d'Argo, appuyant contre la hanche de Gabrielle. Un rapide coup d'œil sur le côté et la jeune reine remarqua que son amie portait de nouveau son épée sur la hanche, ce qu'elle ne faisait plus depuis près de deux étés.

Eponin et Solari étaient installées dans la taverne et savouraient le dernier jour de leurs vacances avant de retourner au village, parfaitement inconscientes du danger qui planait sur leur bien-aimée reine juste derrière la porte.

Xena mit pied à terre et attacha Argo à un poteau. Elle n'avait pas l'intention de rester longtemps. Elle détacha son chakram et coupa les cordes qui maintenaient les mains de Gabrielle à la selle. "Descends" La barde s'exécuta. Xena sortit un couteau de sa botte et le posa tout près du cou de Gabrielle.

"N'oublie pas que je te tuerai sans réfléchir, Amazone."
"Je sais."dit-elle solennellement. "Je sais."
Lorsque la porte de la taverne s'ouvrit et que Gabrielle entra, Eponin et Solari sourirent à leur bonne fortune. Cela faisait trop longtemps qu'elles n'avaient pas vu leurs amies. Leur sourire retomba vite quand elles virent non seulement la multitude d'ecchymoses et de coupures sur le visage de Gabrielle, mais surtout le couteau si près de son ventre nu.

 "Ep, que ..."
"Chut" répondit la corpulente mais puissante Amazone. Elle n'avait jamais vu Xena sous une cape et dut admettre qu'elle avait l'air encore plus puissante et intimidante que d'habitude. Le regard de Gabrielle trahissait une profonde peur tandis que celui de Xena faisait le tour de la taverne avant de tomber sur leur table. Ahh, je savais qu'elle avait de l'aide, se dit la chef de guerre comme elle amenait rudement Gabrielle à leur table. Sans comprendre ce qui se passait exactement, mais inquiète pour la sécurité de leur reine, Eponin tira son couteau de son étui et le tint juste en dessous de la table. Il n'y avait plus d'amitié dans les yeux bleus de la grande femme, ce qu'Eponin trouvait particulièrement déconcertant.

 "Est-elle votre reine?" Demanda Xena en s'arrêtant juste à côté de leur table.
 "Bien sûr, Xena, tu le sais bien." répondit Solari en se levant. "Gabrielle, que se passe-t-il?" elle fit un pas vers la barde et la chef de guerre recula aussitôt, tenant à la main un couteau qu'elle posa sur le cou de Gabrielle.
 "Ne t'approche pas." La prévint Xena, ses yeux passant d'Eponin à Solari. "Vous dites à votre peuple que je la tiens et si vous la voulez vivante il vous en coûtera cinquante mille dinars."

Eponin se leva rapidement, faisant tomber sa chaise. La taverne se calma immédiatement et le patron porta son attention aux quatre femmes debout au milieu de la pièce. Soudain, chacun se souvint brusquement qu'il avait quelque chose à faire à l'extérieur plutôt que de rester à portée de ce qui allait se transformer en un combat entre Amazones. Seul le serveur resta là et se cacha derrière le bar, se demandant silencieusement pourquoi lui aussi n'avait pas un endroit où aller.  Xena resserra son emprise sur le cou de Gabrielle.

"Cinquante mille. Un dinar de moins et elle meurt."
"Xena, je ne sais pas ce qui se passe mais il est impensable que nous te laissions partir avec elle comme ça."  l'avertit Solari en dégainant son épée. Eponin fit de même, faisant passer son couteau dans sa main gauche pour tirer son épée de sa droite.

 "Xena, écoute-moi. Gabrielle est ton amie. Tu ne peux pas faire ça." dit l'Amazone trapue, ses yeux verts passant de ceux, apeurés, de la reine à ceux de glace, de ce qui était apparemment maintenant sa ravisseuse. Eponin fit un pas en avant, fixant le couteau sur le cou de Gabrielle.

 "Mensonges! Purs mensonges!" gronda la chef de guerre.  "Je savais que je trouverais des Amazones ici, attendant de savoir comment va la prisonnière. Une grande capture pour la Nation Amazone, hein? La rançon doit être assez élevée pour que vous risquiez bêtement la vie de votre reine. Vous croyiez que je ne réussirais pas à m'échapper? "

 "Xena, je ne sais pas ce qui s'est passé mais ce n'est pas toi. Toi et Gabrielle êtes les meilleures amies du monde. S'il te plaît, baisse ton couteau et discutons. Tu peux revenir au village pour que Sara jette un œil sur toi, tu as du te cogner... "

"Tais-toi!" gronda la chef de guerre à Solari. "Je sais ce que la poudre blanche peut faire et je sais que tu as déjà essayé de l'utiliser pour m'empêcher de m'échapper. C'est fini maintenant. C'est moi qui donne les ordres, pas ta ridicule petite reine."elle souleva son couteau pour accentuer ses propos. "Cinquante mille."

 "Je ne peux pas te laisser partir avec elle." dit Eponin en faisant un pas. L'adrénaline courait dans ses veines. Les yeux de Gabrielle étaient écarquillés de peur. Il était évident pour les Amazones que peu importait ce qui se passait, leur reine était en danger.

 "Qui va m'arrêter, toi?" elle ricana. Solari essaya de tourner autour de Xena, mais la seigneur de guerre ne la laissa pas faire. Avant que la grande Amazone puisse réagir, le couteau qui était sur la gorge de Gabrielle vola dans les airs et s'enfonça profondément dans le biceps de Solari. Eponin prit une décision en un clin d'oeil et se jeta sur la seigneur de guerre. Incapable de manier son épée et tenir Gabrielle en même temps, Xena lâcha le cou de la barde et se baissa pour trouver un point de pression sur la cuisse de la jeune femme. Son otage immobile, Xena la poussa par-terre et leva son épée vers Eponin.

"Tu veux jouer, l'Amazone?" Elle ricana en tordant son épée pour se préparer au combat. Dans l'incapacité d'utiliser sa jambe droite, Gabrielle se traîna sur le sol. Solari profita de la situation pour baisser son bras valide et tirer Gabrielle. Elles tentèrent ensemble d'enlever le point de pression pendant que l'autre Amazone tenait Xena en joue.

Une à une, les tables et les chaises de la taverne valsèrent alors que les deux femmes faisaient de la place pour combattre. Ayant combattu à l'épée plusieurs fois la femme aux cheveux noirs, Eponin connaissait bien le style d'attaque de Xena. La guerrière qu'elle connaissait laissait peu ou pas d'ouvertures et elle espérait que la femme à moitié cinglée qui se trouvait à présent devant elle serait plus négligente, même si au fond elle en doutait. Xena baissa son épée et frappa violemment celle de l'Amazone. Le combat commença.

Le bras de Solari était couvert de sang mais elle n'y prêta pas attention, sa principale préoccupation était de mettre la reine hors de danger, puis aider son amie et sœur Amazone. Bien que sa jambe souffrait des séquelles du pinch, Gabrielle se força à se relever en s'appuyant sur Solari.

 "Viens Gabrielle, il faut qu'on te sorte d'ici."
 "Non, je ne peux pas." répondit la barde. "Je ne peux pas laisser Xena comme ça. Je ne peux pas la laisser redevenir chef de guerre."
 "Quoi?" Dit Solari, incrédule. "Tu n'es pas sérieuse. Gabrielle, regarde-toi.  On dirait qu'elle s'est servie de toi comme d'un punching ball et elle veut te garder en otage. Comment peux-tu imaginer rester avec elle?"

Le bruit des épées s'entrechoquant continuait de résonner dans la taverne alors que les deux combattantes échangeaient les coups, sans qu'aucune ne parvienne à prendre le dessus. Bien que Xena eut l'avantage de la taille et de la force, Eponin connaissait le style d'attaques de la femme aux cheveux noirs et l'utilisait pour rester en vie.

 "Solari, que pense-tu qu'il adviendra de la nation Amazone si je m'enfuis maintenant? Xena croit qu'elles ont essayé de la kidnapper et de la vendre à un seigneur de guerre pour la rançon. Tu crois qu'elle va juste faire comme si de rien n'était?"
 "Ce n'est pas grave, Gabrielle. Ce qui est important c'est te garder vivante et en sécurité."
 "Non!" dit la barde. "Ma sécurité n'est pas en jeu. C'est la sécurité de la nation tout entière. Si je m'enfuis, elle va déclarer la guerre aux Amazones. Et alors combien de sang sera encore versé?"

 "Gabrielle, écoute-moi. Ce n'est pas de ta Xena dont nous parlons. Peu importe ce qui se passe, elle est redevenue chef de guerre. Tu ne peux pas la changer ni l'arrêter. S'il te plaît, reviens au village. On peut envoyer un groupe de guerrières la chercher et la ramener. Peut-être que Sara pourra t'aider. "

 "Aucun guérisseur ne pourra l'aider, Solari. Ce qui lui arrive doit venir des dieux."
Bien qu'en fervente guerrière sûre de son droit, Eponin ne pouvait lutter plus longtemps contre les attaques de Xena. La chef de guerre ne montrait aucun signe de fatigue et elle souriait même en faisant pleuvoir les coups sur l'amazone. Solari récupéra son épée et se leva pour venir en aide à Eponin, espérant ainsi pouvoir vaincre la seigneur de guerre. Gabrielle se jeta dans un coin et attrapa un balai à franges dont elle cassa le bas avec ses pieds pour se fabriquer un bâton de fortune.

Aussi bonne qu'était Xena était au combat, face à deux Amazones bien entraînées, cela s'avérait plus difficile qu'elle ne l'aurait souhaité. Contrairement à la plupart des hommes qu'elle avait affronté, ces deux femmes se tenaient à distance, sans essayer d'attaquer ni de tomber dans ses fausses ouvertures. C'était le moment de tenter une nouvelle tactique. Dans un cri à glacer le sang, Xena sauta en l'air et atterrit sur une des tables encore debout. Avant qu'Eponin ne puisse réagir, son menton entra en collision avec le talon bien placé de la botte de Xena, l'envoyant par-terre, étourdie et chancelante.

Gabrielle devait faire quelque chose. Les deux Amazones étaient blessées et plus en position d'affronter Xena qui transpirait à peine. Elle regarda la cheminée et comprit ce qu'elle devait faire. Eponin était sur le dos, évitant les coups de la seigneur de guerre qui alternait entre elle et Solari, de plus en plus faible à cause du sang qu'elle perdait. Gabrielle se rapprocha discrètement, une main sur son bâton de fortune et l'autre bien fermée sur une poignée de cendres.

 "Xena! Tu me veux, viens me chercher!"
 "Je croyais que tu ne voulais pas mourir, Gabrielle." dit Xena, en faisant un pas vers elle.
Eponin saisit l'avantage offert par la distraction de la reine et jeta son épée vers la seigneur de guerre, priant Artémis pour qu'elle atteigne sa cible. La lame toucha Xena à la cuisse juste au-dessus du genou, faisant une belle entaille qui, bien que pas assez profonde pour causer des dégâts au muscle, exigerait des points de suture. Le geste désespéré laissa l'amazone sans rien d'autre que son couteau pour se protéger. Gabrielle choisit ce moment pour jeter les cendres au visage de Xena.
 "Courez!" cria la barde, serrant ses deux mains autour du manche à balai et se plaçant entre Xena et les Amazones. Solari aida Eponin à se relever, mais ne se dirigea pas vers la sortie. Sans quitter des yeux la chef de guerre temporairement aveuglé, Gabrielle leur cria à nouveau de s'enfuir.

 "Pas sans toi!" dit Eponin en prenant l'épée de Solari, prête à combattre de nouveau Xena.
 "Si tu ne pars pas, elle te tuera! Cours! Dis à Ephiny de ne pas s'inquiéter pour moi!"

Les cendres n'aveuglèrent pas Xena autant que Gabrielle l'aurait espéré et elle se retrouva rapidement sur la défensive. Heureusement, la plaie sur sa cuisse empêchait Xena de faire un saut qui lui aurait permis de se mettre devant les Amazones blessées.

"Allez!" Hurla Gabrielle en parant un autre coup violent qui l'obligea à se rapprocher d'Eponin et Solari. Les deux guerrières Amazones voulaient désespérément rester et protéger leur reine mais elles comprenaient l'importance de son ordre. Battues et blessées, elles n'avaient aucune chance contre la seigneur de guerre en colère et il fallait quelqu'un pour avertir Ephiny sur ce qui se passait, même si elles ne comprenaient pas vraiment elles-mêmes. Malgré leur formation de guerrières amazones et contre leur gré, Eponin et Solari suivirent l'ordre de leur reine et sortirent.

 "Comment saurons-nous où livrer la rançon?" dit Solari, les dents serrées, le bras en sang, la douleur lancinante. Eponin espérait encore contre toute attente une ouverture pour désarmer Xena et sauver Gabrielle. L'épée de la seigneur de guerre descendit un peu à angle droit et coupa le bâton en deux. Au même moment, Eponin se précipita en avant, Xena se baissa et, dans un  geste fluide, décrocha son chakram. L'élément de surprise perdu, l'Amazone fut parfaitement consciente de l'arme et attendait que Xena l'utilise.

Eponin lança son épée juste au bon moment, repoussant le chakram loin de sa gorge et de sa probable mort. Malheureusement, l'arme ricocha et fendit la cuisse gauche à un angle presque parallèle à l'os. Sans plus aucune énergie, le chakram résonna sur le sol et glissa pour s'arrêter devant le mur du fond. Xena avait fini de jouer avec elles. D'un mouvement rapide de sa jambe ensanglantée, elle leva Gabrielle du sol et posa son épée sur la gorge de la barde, comme elle l'avait fait dans la grotte. Pendant plusieurs respirations, personne ne bougea ni n'émit un son.

"À l'extrémité nord de vos terres, près du terrain de chasse. Il y a un champ, un endroit où tes archers ne peuvent pas atteindre les arbres. Amenez la rançon dans six jours. Sur un chariot. Et amène tes meilleurs chevaux. Je saurai s'ils ne sont pas bons." prévint-elle. "Si je vois une seule Amazone, je tuerai ta précieuse reine sans y réfléchir à deux fois." Elle remit Gabrielle debout en gardant un bras enroulé autour de son cou.  "Maintenant, sors de mon chemin."

Xena partit au galop, poussant Argo plus qu'elle ne l'aurait fait en des circonstances normales. Sa jambe battait péniblement mais elle n'osait pas s'arrêter avant d'être certaine de ne pas être retrouvée par les Amazones. L'endroit où elle stoppa finalement se trouvait à une bonne demie marque de chandelle de la route. Il lui donnait une vue claire sur la zone environnante, facilement défendable, et cachait également un petit étang pour l'eau et le bain.

La chef de guerre eut un petit rire en mettant pied à terre. Au mieux, elle n'était qu'à six marques de chandelle des terres amazones; elles la penseraient beaucoup plus loin. C'était le lieu idéal pour se cacher et soigner sa blessure. Malgré le bandage serré, le sang suintait et couvrait non seulement sa jambe, mais également Argo. Elle descendit de cheval et laissa Gabrielle attachée au pommeau de la selle.

Gabrielle la regardait avec son œil valide. Peu importait qu'elle essayât de retenir ses larmes, elles coulaient toutes seules. En compagnie de Xena, elle n'avait jamais craint pour sa vie. Aujourd'hui, c'était différent. Ce n'était pas sa Xena, celle qui la serrait quand elle avait peur, qui lui avait appris à pêcher, faire du feu et s'entraîner avec un bâton. Ce n'était pas la femme avec qui elle était maintenant. Cette Xena était froide, calculatrice, au tempérament vif et aux coups de poing rapides. Cette femme effrayait Gabrielle plus que lorsque Draco avait tenté de l'asservir il y avait si longtemps.

 Xena tira une aiguille et du fil de la sacoche et regarda son bandage sanguinolent. La plaie faite par l'épée se trouvait derrière la cuisse, un endroit difficile à atteindre. Elle fit un point de pression pour réduire le saignement et enleva le bandage. La faible lumière du crépuscule et sa position l'empêchaient de bien voir et encore moins de recoudre sa blessure.

"Si tu me laisses descendre, je t'aiderai." dit doucement Gabrielle, pas sûre de devoir le lui proposer, mais incapable de faire autrement. Peu importait ses réactions, Xena était toujours sa meilleure amie. La chef de guerre leva les yeux vers elle et réfléchit à sa proposition. Elles étaient certainement assez loin de toute civilisation pour que toute idée de fuite fusse impossible. Elle se retourna encore une fois pour voir si elle pouvait le faire toute seule.
Gabrielle trembla un peu quand elle vit Xena se lever et se positionner devant elle, le couteau à la main. La seigneur de  guerre l'attrapa et posa le couteau sur la corde.

 "Pas de magouilles." La barde hocha la tête en silence et attendit que les liens fussent coupés avant de se laisser glisser de la selle.

 "Euh ... nous avons besoin d'un feu pour la lumière." dit Gabrielle prudemment. Xena ne dit rien mais boitilla vers une grosse branche qui gisait par-terre puis retourna à l'endroit où elle était assise. Elle prit son silex de sa sacoche. Quelques instants plus tard, elle alluma une torche qui fournit assez de lumière à la blonde. Gabrielle s'agenouilla à côté d'elle et prit la torche.

"Non, je vais la tenir." dit Xena fermement.

La barde hocha la tête et attendit que la femme aux cheveux noirs se mette sur le ventre.  Elle inspira fortement quand elle vit à quel point la lame d'Eponin s'était enfoncée dans la chair. Elle sentit Xena se crisper au premier contact de l'aiguille contre sa peau. De ses mains douces et aimantes, elle commença la série de petits points serrés et sentit les muscles  se détendre. Elle se souvenait de la dernière fois qu'elle avait recousu Xena. C'était après un combat dans une taverne, à cette époque, la femme vêtue de cuir essayait de défendre son honneur devant un géant malodorant qui pensait pouvoir utiliser l'Amazone pour son plaisir personnel. Ce souvenir fit sourire Gabrielle, contente que Xena ne put voir son visage.

"Tu es très douce, Amazone. Tu es aussi guérisseuse que reine?"  il n'y avait pas de sarcasme ni de menace dans sa voix, juste de la curiosité.
 "Non, je ne suis pas guérisseuse, Xena. Je suis barde." répondit-elle en enfonçant l'aiguille.
 "Alors, raconte-moi une histoire." L'invita la chef de guerre.
 "Très bien ..." Répondit-elle, étonnée et ravie. Même si c'était un ordre et non une proposition, Gabrielle était contente que Xena veuille entendre une histoire. Elle réfléchit sérieusement au conte qu'elle allait lui raconter. Évidemment tout ce qui avait trait à ce qu'elles avaient vécu était hors de question, tout comme les histoires sur Hercules. Elle prit une profonde inspiration et humidifia ses lèvres.

"Il était une fois  un grand chasseur qui avait osé chasser sur une terre sacrée ...." elle se mit à raconter à Xena l'histoire qu'elle avait contée un jour au chef de l'armée de Minatoa en s'efforçant de ne pas penser à la mort à laquelle elle avait échappé dans ce temple de Thessalie. Xena écoutait attentivement, les mots se glissaient en elle et bloquaient la douleur liée à sa blessure. Gabrielle termina l'histoire en même temps que ses bandages. Xena roula sur le côté et la regarda dans la lumière de la torche.

"Pourquoi?" elle souleva la flamme pour voir le visage de Gabrielle. "Je te détiens pour obtenir une rançon, j'ai essayé de te tuer ainsi que tes amies, et pourtant tu continues à m'aider. Je répète ma question, pourquoi?"
Gabrielle prit une profonde inspiration et réfléchit avant de répondre. "J'ai perdu une amie très chère récemment, quelqu'un qui comptait plus que quiconque au monde. Je n'ai pas fait cela pour toi, mais pour elle."

 "Je ne suis pas ton amie."

 "Je sais." répondit la barde en essayant de cacher la tristesse dans sa voix. Elle eut un léger frisson dans l'air frais de la nuit. Xena se leva.

 "Tu sais cuisiner?"

 "Oui."

"Très bien." La chef de guerre regarda aux alentours, ravie de la quantité de branches et de bois. En quelques instants elle alluma un petit feu. Gabrielle attrapa la sacoche pour prendre de la nourriture mais elle s'arrêta et regarda Xena, attendant sa permission. La chef de guerre acquiesça et vit Gabrielle sortir les différents éléments de la sacoche et verser quelques herbes dans le pot pour le thé.

"J'ai besoin d'aller chercher de l'eau pour le thé." dit la barde, ne voulant faire aucun mouvement susceptible d'énerver la chef de guerre, plutôt calme pour le moment.

 "Je vais la chercher." Xena prit le pot. Elle regarda la quantité de fines herbes et fronça les sourcils. "C'est tout ce qu'il y a?"

"Non, mais ce sera assez pour ton thé." Gabrielle ne pensait pas avoir le droit d'en prendre aussi et n'en avait mis que pour Xena.

"Donne le moi." elle prit le sachet d'herbes et en ajouta plus qu'assez pour elles deux.

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Ephiny fut réveillée par un martèlement frénétique à sa porte.

"Entrez!" dit-elle, groggy, avant de se lever pour récupérer ses vêtements. Ilanna, garde assignée d'Ephiny, entra et se mit à essayer rapidement d'expliquer ce qui se passait. Ilanna avait rejoint la nation Amazone à son vingt et unième été, après s'être enfuie d'un bateau d'esclaves en provenance d'Égypte. Maintenant, quatre étés plus tard, la grecque s'était améliorée au point qu'elle était plus facile à comprendre malgré son fort accent. Facile à comprendre, quand elle parlait lentement. Pour l'instant cependant, les seuls mots que put comprendre Ephiny furent Eponin, Solari, et Sara. Le prénom de la guérisseuse dans la même phrase que ses plus proches amies fit écho dans son cœur et l'effraya.

 "Ilanna ... Ilanna calme-toi." L'Amazone posa ses mains sur les épaules gainée de cuivre de la femme.

"Qu'est-il arrivé?"

Ephiny entra dans la hutte de la guérisseuse à contrecœur. Le rapport que lui avait fait sa garde hystérique disait que ses deux amies avaient été attaquées dans Minos et qu'Eponin était si blessée qu'elle avait du être transportée sur un brancard. A présent, dans la hutte de Sara, Ephiny vit que les mots n'étaient pas exagérés. Sara et une de ses assistantes œuvraient fiévreusement pour recoudre la profonde entaille qui menaçait de vider son amie de son sang. Eponin était inconsciente et la régente considéra cela comme une bénédiction vue la gravité de la blessure.

Solari était allongée sur l'autre lit, son bras couvert de pansements. Ephiny n'eut pas besoin de voir la plaie pour comprendre que ça avait été un sacré combat. Les vêtements de Solari étaient couverts de sang et la régente pria silencieusement pour que ce ne soit pas celui de ses Amazones. Elle s'assit sur le bord du lit de Solari.

"Comment vas-tu Ep?" demanda doucement la grande guerrière aux cheveux noirs. La guérisseuse de Minos avait peu fait pour les aider. Elle avait simplement bandé hermétiquement les plaies et leur avait dit de retourner dans leur village pour se faire soigner.  Minos était le village le plus proche des terres Amazones, à un peu plus de quatre marques de chandelles de là, mais il y avait encore des gens qui n'aimaient pas la tribu indépendante et puissante des femmes. Malheureusement pour Eponin et Solari, le guérisseur de Minos était une de ces personnes.

"Elles la soignent toujours." répondit Ephiny en jetant un coup d'œil sur l'autre lit. Sara demanda plus d'eau, des bandages et du fil. Ce n'était pas bon signe. La guérisseuse Amazone était connue comme quelqu'un qui avait tendance à avoir toujours plus de fournitures qu'elle n'en avait besoin. En demander davantage signifiait que la plaie était bien pire qu'elle ne l'avait prévu. Ephiny se tourna vers Solari.

 "Peux-tu me dire ce qui s'est passé?"
Solari se lécha les lèvres nerveusement. "Nous étions assises dans la taverne et Xena et Gabrielle sont entrées" Elle vit les yeux d'Ephiny s'illuminer à l'évocation de ses amies. Solari déglutit difficilement, sachant que l'Amazone n'allait pas aimer la suite. "Ep, Xena a changé. Elle est redevenue chef de guerre." La surprise se transforma en confusion.

"Non, ce n'est pas possible." dit-elle, incrédule. "Il doit y avoir une erreur. Qu'a dit Gabrielle?"
 "Gabrielle n'a rien pu dire. Elle était prise en otage."
"Oh non, ce n'est pas possible. Par Xena?" Ephiny secoua la tête en signe d'incrédulité.
"Oui, Eph. Par Xena. Elle exige cinquante mille dinars en échange de Gabrielle saine et sauve." Elle regarda le lit où sa meilleure amie était allongée. "C'est Xena qui nous a fait ça." s'énerva l'Amazone aux cheveux sombres.
"Où est Gabrielle? Tu ne l'as pas laissée avec Xena, hein?" demanda Ephiny avec inquiétude. Si la guerrière vêtue de cuir n'était plus elle-même, impossible de savoir ce qu'elle pouvait lui faire.
 "Nous n'avions pas le choix, elle nous a ordonné de partir et de te prévenir." Elle réfléchit un moment avant de continuer. "Elle s'est battue contre Xena pour nous protéger."

Solari décida de garder pour elle les blessures de leur reine. Parler à Ephiny des marques de violence ne pouvait que la bouleverser davantage.
"Xena a exigé que l'argent soit posé au milieu de l'ancien champ à la frontière nord de notre territoire. Elle a dit que s'il y avait une seule amazone, elle tuerait Gabrielle sans y réfléchir à deux fois." La guerrière aux cheveux noirs regarda son épaule bandée.

"Ephiny, je la crois. Il n'y avait rien dans ses yeux sauf de la colère et de la rage." dit Solari. Sara s'approcha et posa une main sur l'épaule d'Ephiny.
"Elle a besoin de repos. Viens, je veux te parler." Ephiny hocha la tête et la suivit hors de la hutte, Ilanna juste derrière.

Sara quitta la cabane et ne s'arrêta pas avant d'atteindre le quartier de huttes adjacentes qui composaient le palais royal. Ephiny l'emmena à l'intérieur de la grande salle de conférence. Bien qu'il n'y eut personne, Sara parlait à voix basse.

 "Elles ont toutes deux perdu beaucoup de sang. La plaie d'Eponin aurait dû être recousue immédiatement." Ses paroles avaient un ton amer de colère. "Je pense qu'elles vont se rétablir..." elle hésita, manifestement désireuse d'en dire plus.

"Quoi? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas." demanda Ephiny d'une voix autoritaire.

"Il ... il est trop tôt pour le dire, mais je crains que certaines des blessures laissent des séquelles. Elles sont très profondes et les dégâts nombreux. Les muscles de la jambe d'Eponin ont été pratiquement sectionnés."
Ephiny ferma les yeux à cette douloureuse nouvelle. Elle avait peur pour ses amies, peur pour Gabrielle, et même peur pour le monde en général, si Xena était vraiment redevenue chef de guerre.

 "Et Solari?"
 "Je suis plus optimiste à son sujet. Sa blessure est apparemment due à une épée et non au chakram de Xena. Elle se plaint d'engourdissement dans les doigts. Peut-être que les sensations reviendront quand elle sera guérie. Le corps est une chose mystérieuse, Ephiny. Les miracles se produisent . Nous allons prier Artemis pour elles. "

Sara retourna à ses occupations. Ilanna s'assit à côté d'Ephiny.
"Que vas-tu faire?" Demanda la garde. Ephiny frotta ses yeux obscurcis par le manque de sommeil.

"Je ne sais pas, tout ça n'a aucun sens." Elle posa ses mains sur la table et se pencha en arrière sur sa chaise. "Je sais que Xena a déjà fait semblant de redevenir chef de guerre avant, mais là ... c'est totalement différent. Prendre Gabrielle en otage, exiger une rançon, attaquer deux de nos meilleures guerrières? Ilanna, nous ne pouvons pas laisser Xena retrouver ses vieilles habitudes. Dans la bataille de Corinthe, elle a détruit la moitié de l'armée des Centaures avant de céder. On peut encore l'arrêter. Sans une armée à ses côtés, nos guerrières peuvent la vaincre. "

"Alors, pourquoi tu n'as pas encore envoyé un groupe pour la retrouver?" Ilanna posait l'évidente question. "Certes, tu n'as pas l'intention de payer la rançon, n'est ce pas?" Le silence qui lui répondit inquiéta la garde royale. "Ephiny, elle a attaqué deux Amazones et détient la reine en otage. Comment peux-tu rester là sans rien faire? Xena doit être capturée et punie pour ses crimes, tu le sais."

"Je sais." grogna Ephiny avant de se lever et de marcher jusqu'au mur recouvert de masques de cérémonie. "Ce n'est pas un petit seigneur de guerre dont nous parlons. C'est Xena, une personne que je suis fière d'appeler une amie."
"À la lumière de ce qui s'est passé peut-être que tu devrais y repenser, Ephiny."
L'Amazone se retourna vivement, la colère colorait son visage. "C'est la femme qui m'a rendu mon fils. La femme qui nous a sauvées d'une guerre contre les Centaures et qui nous a aidées à faire la paix comme jamais avec eux. La femme qui a risqué sa propre vie pour protéger Gabrielle ET le village de Velasca. Comment pourrais-je lui tourner le dos maintenant? "Elle posa ses mains sur le dossier de la chaise et se pencha.

"Je sais que tu ne veux pas l'entendre, Ephiny, mais c'est aussi la femme qui a réduit en cendres des villages, assassiné d'innombrables hommes, femmes et enfants, et qui détient en ce moment même le chef de la nation Amazone. Quel choix as-tu? "

 "J'ai le choix de ne pas la traiter comme un chien." s'exclama la régente. "Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais nous devons récupérer Gabrielle saine et sauve ET sans tuer Xena."

"Ce n'est plus une option, Ephiny. Tout le village sait ce qui est arrivé à Solari et à Eponin. Comment vas-tu répondre à leur requête pour le sang de Xena?"
La régente baissa la tête. "Je ne sais pas, Ilanna. Je ne sais vraiment pas. Je ne peux pas croire que Xena ait fait tout cela de son plein gré. J'aimerais trouver un moyen de parler à Gabrielle, et comprendre ce qui se passe."
"Si Gabrielle est toujours en vie, Eph. Qui sait ce que Xena lui a fait après la fuite de Solari et Ep." Ilanna regretta aussitôt ses paroles en voyant la tête d'Ephiny. Elle réalisa qu'elle avait donné son avis, mais cela en valait-il la peine? La régente revint vers le mur et regarda les masques de ses aïeules comme pour puiser leurs forces. Pendant quelques instants elle ne dit rien. Quand elle parla, ses mots étaient teintés de regret et de tristesse.
"Renseigne-toi auprès de Solari pour connaître le lieu exact de l'échange. Récupère ensuite les meilleures guerrières et les archers et fais-les se préparer."

"Tout de suite." Ilanna se dirigea vers la porte.

"Ilanna, je veux que ce soit bien clair, en aucun cas, personne ne doit essayer de rendre la justice soi-même. Xena doit être capturée, non tuée." Ephiny parlait sur le ton réservé aux déclarations officielles et ses gestes insistaient sur le fait que ses propos ne devaient pas être pris à la légère.
 "Que faire si Xena ne leur laisse pas le choix?"

 "Essayons de ne pas la mettre dans cette situation, d'accord? Souviens-toi qu'elle et Gabrielle ont un lien particulier. Tu n'étais pas là, dans la salle de l'ambroisie, tu n'as pas vu comment elles se regardaient l'une l'autre quand Xena était dans ce sarcophage et a ouvert les yeux. Moi oui. Comment crois-tu que notre reine se sentira si son propre peuple tue la femme qu'elle aime? "
"Si c'est pour lui sauver la vie, je pense qu'elle comprendrait."

"C'est parce que tu ne connais pas Gabrielle autant que moi." dit simplement Ephiny. Elle soupira et passa ses doigts dans ses cheveux blonds frisés. "Tu as tes ordres, Ilanna." Elle attendit que l'Amazone fut sortie et retourna étudier les masques, essayant d'ignorer la souffrance qui battait derrière ses paupières.

Athena comprit que quelque chose n'allait pas à l'instant même où elle entra dans son royaume et quand elle vit, sur la table, la maquette d'Athènes. Elle avança avec hésitation, peu pressée de savoir ce que sa sœur pensait des derniers événements. Elle regarda la ville et fronça les sourcils. L'Acropole et le Parthénon étaient en ruine, de même que toutes les statues qui lui étaient consacrées. "Tss tss tss."

La Déesse de la Sagesse se retourna et vit Ares, un sourire d'autosatisfaction sur le visage. Il avança nonchalamment vers la table et jeta un oeil aux dégâts. "Il semblerait que notre chère Artemis soit légèrement en colère contre toi."

 "Je crois toujours que leur amour persévèrera." dit-elle, on ne peut plus méfiante envers son frère.

"Oui, eh bien, crois ce que tu veux, Athena. Laisse-moi te poser une question. Penses-tu que l'armée athénienne pourra résister à une attaque des Amazones?" Il posa deux doigts sur la table et les fit marcher dans les rues de la ville. "Hmm?"

"Il n'y aura pas d'attaque sur Athènes par les Amazones, Ares. Même si Xena échoue, Artemis n'est pas assez malveillante pour faire attaquer une ville innocente."dit-elle avec confiance même si c'était ce qu'elle craignait. L'armée athénienne était bonne, mais si toute la nation Amazone attaquait sa ville bien-aimée, il n'était pas sûr que celle-ci puisse survivre.

"Es-tu prête à prendre ce risque?" Il fit tourner un doigt à travers la poussière qui était autrefois une statue miniature d'Athéna. "Je peux mettre une armée autour d'Athènes en un clin d'oeil, dis juste le mot."

"Non, Ares. Nous avons un accord."

"Ah oui, la vie de cette sale gosse, je me souviens. Dis-moi …" Il agita la main sur sa boule de divination et la remplit du visage tuméfié de Gabrielle. "Xena a déjà montré qu'elle n'avait aucun problème à corriger la petite reine. Penses-tu vraiment que Gabrielle lui pardonnera? Ou lui fera de nouveau confiance?" Il sourit devant l'air embarrassé d'Athéna. "Tu vois, je gagne de toutes les façons. Si Xena échoue, elle revient vers moi et reprend sa juste place à mes côtés pendant qu'Artemis envoie ses Amazones sur ta ville. Maintenant, ton armée peut être en mesure de défendre Athènes, peut-être même battre ces traînées. Mais qu'en sera-t-il de l'armée suivante? Et celle d'après? Ton armée pourra-t-elle toujours protéger Athènes alors? Lorsque Xena reviendra vers moi, je lui donnerai la plus grande et la plus redoutable armée que le monde ait jamais connue. Devine un peu quelle sera la première ville qu'ils attaqueront. " Il sourit diaboliquement. "Si, par hasard, Xena réussit ce petit challenge ... eh bien, tu imagines Gabrielle rester avec elle après tout ce qu'elle a vécu? La pauvre petite. Je ne serais pas surpris qu'elle décide de rester avec les Amazones. Qu'est-ce Xena fera alors? Sans quelqu'un pour la guider,  elle retournera dans mon giron en quelques jours. Comme tu peux le constater, de toutes les façons, je récupère Xena et Athènes tombe."

"Salaud! Tu as tout prévu depuis le début, n'est-ce pas?" Elle bouillonnait. "Je savais que tu étais désespéré de récupérer Xena, mais ce n'était qu'un alibi, hein? Ton unique but est de détruire Athènes." Dit-elle, furieuse d'avoir été dupée par les mensonges et la trahison.

 "N'oublie pas les Amazones." Il caressait sa barbe, pensif. "Je ne sais pas ce que je veux détruire d'abord, ta ville ou les précieuses traînées d'Artemis. Ah, en fait, ça ne fait aucune différence. Elles seront toutes les deux écrasées bien assez tôt." Il sourit comme s'il était ennuyé. "Tu sais, en tant que déesse de la sagesse, tu as mis un sacré moment à comprendre." Son rire s'amplifia et ricocha sur les murs du royaume de sa soeur alors qu'il disparaissait.
Athena se dirigea vers la boule de divination et regarda l'image.

 "Oh Gabrielle, j'espère que je n'ai pas surestimé ton amour pour elle. Sans toi, pas moyen d'empêcher Ares de la contrôler de nouveau et si cela arrive ...." Elle ne put achever sa phrase, la simple idée de la destructrice des Nations retournant vers le dieu de la Guerre était trop horrible. "Sois forte, Gabrielle, sois forte."

Xena sirotait son thé et regardait la femme endormie. Dans la lumière du petit matin, le bleu qui entourait l’œil de Gabrielle contrastait vraiment avec le reste de son visage, sauf les autres ecchymoses autour de sa bouche et de sa mâchoire. La chef de guerre sentit une once de regret quant au traitement de sa prisonnière, surtout après la façon dont la jeune femme avait si soigneusement recousu sa cuisse la veille. Il y avait quelque chose de presque amoureux quand Gabrielle l'avait touchée. Xena secoua la tête. Ça n'avait pas de sens. Elle avait frappé la femme, attaqué ses compatriotes, demandé une rançon, et même essayé de la tuer. Pourtant, Gabrielle s'intéressait à ses blessures et lui parlait comme à une amie. Elle se leva et sortit quelques herbes de la sacoche qu'elle versa dans le pot avant d'ajouter de l'eau de sa gourde. Elle le fit chauffer sur le feu puis attrapa le savon et se dirigea vers Argo. Gabrielle avait desseller le cheval la veille mais il faisait alors trop sombre pour nettoyer le sang. A présent, à la lumière du jour, Xena put amener Argo au bord de l'étang et le lava doucement. Une fois terminé, elle retourna au campement et détacha la femme endormie. Elle termina son thé maintenant froid et attendit que la jeune femme se réveille.

Pendant un instant, la barde oublia qu'elle était prise en otage jusqu'à ce qu'elle se frottât les yeux et sentit la douleur à ses poignets. Se rappelant soudain les récents événements, elle se redressa et regarda Xena pour tenter d'évaluer son humeur. La femme aux cheveux noirs versait le liquide chaud de la casserole dans une tasse et la lui tendit.

"Bois ça, ça va aider à soulager le gonflement." Gabrielle scruta la tasse, méfiante quant à son contenu. Xena le remarqua et fronça les sourcils. "Ce n'est pas du poison, Amazone. Bois." Elle avala aussi rapidement qu'elle put, ne voulant pas énerver sa ravisseuse ni écoper d'un nouveau coup. Elle fut soulagée quand elle reconnut les différentes herbes dans la boisson.
"Merci." Dit Gabrielle en posant la tasse vide. La chef de guerre grogna et commença à ranger sa couverture et ses affaires.

 "Nous devons avancer pour éviter toute tentative de secours." Elle regardait la chaîne de montagnes au loin, à une bonne journée de cheval. Elle connaissait bien la région, après l'avoir parcourue plusieurs fois durant quelques années avec son armée. Xena se rappelait quelques grandes cavernes et grottes qui permettaient de se cacher facilement en attendant le moment de la rançon. Elle se souvint d'un petit village voisin qui serait parfait pour trouver du matériel. Même si les Amazones  interrogeaient les gens du village et si quelqu'un disait l'avoir vue, les guerrières ne parviendraient pas à la retrouver, ni leur reine, dans le vaste dédale de cavernes qui traversaient la montagne.

Elle laissa à Gabrielle temps de faire un aller-retour dans les bois et manger un maigre déjeuner avant de la hisser sur Argo. Elle allait attacher ses mains au pommeau de la selle, mais décida finalement que ce n'était pas nécessaire. D'ailleurs, elle n'avait plus beaucoup de corde et devait en garder le plus possible. Elle noua son fourreau à sa hanche et enfila sa cape avant de monter derrière la blonde.

 Xena restait sur la route, cherchant en permanence un signe des Amazones. Il valait mieux éviter les forêts. Les guerrières savaient utiliser les arbres à leur avantage et la seigneur de guerre voulait toutes les chances de son côté. Gabrielle était assise devant elle, bien consciente du bras entourant sa taille et des cuisses contre les siennes. Xena ne s'était jamais installée si près d'elle et le contact de leur peau fit jaillir des sentiments cachés chez la barde. Avec ce silence, Gabrielle pouvait imaginer que c'était sa Xena qui la touchait, qu'il n'y avait pas de danger ni de menace, que c'était juste deux femmes à cheval dans la campagne comme elles l'avaient fait tant de fois auparavant. Elle ferma les yeux et se concentra sur la main chaude contre son ventre, les cuisses musclées qui la touchaient, la femme qu'elle aimait contre elle.
Tant de fois Gabrielle avait eu envie d'avouer à Xena ses vrais sentiments, son désir. Avec tristesse, elle se rendait compte qu'elle n'en aurait sans doute plus jamais l'occasion. Quelle que fut la raison pour laquelle les dieux faisaient cela, elle avait perdu sa Xena, peut-être pour toujours. Ses réflexions furent interrompues par la main de Xena qui quitta brusquement son ventre pour tirer violemment sur les rênes.

Debout sur la route en face d'elles, sept hommes armés, le regard concupiscent.

"Bonjour les garçons." dit Xena d'une voix traînante.

"On dirait bien qu'on va pouvoir s'amuser aujourd'hui, finalement." dit le plus grand à son groupe en se frottant l'entre-jambe de façon suggestive. "Descendez donc de votre cheval, mesdemoiselles."

"Je vais te faciliter la tâche... soit vous vous poussez pour nous laisser passer, soit vous passez le reste de la journée à ramasser vos entrailles. Le choix vous appartient." Xena souleva un côté de sa cape pour mettre en évidence son épée et son sabre.

"Ooh, la petite dame a une épée." Il s'esclaffa, entraînant les autres hommes avec lui. Gabrielle savait sans avoir à se retourner que Xena ricanait devant le fait qu'ils sous-estimaient sa capacité à manier son arme. "Tu crois vraiment que tu vas pouvoir tous nous avoir?"

"Tu veux vraiment le savoir?" Elle descendit de cheval et se tint devant Argo, épée à la main.  Gabrielle se pencha et tira son bâton de la sacoche avant de l'assembler rapidement. Les sept hommes tentaient de les encercler alors que la barde descendait et préparait son bâton pour se défendre. Le chef et deux de ses hommes visaient Xena tandis que deux autres s'approchaient de Gabrielle et les deux derniers Argo. Un grand cheval puissant comme celui-la se vendrait un bon prix au village ou bien leur ferait plusieurs repas. Alors que le chef s'approchait de Xena, celle-ci poussa un cri perçant et lança son épée vers lui.

Gabrielle maniait son bâton avec facilité et tira rapidement dans les jambes du premier avant de frapper le deuxième dans le ventre. Argo faisait des cercles pour garder ses rênes hors de portée des deux hommes frustrés.
"Bon sang, arrête de bouger." cria l'un d'eux. Ce cheval ne se vendrait jamais au marché, il décida donc de tirer son épée. Xena entendit la lame sortir de son fourreau et sans regarder, décrocha son chakram. Il ricocha sur un arbre dont le bois était rongé par des parasites vivants dans le grand cyprès. Xena fronça les sourcils devant la perte momentanée de son arme. Cette petite distraction faillit lui coûter cher car le chef faisait un arc vicieux avec son épée. Elle leva vite la sienne au dernier moment afin de bloquer le coup. Son attention figée sur les trois hommes face à elle, la seigneur de guerre ne vit pas celui qui avait renoncé à attraper son cheval se glisser derrière elle. Gabrielle se débarrassait de son dernier agresseur juste à temps pour voir l'homme en question s'approcher de Xena.

 "Derrière toi!" cria-t-elle. Sans regarder, la femme aux cheveux noirs lança son pied en arrière et le toucha en pleine poitrine, l'envoyant au tapis. Quelques instants plus tard, c'était fini. Quatre des hommes étaient morts, les trois autres inconscients. Xena se dirigea vers le chef et détacha la gourde de sa ceinture. Elle ouvrit le bouchon et renifla attentivement avant de prendre une gorgée. Satisfaite, elle l'attacha à la sacoche et récupéra son chakram dans l'arbre. Quand elle revint à côté d'Argo, elle constata que Gabrielle avait déjà démonté son bâton et le mettait dans la sacoche.
"Tu aides toujours ceux qui te tiennent prisonnière?" demanda Xena en aidant Gabrielle avant de monter derrière elle. La barde réfléchit bien avant de répondre.
"Je préfère être ta prisonnière que la leur."
"N'en sois pas si sûre, Amazone." déclara la chef de guerre avant d'envelopper son bras autour de la taille de Gabrielle et de donner un coup de talon à Argo.


Ephiny marchait dans le champ pour déterminer les préparatifs. ne équipe s'affairait à couper des carrés d'herbe avec des lames tranchantes. Un autre groupe enlevait soigneusement ces carrés d'herbe pour qu'un troisième groupe puisse creuser des tranchées qui cacheraient les archers. Au bord du champ, une ligne de femmes fabriquait des cadres à installer dans les fosses, avec un toit pour fixer l'herbe dessus. Si tout fonctionnait correctement, trois douzaine d'archers seraient cachées dans ces trous, creusés de manière à former un cercle au milieu du champ. La régente marchait derrière Ilanna qui supervisait l'opération.

 "Es-tu sûre qu'elle ne verra pas les fosses?"
"Non, on a fait bien attention de niveler le champ pour que les coupes ne soient pas visibles. Nous avons de la chance que l'herbe soit si haute. Ca nous aide à les dissimuler." répondit Ilanna. "Quand elle les verra, il sera trop tard pour s'échapper." Ephiny hocha la tête.
"Où les éclaireuses seront-elles positionnées?"
"Il y en aura quatre dans les arbres sur la route et six dans la forêt d'à côté au cas où elle essaierait de s'y faufiler."

"Non, on n'en aura pas besoin. Elle a Gabrielle comme bouclier. Elle n'a aucune raison de se cacher. Elle sait que nous la surveillerons." Ephiny prit la carte d'Ilanna et évalua la position des éclaireuses. "Déplace ces deux là-bas plus loin sur la route. Dans quelles tranchées seront les guerrières?"
"Toutes les trois fosses, il y aura une guerrière." expliqua la garde ébène.
"Non, tu la sous-estimes. Ilanna, son bras a été démis et elle l'a frappée contre une paroi rocheuse pour la remettre en place. Douze guerrières, même avec des archers en arrière ne pourront pas s'occuper d'elle si elle entre dans une rage folle. Je ne l'ai vue qu'une fois dans une vraie bataille, contre Krykus, mais j'ai entendu parler de ses exploits grâce à Gabrielle." Ephiny se rappela une histoire qu'on lui avait racontée quand  Xena était en prison et avait arraché ses chaînes de sa  simple force. "Je dois aller à la forge. Fais ces changements et retrouve-moi à la hutte de Sara. J'irai voir Solari et Eponin en passant."

 Gryne travaillait dur dans sa forge : une nouvelle épée pour Eponin. Ses cheveux gris étaient coupés ras, de la largeur d'un doigt. Ses avant-bras puissants et larges, sa poitrine musclée et sa taille plus grande que la moyenne, faisaient d'elle la parfaite forgeronne du village. Elle faisait bien plus que des lames et des flèches, Gryne était aussi une sculptrice accomplie avec le granit et avait aidé à la réfection du temple d'Artémis après le déchaînement de violence de Velasca. Si quelqu'un pouvait réussir la mission d'Ephiny, c'était bien Gryne.

Elle leva les yeux de sa tâche et sourit à la régente blonde. "Que puis-je faire pour toi aujourd'hui, Ephiny?"

 "J'ai besoin de toi pour fabriquer des menottes et des chaînes si dures qu'Hercule lui-même ne pourrait pas les briser. Elles doivent être reliées à une dalle de granit si lourde que dix Amazones ne pourraient la soulever." Elle s'arrêta, un instant effrayé par sa froideur envers une femme qui était censée être une amie. Gryne reposa la lame dans la braise, envoyant des cendres chaudes monter vers le ciel. Ephiny regarda la lueur orange grimper rapidement sur le métal et se rappela pourquoi l'épée avait été conçue. L'épée d'Eponin lui avait été donnée par sa mère, transmise depuis six générations de mère en fille. C'était le bien le plus précieux de son amie. Il fallait qu'elle envoie quelqu'un à Minos pour retrouver l'arme, malgré le fait qu'une épée de cette qualité avait très probablement disparu depuis longtemps. Ephiny prit une profonde inspiration et mit de côté toute idée d'amitié. Elle n'avait pas besoin d'attraper Xena, la guerrière amie de la reine, elle devait empêcher de s'enfuir l'animal qui avait attaqué ses amies et pris Gabrielle en otage.  Quand elle regarda de nouveau Gryne, la mâchoire d'Ephiny ne bougeait plus, les yeux plissés avec intensité. "Je veux que tu t'assures que Xena ne pourra pas s'échapper, quoi qu'il arrive."

Gryne hocha la tête tristement. Elle avait pensé toute la matinée à ce qui était arrivé à Eponin et Solari. "Elle ne s'échappera pas, Ephiny. Je le jure sur Artemis." dit fermement la forgeronne.

Sara croisa la régente à la porte de la cabane et lui donna des nouvelles des deux femmes. Solari était alerte et avait ressenti des picotements dans les doigts, signe certain de guérison. Eponin n'avait pas autant de chance. La puissante et calme guerrière avait pleuré de douleur plusieurs fois. Sara lui avait donné autant de médicament qu'elle avait pu contre la douleur mais cela n'avait semblé rien fait contre la souffrance de l'Amazone.

Eponin divaguait lorsqu'Ephiny entra. La femme blonde voulait rester et être là pour son amie mais il y avait trop de choses à préparer. Elle pressa Solari de lui donner tous les détails de leur rencontre avec Xena, l'incitant fortement à ne rien cacher. Au début, la grande brune hésita à tout lui dire, en particulier de l'état du visage de Gabrielle. Mais plus elle parlait de ce qui s'était passé et entendait son amie pleurer de douleur, plus Solari était en colère. Elle ne garda rien pour elle, pas même quand elle vit Ephiny grimacer à certaines descriptions. L'Amazone donna tous les atroces détails. Quand Ephiny quitta la hutte de la guérisseuse, elle était convaincue d'avoir eu raison d'insister pour mettre davantage de guerrières dans les fosses. Elle jura à Artemis de capturer Xena ou de mourir en essayant.

                           
Partie 3

La nuit était venue quand Xena trouva la grotte qu'elle cherchait. L'entrée était à peine assez large pour que la réticente Argo se faufilât à l'intérieur mais il y avait beaucoup de place dedans. Il y avait des traces des occupants précédents, probablement l'armée de Xena quand ils étaient passés par là il y avait plusieurs années. Un petit cercle de pierres marquait l'emplacement d'un feu mort depuis longtemps et un petit tas de bois sec avait été entassé à l'autre bout de la grotte. Xena prépara le feu tout en gardant un œil sur sa prisonnière. La seigneur de guerre était certaine qu'elle ne tenterait pas de s'échapper, surtout lorsque Gabrielle déchargea les sacoches et les couvertures et commença à dresser le camp. Xena regardait avec beaucoup d'intérêt la vitesse et la facilité avec lesquelles l'Amazone disposait les affaires, comme si elle faisait ça tout le temps.

Une fois le feu démarré, la seigneur de guerre dessella Argo et la brossa avant d'amener la gourde et la selle près du feu. Elle s'assit et utilisa la selle comme dossier. Gabrielle avait fini d'installer les couvertures sur les côtés du feu et faisait déjà bouillir l'eau pour le thé. Xena déboucha la gourde et prit une rasade avant de la tendre à l'Amazone.

"Allez, tu t'es battue autant que moi." Dit-elle devant la réticence de Gabrielle à prendre la gourde. La chef de guerre la regarda prendre une petite lampée avant de la lui rendre. Xena refusa. "Que se passe-t-il, Gabrielle? Je sais que les Amazones aiment le bon vin."

"Eh bien ... Je ne suis pas une grande buveuse, apparemment." dit-elle. Malgré la politesse qu'elle avait reçu ce jour-là, la barde était toujours sur ses gardes et voulait garder ses sens en alerte. Xena se pencha en avant et reprit la gourde. Elle but de nouveau et la rendit à sa prisonnière. Cette fois, Gabrielle comprit le message et avala une gorgée normale.  Apparemment, Xena essayait d'être sociable et la barde ne voulait pas pousser la femme vêtue de cuir à se mettre encore en colère. Elles se passèrent la gourde au fur et à mesure, la vidant lentement, le pot sur le feu oublié. En effet, Gabrielle s'en souvint une fois toute l'eau évaporée. Elle regarda Xena en s'excusant.
"Je suis désolée. Je vais aller en rechercher."

"Laisse tomber." répondit la chef de guerre en avalant une nouvelle gorgée. "Je ne suis pas d'humeur à boire un thé de toute façon." Elle retira son armure et s'allongea sur le côté, appuyée sur un coude. Elle allait passer la gourde à Gabrielle, mais elle était trop loin. "Rapproche-toi."

La barde hésita un instant avant d'empoigner sa couverture et faire le tour du feu jusqu'à se retrouver à portée de bras de la femme en cuir. Elle adopta la même position détendue que Xena et prit la gourde. La lueur orange des flammes vacillaient sur son ventre, mettant en évidence les muscles que Xena observait. La seigneur de guerre scrutait ouvertement Gabrielle, ses yeux passant du haut au bas de son corps. Par les dieux, cette femme est magnifique, se dit-elle. Elle prit la gourde presque vide et la termina avant de la jeter derrière elle.

 "Tu dois avoir hâte de retourner dans ton village, voir ton amoureux."
 "Euh ..." Gabrielle avait remarqué l'examen approfondi de son corps et le désir dans les yeux de Xena; elle avala nerveusement. "Je n'ai pas d'amoureux."

 "En tant que reine, tu pourrais avoir qui tu veux." La chef de guerre roula sur le ventre dans un mouvement qui la rapprocha de la blonde.
 "Je...en fait, il y avait quelqu'un que je voulais, mais ...." elle regardait le feu, la conversation et la proximité combinées avec le vin l'empêchaient de penser clairement.

"Ton amie? Celle à laquelle tu m'as dit te faire penser?"
"Oui." admit Gabrielle. "C'est la seule que j'ai toujours voulu."
"Pourquoi n'êtes-vous pas devenues amantes?" Elle se rapprocha de la barde, son désir augmenta quand elle entendit la respiration de Gabrielle s'accélérer. "Voulait-elle quelqu'un d'autre?"

"N-non, pas que je sache." Son cœur battit plus vite lorsqu'elle leva les yeux du feu et aperçut les iris bleus qui fixaient son décolleté. "Je pense qu'elle ne m'a pas trouvée ... désirable." Les émotions devenaient trop fortes pour Gabrielle et elle se leva dans l'intention de retourner sur sa couverture à l'autre bout du feu et loin de la présence troublante. Xena se leva et passa son bras autour de la taille de Gabrielle, la tirant plus près.

 "C'est vraiment dommage." dit-elle d'une voix rauque. "Parce que tu es une femme très désirable." elle serra la barde plus fort, jusqu'à ce que la peau nue touchât le cuir doux. Gabrielle leva les mains sur la poitrine de Xena dans l'intention de la repousser. Ce n'était pas sa Xena, c'était une chef de guerre qui la tenait prisonnière, se répétait-elle. Son corps lui disait autre chose alors que ses mains glissaient jusqu'à s'enrouler autour du cou de la grande femme. Le parfum unique du cuir de Xena remplit ses narines, ce qui l'empêchait de se concentrer.

"Nous ne devrions pas ..." elle fit l'erreur de lever les yeux dans ceux, bleus et pleins de désir, de Xena. "Je n'ai jamais..." Elle fut réduite au silence par les lèvres de Xena. Sa langue s'enfonça au-delà des lèvres de la barde et demandait à entrer dans sa bouche tandis que sa main puissante se glissa entre elles pour défaire les lacets du haut de Gabrielle. La jeune femme gémit quand la langue entra dans sa bouche. Les mains de Xena se firent plus insistantes; l'une défaisait habilement le haut pendant que l'autre touchait ses fesses.  Gabrielle sentit ses genoux s'affaisser sous les assauts du baiser et elle resserra son emprise autour du cou de la femme.

La chef de guerre  sourit devant cette capitulation et elle l'attira sur sa couverture. Comme elle l'allongeait, elle tira le lacet et le haut vert s'ouvrit, exposant ses trésors cachés. Sa langue se promena le long de la gorge de la barde et sur sa poitrine jusqu'à ce que ses lèvres s'enroulent autour d'un mamelon rose. Gabrielle haletait et son dos se cambra involontairement au délicieux contact. Elle tenta de penser à la raison pour laquelle elle ne devait pas la laisser continuer, mais à chaque coup de langue de Xena, ses capacités de raisonnement se dissipaient. Ses doigts s'enfoncèrent dans les cheveux de jais et elle ne put contrôler aucun de ses soupirs, aucun de ses gémissements. Xena leva la main pour caresser l'autre sein, captura le mamelon entre le pouce et l'index et pressa fermement. "Oh dieux...." Cria Gabrielle quand la chef de guerre changea la position de sa bouche et de sa main.

Xena ne se rappelait plus la dernière fois qu'elle avait senti quelqu'un de si réceptif. C'était comme si le corps de la jeune reine était destiné à sa jouissance. Les doux gémissements et les petits cris ne faisaient qu'accroitre son désir. Elle glissa une cuisse musclée entre les jambes de Gabrielle et pressa, suscitant un profond soupir.

Elle se redressa sur un coude et regarda le visage rougi de désir. "Ouvre les yeux, Gabrielle." ordonna-t-elle. La chef de guerre la fixait en glissant sa main plus bas pour détacher sa ceinture. "Tu es tellement belle."murmura-t-elle en enlevant ses cuirs. Ses doigts attrapèrent le rebord de la jupe de la barde. "Tu le veux."
 "Oui" répondit Gabrielle à bout de souffle. Les doigts experts ôtèrent le tissu, révélant le triangle d'or aux poils bouclés. Elle glissa sa main entre ses cuisses.
"Tu en as envie." Ses doigts pressaient les replis humides, sans entrer.
"Oui." répondit la barde dans un souffle, les hanches cambrées. Un doigt glissa entre ses lèvres et fut aussitôt trempé du désir de Gabrielle.
"Tu as envie de moi." Un autre doigt rejoignit le premier, posé juste à l'entrée de la fente. Les hanches de la barde se soulevèrent, tentant d'attirer la seigneur de guerre en elle.

"Oui."
"Dis-moi." Elle posa son pouce aussi, juste à côté du clitoris.
"S'il te plaît."demanda la barde en attrapant le poignet de Xena. La seigneur de guerre tenait bon, refusant de la pénétrer.
"Dis-moi, Gabrielle." elle remua son pouce, envoyant un spasme de plaisir chez la jeune femme.

 "S'il te plaît, Xena, s'il te plaît!"cria-t-elle. Tous ses sens étaient focalisés sur le désir brûlant entre ses jambes. "J'ai besoin de toi."

A ces mots de pur désir, Xena baissa la tête, prit un mamelon entre ses dents et plongea ses doigts au cœur de Gabrielle. "Oh dieux!" Ses hanches se soulevèrent de la couverture, essayant d'attirer Xena plus profondément en elle. La seigneur de guerre commença son va et vient pendant que son pouce œuvrait à sa tâche. Elle leva la tête et regarda le visage de Gabrielle pendant qu'elle accentuait le rythme. Les yeux verts étaient bien fermés, des grognements inintelligibles et des cris sortaient de sa bouche et ses bras impuissants fouettaient l'air pour trouver les longues mèches de cheveux noirs. Avec une force née de la passion, elle attrapa la tête de Xena pour l'embrasser.

"Si réceptive..." grogna la chef de guerre avant de prendre sa bouche avec avidité. Elle retira ses doigts, ne laissant que leur extrémité dans la barde, puis elle en ajouta un troisième et la pénétra aussi loin qu'elle put. Xena enfouit son visage dans les cheveux de Gabrielle et augmenta la vitesse et la force. Des paroles cohérentes étaient impossibles pour la barde, son corps entier se souleva et ses hanches buttaient frénétiquement contre les doigts de la seigneur de guerre. Xena gémit au flux de liquide qui entourait ses doigts; elle aurait aimé être nue devant l'humidité qui s'accroissait entre ses jambes. Les hanches de Gabrielle se frottaient contre la chef de guerre et la série de "oh dieux !" et "Oui Xena, encore!" augmenta en volume.

La femme aux cheveux noirs s'assit et passa son autre main dans les poils blonds pour atteindre le clitoris de Gabrielle. Avec le balancement effréné de Gabrielle, il lui était difficile de maintenir le contact avec le nerf sensible; Xena stabilisa sa main dessus et le caressa rapidement d'avant en arrière. Gabrielle enfonça ses doigts dans le bras de la seigneur de guerre et serra les dents, proche de perdre le contrôle. Xena sentit les spasmes monter du plus profond de la jeune femme et elle la pénétra profondément une dernière fois. Gabrielle s'arqua et se raidit en atteignant l'orgasme et un cri de plaisir s'échappa de ses poumons. Elle s'effondra, les doigts de la seigneur de guerre toujours en elle. Lorsque les muscles de Gabrielle cessèrent totalement de se contracter, Xena se retira lentement, ce qui fit de nouveau gémir la jeune femme au bord de l’évanouissement.

La chef de guerre se leva et enleva rapidement ses vêtements avant de s'allonger contre la femme toujours dans les vapes. Elle passa un long doigt sur la peau douce de sa joue. "Tu es si belle, Gabrielle." Elle prit la petite main dans la sienne et la porta à sa bouche. Elle mit un doigt dans sa bouche et l'aspira. Une fois bien mouillé, elle s'en servit pour faire de petits cercles autour de son propre mamelon, soupirant de plaisir.

"Touche-moi." gémit-elle en tenant fermement la main de Gabrielle contre sa poitrine. Elle enroula ses jambes autour de la cuisse de la barde et la poussa contre son sexe douloureux. Gabrielle ouvrit les yeux et regarda sa meilleure amie bouger contre elle. Elle prit le sein dans sa main et sentit le mamelon dressé sous sa paume. Elle se rendit compte de ce qu'elle était sur le point de faire et retira sa main.

"Qu'est ce qu'il y a?" demanda Xena quand elle sentit le contact se rompre. La barde n'arrivait pas la regarder et choisit de fixer le sol. Elle marmonna quelque chose d'inintelligible. La femme aux cheveux noirs souleva le menton de la barde pour établir un contact visuel. "Dis-moi."demanda-t-elle, voulant apaiser le malaise apparent de l'Amazone afin de retourner à leurs occupations.

"Je ne sais pas quoi faire." murmura-t-elle. "Je n'ai jamais été avec une femme."
Xena relâcha son étreinte et la regarda avec incrédulité. "Tu n'as jamais couché avec une femme?"
"Non" Ses joues s'empourprèrent, embarrassée. "Je n'ai été qu'avec une personne, mon mari, et une nuit seulement."
"Tu n'as couché avec quelqu'un qu'une seule fois?"
 "Eh bien, ce n'est pas la peine de dire ça comme si c'était une mauvaise chose, tu sais." elle tourna le dos, clairement mal à l'aise. Ce n'était pas la façon dont elle avait imaginé sa première fois avec Xena.

"Eh ... regarde-moi." Xena tourna doucement la tête de la barde vers elle. "Je ne savais pas. Je croyais que tu étais ... expérimentée." Elle prit la main de Gabrielle et la reposa sur sa poitrine. "J'aime ça." Elle posa sa main sur les seins de la barde et caressa lentement la peau douce et chaude. Gabrielle imita les gestes de la chef de guerre et se retrouva bientôt à caresser les mamelons durs de Xena. Elle sourit quand elle vit les yeux bleus se fermer et les lèvres pleines dessiner un petit sourire. Elle y alla ensuite à l'instinct, détectant les indices du langage corporel de la femme et de ses petits gémissements. Xena reprit bientôt son mouvement de bascule contre la cuisse de la barde, la trempant de son excitation. Elle roula sur le dos et tira Gabrielle au-dessus d'elle. Elle guida la bouche de la barde sur ses seins.

"Suce-moi, Gabrielle ... mmm, oui, comme ça." gémit-elle. La jeune femme apprenait, découvrait ce qui donnait ou non du plaisir à Xena et quand c'était trop. Après quelques "aïe!", elle comprit les limites et ne les dépassa plus. Elle commença à presser et pincer l'autre mamelon, faisant osciller les hanches de Xena sous elle.

Xena déplaça un peu la jeune femme et guida sa main entre ses jambes.
 "Touche-moi, Gabrielle." Elle garda sa main sur celle de la barde, la guidant dans les replis de sa chair. "Viens en moi." Dit-elle d'une voix rauque de désir. Soucieuse de lui faire mal, Gabrielle la pénétra lentement avec un doigt, émerveillée par la texture et la sensation d'être vraiment en elle. "Encore..." Elle en ajouta un deuxième et sentit la légère pression de la chair qui entourait ses doigts. "Encore." Gabrielle en ajouta un troisième puis un quatrième, étirant lentement la peau mouillée.

Xena se baissa et tenta d'atteindre le sexe de la barde, frustrée de le trouver hors de portée de sa main. Elle attrapa la cuisse de Gabrielle et la fit se mettre à genoux, le haut du corps de la barde contre sa poitrine. "Écarte les genoux." Elle sourit devant la rapidité avec laquelle la jeune femme obéit. Elle glissa deux doigts en elle, ravie de l'humidité que ses doigts trouvèrent. Gabrielle gémit et la pénétra plus profondément. Elles se donnaient du plaisir mutuellement, jusqu'à ce qu'elles tombent toutes les deux dans l'envoûtement de la passion. 

Xena ajouta un troisième doigt, pénétrant la jeune femme aussi loin qu'elle pouvait et avec le même enthousiasme qu'auparavant. Gabrielle attrapa la cuisse de la seigneur de guerre et cria au brusque changement de rythme. Elle accéléra le mouvement de sa main, peu sûre de pouvoir continuer longtemps devant l'orgasme qui montait en elle. Elle se balançait sur les longs doigts qui la pénétraient, cherchant aveuglément la libération imminente. Elle enfouit sa tête dans la hanche de Xena et sa main s'immobilisa quand un violent orgasme la dévasta. Elle s'effondra contre le corps de la seigneur de guerre, frissonnant en sentant les doigts sortir doucement.

Gabrielle bougea de nouveau sa main ; elle refusait de succomber à son besoin de récupérer et voulait donner à la femme qu'elle aimait le même plaisir qu'elle avait reçu. Allongée, elle se souleva lentement jusqu'à ce qu'elle se sentît assez de force pour bouger. Elle changea de position et se mit à genoux à côté de la cuisse de Xena pour avoir plus d'appui. Elle accéléra ses mouvements pour tenter de suivre le rythme des hanches de la femme.
"Plus fort."cria Xena, ses hanches remuant frénétiquement.

Gabrielle serra les dents et la pénétra aussi vite et fort qu'elle put, surprise par la quantité de liquide qui s'écoulait et couvrait sa main. Avec un puissant hurlement, Xena se cambra et resta suspendue en l'air, ses muscles contractés autour des doigts de Gabrielle.

La barde allait se retirer mais elle fut arrêtée par la main de Xena autour de son poignet, qui voulait la garder en elle. "Attends." Elle haletait. Après quelques battements de cœur, elle laissa retomber ses hanches et relâcha le poignet de Gabrielle. La barde sortit doucement ses doigts et frotta les muscles endoloris de son bras. Xena resta allongée là, les yeux fermés, se laissant lentement revenir sur terre. Quand elle les rouvrit enfin, Gabrielle la regardait, toutes sortes d'émotions sur le visage. Xena dégagea son bras et invita la jeune femme silencieusement. Gabrielle sourit et vint poser sa tête contre son épaule. La sensation de Xena contre elle ainsi que le rythme régulier de son cœur sous son oreille l'endormirent rapidement.

Xena resta ainsi une marque de chandelle à écouter la respiration régulière de la femme endormie à ses côtés. Jamais personne n'avait suscité en elle une telle réaction. D'habitude, Xena dictait tous les gestes, son plaisir était tout ce qui comptait. Pourtant, ce soir elle voulait, non, elle avait besoin, de donner du plaisir à Gabrielle, de l'amener à l'orgasme, de regarder son visage au moment où elle atteignait l'extase. Le contact de cette peau douce, le goût de ces lèvres, c'était tout ce dont Xena avait besoin pour trouver la joie de faire plaisir à l'autre, pour donner au lieu de juste prendre.

Elle tendit la main, écarta une mèche de cheveux du visage de Gabrielle et soupira. "Si seulement tu n'étais pas leur reine. Je te garderais avec moi, à mes côtés, pendant que je partirais à la conquête de la Grèce. Mais tu es leur reine, n'est-ce pas?  Tu les contrôles, les guides, les mènes au combat. Elles font ce que tu leur dis de faire." La seigneur de guerre s'imagina à la tête de toute une armée Amazone.

Contrairement aux hommes qu'elle prenait généralement dans son armée, les femmes guerrières étaient fidèles et ne risquaient pas de trahir leur chef pour quelques dinars. "Avec toi à mes côtés et tes Amazones derrière, nous pourrions écraser tous ceux qui s'opposent à nous ou nous défient." Elle revit les deux guerrières avec qui elle s'était battue dans la taverne. Cela pouvait poser un problème mais elle était sûre qu'elle pourrait y faire face. Après tout, elle avait convaincu leur reine de se rendre. Avec leur chef de son côté, ce n'était qu'une question de temps avant qu'elles lui soient toutes fidèles. Si une ou deux choisissaient de s'opposer à elle, quelle différence cela ferait dans ce grand projet? Avec cette idée d'une armée d'Amazones bien entraînées sous ses ordres et leur reine dans son lit, Xena glissa dans un agréable sommeil.

Solari fut réveillée par le bruit fracassant d'une poterie tombant par-terre et une série de jurons. "Ep?" elle sortit de son lit et se mit à genoux sur le plancher à côté de la guerrière. Elle tendit son bras valide pour aider Eponin à se relever mais elle celle-ci le repoussa.

"Je n'ai pas besoin de ton aide, Solari. Je voulais juste mon pot. Apparemment je ne peux même plus faire cela toute seule." dit-elle tristement. Sara sortit de la salle du fond où elle dormait quand elle avait des patients.

"Qu'est-ce qui se passe ici?" elle souleva sa torche pour voir les deux femmes par-terre. "Eponin, je t'ai dit de rester dans ton lit. Veux-tu arracher tous tes points de suture?"

"Je m'en fiche." répondit-elle sèchement. "Quelle différence cela fait? Je sais. Je le sens. Tu ne veux pas me dire la vérité, mais je sais." Elle baissa la voix et regarda sa cuisse bandée. "A quoi bon une guerrière qui ne peut pas marcher?"

"Eponin, ce n'est pas vrai." dit Solari. "Tu dois juste te donner le temps de guérir. Tu as déjà été blessée au combat auparavant et tu t'en es bien sortie." Elle regarda la guérisseuse. "Dis-lui, Sara, dis-lui qu'elle va guérir."
La guérisseuse les observa, elle ne voulait vraiment pas avoir cette discussion. "Solari, tu dois retourner dans ton lit. Je vais demander à quelqu'un de t'aider, Eponin."

"Va en Enfer, Sara. Je n'ai pas besoin de ton aide." elle grogna et prit appui sur la table qu'elle avait renversée pour tenter de se relever. Solari posa sa main dessus pour l'empêcher de retomber pendant que Sara s'approchait pour l'aider. Eponin se servit de sa jambe valide pour s'approcher de son lit avant que la guérisseuse ne puisse l'atteindre.

"Ep, je sais que cela n'a pas l'air terrible en ce moment, mais tu vas aller mieux." 

"Garde ça pour quelqu'un que ça intéresse, Solari. Je n'en veux pas. J'ai vu assez de blessures pour savoir quand c'est irréversible. Je t'ai vue bouger les doigts un peu plus tôt. Tu vas te remettre. Tu peux t'en féliciter." Chaque mot était dit avec colère et le visage de Solari montrait le mal que lui avaient fait les paroles de sa meilleure amie. Sara posa sa main sur l'épaule de la grande Amazone.

"Retourne dans ton lit, Solari, on ne pourra rien faire cette nuit." dit doucement la guérisseuse.

"Ouais, retourne dans ton lit, je n'ai pas besoin de ta pitié."

"Non, apparemment tu as assez de la tienne, Ep." Solari se retira. Sara guida la grande Amazone dans son lit.

"Sois gentille avec elle, Solari." murmura la guérisseuse. "C'est dur pour elle, tu le sais. Ne prends pas au sérieux ce qu'elle dit."

 "Je ne l'ai jamais vue comme ça, Sara, c'est comme si elle avait abandonné."
"Chut, repose-toi. Ca ira mieux demain." Mentit la guérisseuse. Elle savait que le pire était à venir. Les guerrières étaient toujours les plus difficiles à gérer quand elles étaient grièvement blessées. Plus que toute autre Amazone, les protectrices du village étaient celles qui prenaient leur statut comme un reflet de leur personnalité et un grand nombre de celles qui ne pouvaient plus être guerrière à cause d'une blessure traversait une période d'apitoiement et de dépression.

La plupart s'en sortait bien, trouvait une autre vocation qui leur permettait de travailler malgré leur état. Malheureusement, elle en avait trop vu qui n'étaient jamais sorties de leur dépression. La plupart d'entre elles finissait par succomber à leur propre épée, incapable de supporter l'idée de ne plus être guerrière. En regardant Eponin, Sara pria Artémis pour que la guerrière choisisse la première solution. La guérisseuse alla à son comptoir et choisit un mélange d'herbes contre la douleur et l'insomnie qui, espérait-elle, calmerait Eponin et lui permettrait de se reposer. Elle les mélangea et ajouta de l'eau pour créer une boisson puissante.

"Tu continues à me droguer, Sara?" Dit la guerrière trapue en prenant la tasse. "Je suppose que c'est mieux ainsi. Au moins, quand je parle comme une folle, je ne pense pas au fait que je ne serai plus jamais guerrière." La guérisseuse savait qu'il était inutile de discuter avec la femme déprimée. Les mots ne feraient aucune différence à ce stade. Elle savait qu'elle ne pouvait que guérir les blessures physiques. Les blessures morales étaient au-delà de son pouvoir.

"Je ne comprends pas. Ce ne ressemble pas à Eponin. Elle a toujours été si forte." Ephiny soupira. Ilanna s'assit dans le fauteuil à côté d'elle. Sara venait de la laisser après avoir fait à la régente un rapport sur ses patients. Ephiny se frotta les yeux et repensa à leur reine détenue par la même personne qui avait causé tant de blessures à son amie. Elle se dirigea vers le mur des masques de cérémonie, absorbant leurs forces.

"Qu'Artemis ait pitié de ton âme, Xena, si tu as nui à Gabrielle, parce que moi je ne te pardonnerai pas." Elle quitta la salle de conférence et alla vérifier l'avancement de la prison pour Xena, Ilanna à ses talons.

Gryne glissait le dernier maillon dans la découpe de granit et le scellait avec de l'acier fondu. "Héphaïstos n'aurait put faire mieux." Dit Ephiny en inspectant le travail de la forgeronne. Une grande dalle de granit ancrée de deux chaînes tenues par des poulies. Les menottes étaient plus conçues comme des gantelets, conique, plus petits au niveau du poignet, ce qui rendait impossible toute évasion. Les menottes aux pieds étaient fabriquées de la même façon avec un ensemble d'épaisses chaînes fixées au granit. Ephiny ramassa l'une des menottes, fit courir son doigt à l'intérieur et fronça les sourcils.

"Gryne, nous ne torturons pas nos prisonniers. Rabote les piquants."
"Oh bien sûr, nous ne voulons pas que Xena soit gênée, n'est-ce pas?" grogna Gryne avant de prendre son rabot."Je ne vois pas pourquoi on ne la torturerait pas ou, mieux encore, pourquoi on ne la tuerait pas directement."
"Parce que nous sommes des Amazones, pas des animaux!" rugit Ephiny.
 Toute la matinée, elle avait écouté les femmes se plaindre de sa décision d'attraper la princesse guerrière plutôt que de la tuer. "Quelque chose doit se passer pour que Xena change. Nous devons lui donner une chance de s'expliquer avant de prononcer la sentence."

"Expliquer quoi, Ephiny? Tu lui fais trop confiance à cause de ce qu'elle a fait pour toi. Elle a été chef de guerre, et ils ne changent pas. Regarde ce qu'elle a fait à Eponin et Solari."

Ephiny laissa tomber les menottes. Elle était fatiguée de défendre sa décision chaque fois qu'elle croisait une Amazone. "Assure-toi que l'intérieur des menottes soit lisse. C'est un ordre." dit-elle sèchement avant de se précipiter dehors, sa douleur à la tête s'amplifiant.


Gabrielle ouvrit les yeux et regarda autour d'elle. Sa bouche avait un goût de mort et sa tête protesta contre le mouvement brusque. La douleur entre ses jambes et sa nudité confirmaient le souvenir flou de la soirée. Il n'y avait aucun signe de Xena mais Argo et les sacoches étaient toujours là. Une casserole d'eau chauffait sur le feu et elle sut que la grande femme serait bientôt de retour, elle était sûrement allée faire un petit tour dans les bois. Elle entrelaça ses doigts derrière sa tête et regarda le plafond de la grotte.

Elle ne pouvait s'empêcher de sourire au souvenir de ses caresses intimes. Le sourire disparut quand elle laissa la réalité de la situation pénétrer ses pensées. Ce n'était pas sa Xena. Elle avait beau tenter de croire qu'elles avaient fait l'amour, elle savait que cela ne signifiait pas autant pour la chef de guerre que pour elle. Il y avait rien eu de tendre dans les caresses de Xena. C'était cru, passionné et excitant, mais ce n'était pas de l'amour. C'était agréable, très certainement, mais ce n'était pas la façon dont Gabrielle l'avait imaginé. Qu'allait-il se passer quand Xena retrouverait la mémoire? Allait-elle se rappeler ce qui s'était passé entre elles? Le regretterait-elle? Ses pensées furent interrompues par le retour de Xena.

La guerrière regarda Gabrielle, allongée sous la couverture. Elle avait eu le plaisir de se réveiller deux chandelles plus tôt et avait profité de la vue de la belle jeune femme nue dormant à ses côtés. Elle avait été tentée de réveiller la barde et de la prendre mais elle savait qu'il y aurait assez de temps pour cela.

Elle observait Gabrielle qui, réveillée et enveloppée dans la couverture, cherchait à attraper ses vêtements. La barde se détourna pour enfiler son haut. Xena se mit à genoux derrière et retira la couverture. Gabrielle se pencha en arrière contre la femme vêtue de cuir pendant que de longues mains caressaient ses seins.

"Tu es si belle, Gabrielle. J'ai envie de toi... maintenant." souffla-t-elle dans l'oreille de la barde, ses doigts touchant les mamelons durs.
 Gabrielle gémit de plaisir, mais se baissa pour couvrir les mains des siennes. Elle savait qu'elle ne pourrait pas revivre la fièvre de la veille avant un moment.

"Xena ... Je ne peux pas. J'ai un peu...mal." avoua-t-elle timidement. En guise de réponse, elle entendit un petit rire et les doigts qui reprenaient leur tâche.
"Ca passera vite. Je suis sûre que je peux te faire oublier cela."
"J'ai mal à la tête." Dit Gabrielle distraitement.

"Je te ferai oublier ça aussi." murmura la seigneur de guerre à son oreille avant de grignoter la chair tendre de son cou. Xena adorait l'effet que procuraient ses caresses à la jeune reine. Elle baissa sa main droite jusqu'aux poils bouclés de la barde. D'une petite pression, Gabrielle écarta les genoux, s'ouvrant aux doigts de Xena. Comme tout assaut bien planifié, Xena savait exactement ce qu'elle faisait et ce qu'elle allait faire. Ses doigts exploraient, se glissaient entre les replis et découvrirent l'excitation brûlante de Gabrielle avant de caresser légèrement son clitoris. Elle entendit le petit soupir et sourit. Si réceptive, se dit-elle alors que ses doigts continuaient de caresser l'endroit le plus sensible de la barde.

Gabrielle flottait, impuissante, sous ses caresses. Toute pensée rationnelle avait disparu, de même que son mal de tête. Elle ne pouvait non plus empêcher la femme de la toucher sous peine de ne plus respirer, et elle se doutait que Xena le savait. Elle se laissa guider sur ses mains et ses genoux et sentit la seigneur de guerre passer derrière elle. Xena gardait le rythme contre le clitoris de sa main droite tandis que sa gauche se faufilait entre les fesses pour trouver ce qu'elle cherchait. La barde poussa un profond soupir et son corps frissonna devant l'intrusion soudaine de deux doigts, mais Xena la tenait bien, refusant de laisser partir son trophée.

Elle jouait avec Gabrielle comme avec un bel instrument, l'envoyant plus en plus haut jusqu'à ce qu'elle sentît le corps de la jeune femme se raidir. Elle cessa tout mouvement et sourit devant le gémissement de protestation de Gabrielle. Sans prévenir, elle renversa la barde sur le dos et se mit à cheval sur une cuisse. Elle voulait voir le visage de la jeune femme pendant qu'elle  jouissait. Gabrielle la regardait, les yeux mi-clos, la priant silencieusement de continuer. Xena sourit mais garda ses doigts immobiles. "S'il te plaît."
"S'il te plaît quoi, Gabrielle?" elle remua ses doigts toujours prisonniers à l'intérieur de la barde.

"Ungh ... Xena, s'il te plaît ..." Elle essaya de bouger ses hanches mais elle arrêta quand elle sentit la seigneur de la guerre se retirer.

"Non non non ... s'il te plaît quoi?" La titillait la chef de guerre, qui cette fois bougea ses doigts légèrement contre le clitoris, tirant un autre gémissement sensuel de la barde.

"Oh dieux, Xena ... J'ai envie ... s'il te plaît ..." La tête de Gabrielle remuait de gauche à droite, les poings serrés, c'était tout ce qu'elle pouvait faire pour ne pas laisser tomber et finir toute seule. "S'il te plaît ... prends-moi."

Xena sourit à sa victoire et se pencha, ses lèvres contre l'oreille de la barde. "Souviens-toi que je suis la seule à pouvoir te faire ressentir ça, Gabrielle ... la seule." Ses deux  doigts bougèrent de nouveau, faisant jouir Gabrielle en quelques battements de cœur. Le cri de la jeune reine résonna sur les parois de la grotte alors que son corps envahissait la main de Xena de la passion qu'elle avait créée.

Bien plus tard, après que ses propres désirs fussent assouvis par la barde, Xena se rallongea contre la selle, Gabrielle pelotonnée dans ses bras. Il était temps pour la chef de guerre de mettre son plan à exécution.

"Tu sais Gabrielle, je ne suis pas une chef de guerre impitoyable qui détruit et conquiert, je veux juste rendre le monde meilleur." elle sentit la reine se raidir dans ses bras. "C'est ce que veulent tes Amazones, n'est-ce pas?"

"Elles veulent juste qu'on les laisse tranquilles, qu'on les laisse vivre comme elles l'entendent, sans parasites du monde extérieur. Elles n'ont aucun intérêt à conquérir le monde." dit doucement Gabrielle. Son esprit galopait pour comprendre où la femme voulait en venir.

 "Gabrielle, c'est ce que je veux aussi, une terre libérée des bandits et des seigneurs de guerre, un lieu où les enfants pourraient grandir en sécurité et en paix. La seule façon d'y parvenir, c'est une armée puissante, comme la tienne. Une armée qui protègerait et défendrait sa patrie, qui récupérerait ce qui lui appartenait avant que d'autres ne viennent les leur voler. Dis-moi, Gabrielle, est-ce que les Amazones contrôlent autant de terres aujourd'hui qu'avant? "

"Non, mais la terre que nous avons maintenant nous suffit. Il y a d'autres façons de vivre, sans guerres ni batailles. Les Amazones ont conclu des traités avec leurs voisins, elles ont appris à utiliser leur terre pour répondre à leurs besoins." Elle n'aimait pas la tournure que prenait la discussion et elle soupçonnait Xena de penser à quelque chose de précis.

"Ce n'est pas assez, Gabrielle ... elles ont appris à se contenter de ce que les autres leur laissaient. Combien de temps avant que quelqu'un arrive et décide qu'il veut plus de terres amazones? Comment ton peuple pourra-t-il l'en empêcher? "

"Nous n'abandonnerons plus aucune terre. Nos guerrières protègent la forêt qui entoure le village et la rivière, de l'autre côté, est une barrière naturelle."
Xena se déplaça de manière à se retrouver face à la barde. "Gabrielle, tu n'es pas une guerrière. Tu ne sais pas ce qu'il faut pour créer et maintenir la paix. Moi oui. Si tu es vraiment leur reine, tu dois les laisser se battre, reprendre ce qui leur revient de droit. Ensemble nous pourrions rendre aux Amazones ce qu'elles étaient autrefois, le groupe de guerrières le plus redoutable jamais réuni. Elles pourraient récupérer leurs terres ... être libres de vivre comme bon leur semble, sans rien devoir à personne. " Sans réponse de la reine, Xena poursuivit son raisonnement qu'elle pensait à son avantage. "Gabrielle, tu as grandi en regardant les terres où tes mères se sont battues. Maintenant, tu es leur reine. Tu ne veux pas faire ce qui est juste? Tu ne veux pas rendre heureuse ta déesse Artémis?"

La dernière phrase de Xena alerta Gabrielle. Sa Xena ne ferait jamais référence aux dieux de cette manière. C'était décidément bien la chef de guerre qui parlait. La barde réfléchit rapidement, réalisant que Xena n'avait aucun souvenir d'elle et le fait qu'elle croyait que Gabrielle avait grandi avec les Amazones pouvait être utilisé à son avantage. "Oui, je veux satisfaire ma déesse." répondit-elle, détestant la tournure que prenait la conversation.
 "Alors, tu dois avoir envie de rétablir la gloire perdue de tes Amazones. Je peux t'aider, Gabrielle. Je peux t'aider à devenir la plus grande chef que les Amazones n'auront jamais connue."

"Je veux être un grand chef." répondit-elle, comme si elle était prête à accepter n'importe quelle proposition de Xena. "Je veux que ma mère soit fière de moi. Que, par la déesse, elle repose en paix."

"Alors laisse-moi t'aider. Gabrielle, je suis chef, je sais comment ramener tes Amazones vers leur vrai statut. Si tu me laisses m'occuper de tes guerrières, je te garantis que personne n'osera jamais plus parler des Amazones comme d'une farce. Ensemble, nous pouvons récupérer tout ce qui a été perdu et même davantage, prouver au reste du monde que nous sommes une force sur laquelle il faut compter. "

Gabrielle se forçait à ne pas frémir aux paroles de Xena. Ca sonnait tellement vrai. La barde comprit alors comment la seigneur de guerre avait fait pour que tant de gens la suivent aveuglément au combat. Elle comprit également ses véritables intentions, faire des Amazones sa propre armée. "C'est ce que tu voulais depuis le début, n'est-ce pas?" pensa la barde. Tu ne me voulais pas moi, mais contrôler l'armée Amazone. Coucher avec moi, c'était juste un moyen d'y arriver, n'est-ce pas? Gabrielle sentit qu'Ares était impliqué là-dedans, que c'était lui qui avait transformé sa Xena. Peut-être que si elle faisait venir la seigneur de guerre sur la terre des Amazones, sous la protection d'Artémis, le sort pourrait être brisé. Oui, c'était ce qu'elle devait faire. Ares ne pourrait pas toucher Xena là-bas.

"Ce serait un grand jour pour les Amazones si elles retrouvaient leur gloire passée." dit-elle.  "Tu as raison, tu connais bien mieux que moi comment les mener au combat. Peut-être que tu devrais t'occuper de l'armée Amazone."
"Oui, Gabrielle." La seigneur de guerre goûtait la victoire sur ses lèvres. "Avec toi guidant le peuple et moi à la tête de l'armée, il sera impossible d'arrêter les Amazones."Elle caressa la poitrine de la barde. "Nous serons imbattables."dit-elle d'une voix rauque, réclamant la bouche de Gabrielle pour un baiser brûlant. Le désir de Xena se réveilla, comme toujours quand un plan se mettait en place. Gabrielle réfléchissait et planifiait la ribambelle de mensonges qu'elle allait devoir faire à Xena pour la laisser croire qu'elle allait prendre le contrôle des guerrières. Elle préférait ne pas penser à ce qui se passerait si le sort ne se brisait pas une fois arrivées sur la terre des Amazones.

L'idée d'ordonner à ses sœurs de capturer la femme qu'elle aimait était insupportable. "Une fois de plus, tu ne m'aimes pas vraiment, hein?"Pensa-t-elle alors que la seigneur de guerre continuait de caresser ses seins. "C'est juste une nouvelle compétence, la séduction.  Tu ne me trouves pas désirable et quand tu auras retrouvé la mémoire, ce sera encore le cas. " La douleur était trop lourde à porter. Elle avait besoin d'oublier, oublier les guerres, les seigneurs de guerre, les batailles. Elle retourna le baiser de Xena avec la même passion et bientôt les deux femmes oublièrent de se manipuler l'une l'autre.


Ephiny regardait les Amazones s'entraîner sur le terrain. Chaque guerrière avait signé pour des entraînements supplémentaires, tout comme les archers. Personne ne voulait prendre de risques avec la princesse guerrière. Si elles ne travaillaient pas leurs compétences, elles travaillaient leur armure. Gryne travaillait avec ferveur pour fournir des armures dorsales à celles qui étaient affectées au combat. Les archets avaient de nouvelles cordes, les flèches étaient aiguisées. Elles s'entraînaient comme si c'était la bataille la plus importante de leur vie.

Sara se préparait pour de lourdes pertes, certaine que la seigneur de guerre ne serait pas capturée sans s'être battue. Les brancards étaient prêts, les bandages roulés, le stock d'herbes refait. Les préparatifs lui rappelaient les guerres entre les Centaures et les Amazones il y avait si longtemps.
La régente réexamina les plans avec Ilanna. Trente-six fosses avaient été creusées, chacune composée d'une guerrière et d'un archer. Une autre vingtaine de guerrières se cachaient dans les arbres qui entouraient le champ. Sara et ses assistantes avaient été placées derrière les arbres les plus proches du village.

Ephiny regardait de nouveau la carte de la bataille. Leur plan aurait piégé une petite armée sans aucun problème. Elle était convaincue qu'il serait couronné de succès avec Xena. Elle ne pensait pas que chaque guerrière était nécessaire, mais elle ne voulait prendre aucun risque. Mieux valait dominer la seigneur de guerre avec un grand nombre de combattantes plutôt que de la sous-estimer et qu'elle échappe à leurs griffes. L'autre problème, empêcher ses guerrières de faire leur propre loi, avait été plus difficile qu'Ephiny ne l'avait prévu. Dix femmes avaient déjà été réaffectées dans les arbres car elle n'était pas sûre de leur capacité à se retenir. Les cernes sous ses yeux, dus au manque de sommeil, témoignaient du combat interne qu'elle menait.

Il n'y avait aucune amélioration de l'état physique d'Eponin ni de son mental. Solari avait été libérée et renvoyée dans sa cabane, son pronostic vital étant bien meilleur que celui de son amie. Déjà, la grande guerrière remuait ses doigts et se plaignait seulement de douleurs à l'épaule. Elle devait garder le bras en écharpe pendant encore une demie-lune, mais on lui avait assuré qu'elle n'aurait rien de plus qu'une cicatrice, un rappel de son combat pour protéger sa reine.

Sara était contente qu'Eponin fut sa seule patiente dans la hutte. Elle avait du ranger toutes ses affaires, susceptible de partir loin de la colère sourde de l'Amazone. Bien que plusieurs de ses amies venaient lui rendre visite dans la journée, aucune ne semblait pouvoir remonter le moral d'Eponin, même Ephiny.

La seule chose à laquelle pensait la guerrière était Xena. Elle pensait tout le temps à la femme vêtue de cuir. La bataille passait et repassait dans sa tête. Elle revoyait chaque mouvement, chaque geste. Ses rêves étaient remplis de vision sur l'impuissance de Xena sous sa lame, demandant grâce. Elle fantasmait sur l'exécution de la chef de guerre encore et encore sous sa lame. Elle pensait à son épée, perdue à jamais, une arme transmise de génération en génération. Xena paierait pour cela aussi.

"Tu vois ça?  Tu vois ce qui arrive?" s'énervait Artemis. Athéna regardait le bol de divination sans rien dire.  "Regarde Ath', regarde ce qui arrive à mes Amazones. Elles vont tuer Xena. Tu sais bien qu'elle ne se laissera pas faire. Des dizaines de mes enfants vont mourir. Tu es heureuse maintenant?"

 "Artemis, s'il te plaît calme-toi. Personne ne sera tué. Xena assumera ses responsabilités et protègera Gabrielle. Regarde, elles sont déjà intimes. Évidemment tu ne penses pas qu'elle..."

"Quoi? Qu'elle n'échangera pas Gabrielle contre de l'argent? Du pouvoir? Tu n'as pas fait attention. Elle n'est pas amoureuse de mon enfant, elle l'utilise pour avoir le contrôle des Amazones. Tu imagines la souffrance de Gabrielle? Tu n'entends pas, Athena. Tu n'entends pas qu'elle me supplie, me supplie de l'aider à ramener Xena. Ca me fend le cœur de me tenir à l'écart et de laisser tout cela continuer. "

La déesse de la Lune se précipita devant la table et frappa de son poing la maquette de la chère Athènes de sa sœur, qui aujourd'hui ressemblait plus à un tas de décombres qu'à la ville la plus prospère de Grèce. "Tout ce que tu as imaginé a échoué, Athena. S'il te plaît, détruit ce sort. Rends Gabrielle à mes Amazones où elle sera en sécurité. Je me moque de ce qui peut arriver à Xena."

 "Artemis, si nous faisons cela, Ares gagnera et toute la Grèce sera perdue. Tu penses qu'il ne va pas envoyer Xena et son armée combattre les Amazones? Il ne s'agit pas seulement d'Athènes ou d'une mortelle. Il veut la guerre. Il veut détruire tout ce que nous aimons et chérissons pour son simple plaisir."

"Je m'en fiche! Je protégerai mes Amazones."

"Comme tu l'as si bien fait? Artemis, tes Amazones sont dispersées dans toute la Grèce. Des petits villages qui peinent à survivre, beaucoup d'entre elles ne vivent même plus dans leur village. Tes guerrières fières et fortes sont maintenant des petits groupes vivant de la terre. Tu n'as pas pu l'empêcher, pas plus que tu ne pourras empêcher Ares d'anéantir un jour tes enfants avec la force retrouvée de Xena. La seule façon d'empêcher que cela se produise, c'est d'empêcher qu'elle lui revienne. Gabrielle est la clé. S'il te plaît, sois patiente. "

Artemis se pencha sur la table et poussa un soupir. "Je déteste ça Athena. Je déteste ça plus que tu ne peux l'imaginer."

Convaincue qu'elle avait la reine sous son contrôle, Xena continuait de fomenter son plan contre les guerrières de l'Amazone pour les transformer en sa propre armée. Elle interrogeait sans arrêt Gabrielle sur la puissance des guerrières, leur fidélité, chaque compétence particulière qu'elles possédaient. Gabrielle utilisait ses talents de barde pour  fournir les bons mensonges afin que la chef de guerre la croit.

Après deux jours d'interrogatoires et de plaisirs charnels, Xena était certaine que non seulement elle pouvait prendre le contrôle de l'armée avec peu ou pas de problèmes, mais qu'elle avait également un contrôle complet sur leur reine. Gabrielle ne se risquait pas à refuser ses avances. La chef de guerre la soupçonnait d'être tombée amoureuse d'elle, surtout après une séance particulièrement passionnée.  Après s'être dépensée au-delà de tout ce qu'elle imaginait possible, Xena était presque endormie et jura avoir entendu la jeune femme murmurer qu'elle l'aimait. Elle avait ouvert les yeux mais Gabrielle s'était retournée et la chef de guerre avait décidé de ne pas poursuivre son investigation.

Maintenant, dans l'obscurité de la nuit, Xena levait les yeux au plafond et réfléchissait à ses sentiments envers la jeune reine. Gabrielle était censée être un simple pion dans sa quête. Pourtant, elle sentait que la jeune femme faisait tomber ses défenses. Déjà, elle voulait en apprendre toujours plus sur Gabrielle, elle était plus douce avec elle sexuellement et la touchait plus souvent. Peut-être qu'il était possible de l'avoir comme véritable amante. De plus, ça ne semblait pas déranger Gabrielle qu'elle ait été chef de guerre. Même le fait qu'elle fut toujours retenue en otage ne semblait pas gêner la jeune femme. Elle ne faisait aucune mention de la rançon, sauf pour dire qu'elle était reine et que les Amazones obéissaient à ses ordres et croyaient tout ce qu'elle disait.

Gabrielle avait même inventé une histoire dont elle était sûre d'être crue : les deux Amazones que Xena avait combattues dans la taverne étaient des traîtresses qui voulaient l'assassiner ; elles avaient utilisé l'histoire de la rançon pour se protéger.  Au moment où Gabrielle avait fini de raconter son histoire, elle sut que la chef de guerre l'avait cru et que tout allait marcher comme prévu. La barde suggéra même de se rendre plus tôt au village au lieu d'attendre le jour de la rançon. En réalité, elle craignait que les Amazones aient prévu un piège et elle espérait qu'en se présentant un jour plus tôt, elles éviteraient toute confrontation et qu'elle aurait l'occasion de parler à Ephiny.

Xena insista pour que Gabrielle se mette à cheval devant elle, en partie pour garder un œil sur elle au cas où il y aurait un piège mais aussi pour pouvoir caresser la cuisse de la reine quand ça lui chantait. La chef de guerre était toujours étonnée de voir combien son désir pour la jeune femme était fort. La façon dont Gabrielle la regardait avec passion était quelque chose dont elle ne se lassait pas. Et ce que la reine lui faisait ressentir... c'était vraiment particulier. C'était comme si Gabrielle mettait chaque once de son être à lui donner du plaisir et le corps de Xena répondait encore et toujours. Gabrielle ne portait plus de culotte depuis le premier jour, ce qui plaisait beaucoup à la chef de guerre car cela lui donnait l'entière liberté de l'explorer sans aucune barrière.

Le sentier qu'elles avaient pris était au-dessus et parallèle à la route, offrant une vue dégagée tout en leur permettant de rester invisibles. Les mains de la seigneur de la guerre étaient occupées sous la jupe de Gabrielle quand elles approchèrent d'une crête. Sans prévenir, Xena retira ses mains de leur aire de jeux chaude et humide pour reprendre les rênes et arrêter Argo. Elle utilisa sa main libre pour couvrir la bouche de Gabrielle.

"Ne fais pas de bruit." lui chuchota-elle à l'oreille. Aussi discrètement que possible, elle se glissa au sol et aida Gabrielle à descendre. Ensemble, elles regardèrent au-dessus de la crête pour voir ce qui avait alarmé la seigneur de guerre. Sur la route en dessous, un charriot contenant une demi-douzaine de jeunes femmes mené par trois hommes débraillés et quatre hommes à cheval lourdement armés. Xena fit signe à Gabrielle de reculer du bord. "Des esclavagistes" dit-elle à voix basse. La barde acquiesça de la tête et le souvenir de sa Xena la sauvant du même sort il y avait si longtemps remplit son esprit.

"Que vas-tu faire?" chuchota Gabrielle, supposant que Xena allait intervenir.
 "Ils ne nous ont pas encore vues. Nous pouvons attendre qu'ils passent."
"Xena, on ne peut pas ne pas aider ces filles. Tu es la seule qui peut se dresser entre elles et une vie d'esclave. S'il te plaît, tu dois  faire quelque chose." supplia-t-elle.

Xena la regarda puis le chariot en bas. Elle s'était acheté des esclaves autrefois. Elle avait toujours été juste avec eux et, d'ailleurs, elle les avait tous libérés. Tous, bien sûr, sauf ceux qui avaient trahi sa confiance. Ceux-là, elle les avait traités comme ses soldats infidèles, rapidement et sévèrement.
Elle regarda les hommes et imagina plusieurs plans d'attaques, calculant les résultats possibles. Impossible de les attaquer seule, ils se trouvaient à la fois devant et derrière le charriot. Les filles seraient à la merci d'au moins un groupe. La seule façon de les sauver, c'était avec l'aide de Gabrielle.

Cela valait-il le coup? Elle ne connaissait pas ces filles, elles ne signifiaient rien pour elle. Si elle se servait de l'aide de la reine et qu'elle était tuée, il n'y aurait plus ni rançon, ni contrôle des guerrières amazones. Pourtant, si elle ne leur venait pas en aide, les jeunes femmes dans le charriot étaient certaines d'être vendues à des hommes peu susceptibles de les traiter comme elle le faisait. Il fallait qu'elle prenne une décision, ne rien faire et laisser six jeunes filles innocentes condamnées à une vie au Tartare ou risquer de ruiner tous ses plans pour les sauver. Elle savait que si elle n'essayait pas de les sauver, personne le ferait. Gabrielle avait raison, c'était l'unique chance pour ces filles.

 "Prends ton bâton." murmura-t-elle. "Descends au bord de la colline, là-bas." elle indiqua une pente douce qui mettrait Gabrielle en sécurité derrière les esclavagistes."Quand je libérerai les filles, fais-les courir au bout de la route. Leur village est à une demie-marque de chandelle d'ici."
La barde récupéra son bâton quand elle sentit une main de fer sur son bras. Elle se retourna et un bref instant, vit quelque chose de familier dans les yeux bleus de la chef de guerre. "Sois prudente." Le visage de Xena ne trahissait aucune émotion. Néanmoins, Gabrielle était persuadée d'avoir perçu un soupçon d'inquiétude dans sa voix.

Son épée à la main, Xena enleva sa cape et la posa par-terre à côté Argo. Elle fit signe à Gabrielle de descendre pendant qu'elle gardait un œil sur les hommes. Quand elle fut certaine que la reine se trouvait sur la route derrière le groupe, elle descendit une pente beaucoup plus raide que celle de Gabrielle. Elle atterrit au bord de la route devant le chariot  et se cacha derrière un arbre jusqu'à ce qu'il soit presque à son niveau. Elle lança son chakram à la verticale du chariot, juste derrière la croupe du cheval, tranchant à la fois les rênes et le harnais. Le chariot s'arrêta brusquement, bascula vers l'arrière et envoya les occupants par-terre alors que les chevaux partaient au grand galop, heureux de s'éloigner de l'homme à la cravache.

Xena poussa un cri perçant, effrayant le cocher corpulent qui tentait de se relever. Elle sauta en l'air et, pieds en avant, atterrit contre sa poitrine tout en récupérant son chakram. "Courez!"  Cria-t-elle aux filles désorientées alors qu'elle lançait de nouveau son chakram mais cette fois vers les quatre hommes à cheval. Trois tombèrent mais le quatrième vit l'arme se diriger vers lui et se baissa à temps pour éviter de rejoindre ses amis dans le royaume de l'inconscience. Xena n'avait pas le temps de s'occuper de lui car les deux autres qui se trouvaient à la tête du charriot avaient dégainé leur épée et s'avançaient vers elle. Un coup de pied à la tête de l'homme corpulent fit en sorte qu'il resterait en dehors du combat un moment. Elle sauta sur lui et atterrit entre les deux hommes qui brandissaient leurs épées ; elle fit tournoyer la sienne, les yeux plissés.

 "Venez les gars. Vous aimez enlever les jeunes filles, voyons voir si vous pouvez affronter une vraie femme."

 Gabrielle pointa son bâton dans une position défensive alors que les filles passaient devant elle en courant. "Courez sans vous arrêter jusqu'à votre village." hurlait-t-elle, ses yeux ne quittant pas l'homme imposant qui s'approchait d'elle, l'épée à la main.

Une fille tomba et Gabrielle n'eut pas le choix. Elle serra fort son bâton et courut pour se mettre entre l'homme et la fille. "Petite traînée!" jura-t-il en levant son épée. Elle souleva son bâton au moment où il l'abattait avec une telle force que cela fit trembler ses mains. Elle frappa aussi fort qu'elle put et le toucha juste sous les côtes. Il ne broncha pas mais s'arrêta et sourit.
"Oh oh"dit-elle à voix basse avant de jeter un œil derrière elle pour voir si la jeune fille était toujours là. Heureusement, elle s'était levée et courait derrière ses amies sans oser regarder en arrière pour voir ce que l'homme allait faire à la petite femme au bâton.

Xena essuya son épée sur la chemise du mort et se retourna. Elle eut juste le temps de voir Gabrielle user de toutes ses forces pour parer les coups du géant. Sachant qu'elle ne pouvait les rejoindre à temps, elle poussa un cri et lança violemment son chakram. L'homme hurla de douleur quand le cercle de fer trancha son épaule gauche. Malheureusement, il eut le temps d'arracher le bâton de Gabrielle. Il leva la jambe et frappa sa botte contre la poitrine de la barde, l'envoyant valser sur le sol. Au fond de lui, il savait qu'il allait mourir, mais qu'il fut damné s'il n'emmenait pas avec lui cette chienne. Il se dressa devant Gabrielle, certain que la grande femme n'arriverait jamais à temps. Il leva son épée au-dessus de sa tête, déterminé à empaler la blonde aux yeux écarquillés.

 Xena regardait la scène, le géant debout devant la barde impuissante. A cet instant, toute idée d'Amazones, de dinars ou de puissance fut remplacée par l'impérieux besoin de protéger Gabrielle. Elle lança son épée de toutes ses forces. Le géant ressentit la brûlure et regarda avec étonnement la lame qui sortait de sa poitrine, couverte de son sang. La barde fit un écart comme il tombait en avant et son corps sans vie heurta le sol avec fracas.

 Il fallut un moment à Gabrielle pour retrouver un rythme cardiaque normal. Elle regarda le cadavre, l'épée qui sortait de son dos, le chakram dans son épaule, et elle réalisa que Xena ne les avait pas encore récupérés. Elle se releva et regarda autour d'elle avant de découvrir la femme en cuir par-terre, appuyée contre la roue du charriot. Très inquiète à l'idée que Xena fut blessée, elle ne prit pas la peine de récupérer son bâton et courut auprès de son amie. Ce qu'elle vit quand elle arriva la stoppa dans son élan. Elle s'attendait à une Xena couverte de sang vu le nombre d'hommes gisant sur la route, mais pas à cet air complètement déphasé.

Elle s'agenouilla rapidement à côté d'elle. "Xena? Xena, tu vas bien? Es-tu blessée?" Elle parcourut le haut et le bas du corps gainé de cuir à la recherche d'une blessure.

"Gabrielle?" Xena toucha le côté meurtri du visage de la barde et son cœur se brisa quand Gabrielle tressaillit. Tout lui revint dans un flot de souvenirs, la survie au gauntlet, le sauvetage du bébé, jusqu'à son épée qu'elle venait de lancer de toutes ses forces pour sauver Gabrielle. Elle regarda le visage de sa meilleure amie et se rappela que chaque meurtrissure venait de ses propres mains, de son propre poing. Elle se souvenait d'avoir attachée Gabrielle, avoir mis son épée sur la gorge de sa meilleure amie, la bataille dans la taverne, tout. Ses yeux bleus se remplirent de larmes contenues.

"Gabrielle." Elle voulait faire ses excuses, dire à son amie qu'elle ne voulait pas lui faire de mal, qu'elle n'était pas le monstre avec qui elle s'était retrouvée ces derniers jours.  Tout ce qu'elle pouvait faire était regarder, impuissante, les yeux verts qui l'observaient et se demander pourquoi Gabrielle ne s'était pas enfuie avec les filles quand elle en avait eu l'occasion.

"Xena?" demanda-t-elle prudemment. Son cœur sauta un battement quand elle comprit que la guerrière la reconnaissait. "C'est ... c'est bien toi, n'est-ce pas?" Elle mit sa main sur sa bouche et des larmes coulèrent. "Oh Xena, c'est toi. C'est vraiment toi." Oubliant le sang qui recouvrait la guerrière, elle se jeta contre Xena, la serra le plus fort possible tel un morceau de bois sur un océan en pleine tempête. "C'est toi, c'est vraiment toi ..." répétait-elle, ses larmes tombant dans le cou de la guerrière. Toute la peur et la pression de ces derniers jours rattrapaient la jeune reine. Sachant qu'elle était enfin en sécurité avec Xena, elle ne pouvait s'arrêter de pleurer.

"Serre-moi."

Xena obéit aussitôt, ravie du contact et certaine qu'elle ne méritait pas la belle créature dans ses bras. Elle recula un peu et tira Gabrielle sur ses genoux. Durant une demie marque de chandelle, elles restèrent ainsi, aucune ne pouvant contrôler le flot continu de larmes qui coulaient de leurs yeux.
Finalement, Gabrielle la regarda.  "Xena, de quoi ... de quoi te souviens-tu exactement?" demanda-t-elle timidement. La guerrière réfléchit bien avant de répondre.

"Rien, Gabrielle. La dernière chose dont je me souvienne, c'est de t'avoir serrer dans mes bras parce que tu avais peur... Tu as eu un mauvais pressentiment, non?" demanda-t-elle même si elle connaissait la réponse. Elle se souvenait de chaque détail, chaque détail poignant de ce qu'elle avait dit et fait.

 "Euh ... oui ... Xena, c'était il y a presque un quart de lune. Tu... tu ne te rappelles de rien?" Gabrielle ne savait pas si elle était soulagée ou déçue.
"Non .. Je ne me souviens de rien, sauf que tout à coup on s'est retrouvées ici, à se battre. Je ne sais même pas pourquoi." 

"Xena, je connais une grotte non loin d'ici ... il y a un petit étang à proximité où nous pourrions nous laver. Allons-y. Je vais essayer de t'expliquer ce qui s'est passé." La guerrière hocha la tête, soulagée que Gabrielle veuille retourner à la grotte et non chez les Amazones. Elles allèrent récupérer leurs armes et Xena siffla Argo.

 "Veux-tu monter à cheval?"demanda-t-elle, ne sachant pas quelle intimité voulait Gabrielle avec elle. Elle lui avait fait tant de choses blessantes. Elle n'arrivait même pas à penser à la manière dont elle avait séduit et utilisé Gabrielle, cela faisait trop mal.

"En fait, je préfère marcher si cela ne te dérange pas."

Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas marcher à côté d'elle. Xena hocha la tête, essayant de ne pas montrer sa souffrance. "Tu as peur de moi, n'est-ce pas?"se dit-elle en montant sur Argo. Elle tourna le cheval dans la direction de la grotte quand elle se souvint et s'arrêta.
"De quel côté?"

"Par là. Il y a un chemin jusqu'à la colline et après un sentier." Expliqua Gabrielle en montrant la colline où elles avaient repéré les esclavagistes.


partie 4


Elles marchaient en silence, dans leurs pensées. Gabrielle alternait entre le bonheur d'avoir retrouvé sa Xena, la peur que la seigneur de guerre ne revienne, et l'inquiétude de ce qui allait se passer si les Amazones les retrouvaient. Elle n'avait pas l'intention de retourner au village de sitôt, surtout avec Xena. Elle espérait qu'elles parviendraient à s'éloigner du village et qu'elle pourrait envoyer un messager à Ephiny pour la prévenir que les choses étaient réglées. Elle s'inquiétait pour Solari et Eponin, mais s'inquiétait davantage pour Xena. Elle se souvenait comment les guerrières avaient réagi quand Terreïs avait été tuée. Elles avaient voulu déclarer la guerre aux Centaures puis, quand elles avaient découvert la vérité, étaient parties chasser Krykus, du sang dans les yeux et la vengeance au cœur. Si elles s'en prenaient à Xena, Gabrielle savait qu'elle serait impuissante pour les arrêter, même en étant reine.

Du haut d'Argo, Xena était perdue dans ses réflexions. Elle n'avait aucune idée du pourquoi elle était redevenue seigneur de guerre ni comment elle avait récupérer la mémoire, même si elle se doutait que quelque dieu devait être dans le coup. Ca ne changeait rien à ses pensées. Elle avait blessé Gabrielle. C'étaient ses mains qui avaient causé ces blessures, y compris le vilain air réjoui que la barde arborait. Xena l'observa du coin de l'œil pour voir les bleus. Ils n'étaient plus pourpres mais noirs et bleus avec une teinte jaune autour. Elle se demanda si elle avait cassé des os sous la force des coups. Elle ferma les yeux de douleur alors qu'elle revoyait la scène encore et encore. Gabrielle lui criait d'arrêter, la suppliait d'arrêter de lui faire mal. "Comment peux-tu supporter d'être près de moi, Gabrielle? se disait-elle. "Comment peux-tu supporter d'être avec cet animal qui t'a fait tellement de mal? Qui a frappé tes amies? Nos amies?" Elle revoyait la scène dans la taverne, Gabrielle qui avait risqué sa vie pour protéger Eponin et Solari. Elle revoyait son chakram voler, trancher la jambe de son amie, encore et encore. La scène changea, Gabrielle allongée nue sous elle, la suppliant de la faire jouir.

C'en était trop pour Xena et elle secoua la tête pour chasser ces pensées. Gabrielle le remarqua mais ne dit rien, ne sachant pas ce qui se passait dans la tête de Xena. Elle pensait que la guerrière essayait encore de comprendre ce qui s'était passé ces derniers jours. Elle décida de se concentrer sur l'histoire qu'elle aller devoir raconter à Xena sur ce qui s'était passé, quels mensonges elle allait devoir inventer pour combler les lacunes du temps. Elle se demanda si elle allait lui parler du combat dans la taverne et décida finalement que ça pouvait attendre, surtout depuis qu'elle avait prévu de s'éloigner le plus possible du village des Amazones. Elle n'avait aucun moyen de savoir si Xena avait un autre plan.

Xena retira son armure, ses armes et ses bottes et entra dans l'étang, laissant l'eau laver la puanteur et le sang sur elle et ses cuirs. Elle remarqua avec tristesse que Gabrielle avait décidé de préparer un feu plutôt que de la rejoindre, bien qu'elle fut tout aussi sale. Elle ne pouvait pas savoir que la jeune reine avait simplement besoin de temps pour inventer ce qu'elle allait lui raconter. La guerrière était persuadée que Gabrielle voulait être aussi loin que possible d'elle. Elle regarda ses mains, ses poings serrés. Aussi loin d'eux que possible.

Elle trouva Gabrielle dans la grotte qui retirait des parchemins et des vêtements de la sacoche, confirmant silencieusement ses soupçons envers les dieux impliqués dans l'amnésie de Xena. La barde lui envoya un vêtement de rechange avant de prendre le sien.
"Je vais me laver et nous pourrons ensuite manger et parler." dit-elle en partant vers l'étang.

Lavée et habillée de vêtements propres, Gabrielle revint à la grotte et vit Xena fixer le feu, perdue dans ses pensées."Pourquoi n'ai-je pas d'abord préparé le dîner?! Tu dois mourir de faim." Comme un fait exprès, son estomac gargouilla. Xena se força à sourire.

"Bien sûr, Gabrielle. Ca me paraît bien." En vérité, la dernière chose à laquelle pensait la guerrière c'était manger. Ses pensées étaient toute entière absorbées dans le fait qu'elle avait blessé la barde et à la colère des Amazones qu'elle allait bientôt affronter. Elle ne doutait pas que Gabrielle voudrait retourner au village, être libérée du monstre qui l'avait terrorisée, s'était servi d'elle, même violée. Pourtant, en regardant la jeune femme à travers le feu, qui mangeait leur dernier biscuit, Xena ne ressentit aucune colère ou peur chez Gabrielle. En effet, la barde agissait comme si rien ne s'était passé.

Elles avaient mangé leur maigre dîner en silence mais la tension était palpable. Gabrielle avait peur que Xena ne croit pas ses mensonges et la guerrière avait peur que la barde lui révèle toute l'atroce vérité avant de lui annoncer qu'elle la quittait pour toujours. "Je l'aurais certainement mérité. Je mérite d'être remise aux Amazones et de faire face à mes crimes et à leur punition qui sera sans aucun doute la mort." Sa seule consolation était qu'Ephiny ne laisserait sûrement pas Gabrielle choisir sa peine.

Quand aucune des deux femmes ne supporta plus le silence, Xena parla. "Qu'est-il arrivé?" Une question simple mais qui engendrait un millier de réponses. Gabrielle prit une profonde inspiration et but une longue gorgée d'eau avant de parler.

 "D'après ce que je peux dire, les dieux ont volé ta mémoire. Tu ne te rappelles rien de ces derniers jours? Rien du tout?" Gabrielle devait en être certaine avant de commencer son récit. Xena secoua la tête, attendant nerveusement que la barde lui donne les détails de toutes les choses horribles qu'elle avait faites. Gabrielle se lécha les lèvres et regarda le feu. Elle savait qu'elle ne serait pas capable de mentir si elle la regardait en face.
"Eh bien, tu te souviens de mon pressentiment et combien j'avais besoin que tu me serres dans tes bras..."

"Oui, c'est la dernière chose dont je me souviens."

"Quand je me suis réveillée le lendemain matin, c'était comme si nous ne nous connaissions pas l'une l'autre, comme si tous tes souvenirs avaient été effacés. Tu n'avais aucune idée d'où nous nous trouvions ni de ce que nous faisions là. Tu ne savais même plus qui j'étais. " Elle continuait de regarder le feu. "Je pense qu'Ares a essayé de te récupérer. Toutes mes affaires avaient disparu, mes parchemins, mes vêtements, même  l'agneau." Xena remarqua le petit jouet en bois sur les genoux de la barde, ses petits doigts le caressaient doucement. "Je ne savais pas quoi faire alors je t'ai suggéré d'aller voir les Amazones. J'ai pensé que peut-être Sara saurait t'aider."

"Gabrielle, lorsque nous avons fait le campement, nous étions à moins d'une journée des Amazones. Pourquoi ne les avons-nous pas déjà rejointes?" La barde n'avait pas mentionné le fait de s'être réveillée attachée.

"Oh, Argo avait un problème à la jambe et tu as suggéré de camper ici quelques jours pour la laisser cicatriser. Tu as dit que tu ne voulais pas la pousser. Nous nous dirigions aujourd'hui vers les Amazones quand nous avons rencontré ces hommes. Ils avaient enlevé des femmes dans le village d'à côté et nous nous sommes arrêtées pour les aider." Gabrielle sentit sa peau rougir et pria pour que la guerrière ne remarque pas sa nervosité.
"Comment as eu tous ces bleus? Ils sont trop vieux pour provenir du combat d'aujourd'hui." Xena se rendait compte que Gabrielle lui mentait complètement, évitant de parler de la taverne ou même qu'elle était redevenue seigneur de guerre.

"Oh ça." La barde se mit à rire comme si ce n'était rien. "Nous avons rencontré des bandits juste avant qu'Argo ne commence à boiter. Je suppose que je n'ai pas été aussi prudente que d'habitude."

"Oh." dit Xena à voix basse. "As-tu peur, Gabrielle? As-tu peur de me dire toute l'horrible vérité? Que je t'ai frappée, blessée, prise? As-tu si peur de moi maintenant que tu doives mentir?"

"Donc je suppose que nous nous dirigeons vers les Amazones maintenant?" demanda-t-elle, espérant que la barde lui dirait quel piège l'attendait.
"Oh non." S'exclama Gabrielle avec un peu trop de force. "Maintenant que tu vas mieux, je pensais que nous pourrions aller vers l'ouest,  visiter Athènes ou autre. On n'a pas besoin d'aller voir les Amazones pour le moment." Elle craignait que Xena approfondisse la question, sachant combien elle aimait voir Ephiny quand elles étaient dans le coin.

Xena regarda à son tour les flammes. Elle comprenait exactement ce que Gabrielle essayait de faire. La protéger. "Comment peux-tu faire cela, Gabrielle? Comment peux-tu rester avec moi et essayer de me protéger contre le châtiment que je mérite?  Tu ne me dis même pas la vérité sur ce qui s'est passé. Après tout ce que je t'ai fait, tu veux me protéger. Je ne mérite pas ton amour, Gabrielle. Je mérite ta haine, certainement, ta colère et ta peur, mais pas ton amour. Peu importe que les dieux soient dans le coup ou non. Je suis toujours chef de guerre, un animal qui mérite d'être puni pour ce qu'il a fait. Je ne peux pas te laisser faire cela. Je ne peux pas. "

"Très bien, Gabrielle. Si tu veux aller à Athènes, nous irons."
"Vraiment?" déclara la barde avec enthousiasme. "Peut-on partir dès demain matin? Je promets de me lever." Elle voulait mettre autant de distance que possible entre elles et les Amazones, surtout quand elles découvriraient que Xena ne rendrait pas son otage comme prévu. Gabrielle savait pertinemment que les guerrières étaient déjà à leur recherche et seraient toute une armée quand le soleil de midi ne présenterait aucun signe d'elle.

"Gabrielle. Je promets." elle n'avait juste pas promis où elles iraient.
Gabrielle s'endormit facilement pour la première fois depuis près d'un quart de lune, heureuse que sa Xena fut de retour. L'étreinte avant de dormir fut chaleureuse et elle se sentit de nouveau en sécurité dans les bras de sa guerrière. Elle essaya de ne pas penser à ce qui s'était passé entre elles sexuellement, sachant au fond de son cœur que ça ne se reproduirait plus jamais. La chef de guerre s'était servie d'elle pour tenter de prendre le contrôle des Amazones, mais la triste vérité était que sa Xena ne l'avait jamais désirée comme ça et que cela n'arriverait jamais.
Elle devrait se contenter des souvenirs de leur passion. Elle serra l'agneau en bois contre elle et laissa les souvenirs de leur premier solstice d'hiver ensemble la bercer.

Xena resta éveillée bien après que la barde se fut endormie. Elle scrutait le visage de Gabrielle à la lueur du feu, chaque bleu lui déchirait le cœur. "Tu ne méritais pas ça." Murmura-t-elle, caressant de son doigt le menton abîmé, les yeux brouillés par les larmes. "Tu ne méritais pas d'être frappée et tu n'as pas à me protéger. Je sais ce que j'ai fait et je suis prête à y faire face. Tu n'as pas à mentir pour moi non plus." Elle se pencha en avant et posa le plus doux des baisers sur le front de Gabrielle avant d'attraper les sacoches et de s'installer de son côté du feu.

Gabrielle fut réveillée par l'odeur du lapin qui cuisait sur le feu. "Mmm, ça sent bon." Elle bâilla.

"C'est parce que tu t'es réveillée avant que j'ai eu le temps de le faire brûler." répondit Xena, en se forçant un sourire. Ca n'allait pas être facile. Déjà, elle était tentée de vouloir s'enfuir avec Gabrielle loin des Amazones et de son passé et juste rester avec la femme qu'elle aimait. Elle jeta de nouveau un œil sur le visage tuméfié de la barde et cela renforça sa détermination. Elle prenait la bonne décision. C'était la bonne décision pour Gabrielle. Le lapin prêt, Xena le retira de la broche et le partagea entre elles deux. Elle tendit également à Gabrielle une tasse de thé.

"Tiens, je t'ai fait du thé. Il est un peu fort, désolée." Elle l'avait fait délibérément trop fort pour masquer le goût des herbes qu'elle avait ajouté. Elle observa rapidement la barde manger son petit déjeuner et avaler son thé. Xena triturait la nourriture dans son assiette, n'ayant absolument aucun appétit. Avant que Gabrielle se lève, la guerrière se mit debout et prit son assiette. "Nous nous occuperons de ça plus tard."

"Plus tard?" elle regarda Xena gratter la vaisselle sale et les ranger dans la sacoche. "Je pensais partir au plus tôt pour Athènes." Gabrielle se leva et se sentit aussitôt étourdie. En un instant, Xena fut à côté d'elle et la prit par le bras pour l'aider à se rasseoir. "Xena? Je ne me sens pas très bien."
"Chut, tu vas bien. Tout ira bien très bientôt."dit-elle doucement, berçant la barde dans ses bras.

"Xena?" Elle ouvrit grand ses yeux verts quand elle comprit. "Tu ... tu as fait quelque chose?" La tête lui tournait et sa vision devint floue. Elle luttait pour rester consciente.

"Je t'ai juste fait boire quelques herbes pour te faire dormir un peu. Tu iras bien. Sara saura quoi faire." Elle vit Gabrielle fermer les yeux malgré ses efforts pour les garder ouverts.

"Sara ..." elle marmonna. "Non... les Amazones... piège" Sa tête retomba mollement sur le côté. Xena la tira sur ses genoux et la serra fort.

 "Je sais Gabrielle, je sais ...."

"Que fait-elle?" Cria Artemis comme elle faisait irruption dans le royaume d'Athéna. "Je croyais que tu lui avais rendu la mémoire."
"Ce que j'ai fait." La Déesse de la Sagesse savait ce qui bouleversait sa sœur.
"Alors, pourquoi a-t-elle drogué Gabrielle et pourquoi va-t-elle chercher la rançon?" rugit la déesse de la Lune.

 "Artemis, je ne crois pas qu'elle aille chercher la rançon. Elle veut retourner chez les Amazones."

"Quoi? C'est insensé! Elles vont la tuer pour ce qu'elle leur a fait, ce qu'elle a fait à leur reine. C'est du suicide. Je descends immédiatement pour mettre fin à cette mascarade."

"Tu n'en feras rien." Les deux déesses se retournèrent pour voir Zeus debout derrière elles. Il agita la main et ils furent rejoints par Ares, surpris. "J'en ai assez de ces absurdités. Vous trois avez utilisé ces mortels comme des jouets." Le dieu barbu dévisageait son fils. "Toi. Cette obsession que tu as de Xena est tout à fait ridicule. C'est une simple mortelle." Il se tourna vers sa fille préférée. "Athena ... Je m'attendais à mieux de ta part. La priver de sa mémoire, en soumettant cette pauvre fille à une seigneur de guerre comme ça. A quoi pensais-tu?"

"Père, je voulais juste..."

"Tu as voulu vaincre Ares et tu as utilisé les mortels pour ce faire. Eh bien, tu as gagné, tu as prouvé ton objectif. C'est fini." dit-il avec autorité.
"Mais Père ..." L'interrompit Artemis. "Xena va se faire piéger. Nous devons agir."

"J'ai vu, Art'. D'après ce que je constate, l'ancienne protégée d'Ares fait cela volontairement. Elle sait sans aucun doute que tes Amazones l'attendent. Si elle choisit de les affronter alors elle doit avoir ses raisons. Je ne vais laisser... " Il regarda Ares et Athéna. "... aucun d'entre vous intervenir."

"Mais nous sommes déjà intervenus." protesta Athena. "Nous devons remettre les choses à leur place, et tout de suite."

"Assez!" rugit Zeus, sa voix profonde se répercuta contre les murs du royaume d'Athéna. "Je vous dis à tous les trois de la laisser tranquille." Il regarda la déesse de la Sagesse. "Athena, tu n'as fait que lui prendre sa mémoire, tu ne l'as pas rendue chef de guerre. Ce qu'elle a fait, elle l'a fait de son plein gré." Il regarda son fils. "Peu importe à quel point tu voudrais t'attribuer les actes de Xena, c'était les siens." Il tourna le dos à ses filles. "J'ai vu ce qu'elle a fait au cours de ces années. Des guerres, des pillages et des meurtres. Jusqu'ici, elle n'a jamais vraiment eu à payer pour ses crimes. Peut-être que l'heure est venue. Artemis, quand elle aura traversé la frontière des terres Amazones, tu seras la seule à pouvoir la toucher et je te le dis tout de suite, reste en dehors de ça. " Il regarda la table recouverte de décombres.

"Et ça!" Il jeta un coup de foudre sur la table, la détruisant. "Je m'attendais à ça de mon Dieu de la guerre, mais de toi, Artemis? Je n'aurais jamais imaginé que tu sois  si vindicative. C'est fini, maintenant. Dois-je me faire comprendre?" Il regarda chacun d'entre eux, et reçu des hochements de tête silencieux. "Les mortels ne sont pas aussi impuissants que nous le pensons. Peut-être que si nous arrêtions de nous immiscer dans leur vie ils n'auraient plus autant de problèmes." Il se tourna vers son fils. "Et toi ... Je pense que toi et moi devons avoir une petite discussion." Et Zeus disparut, emportant avec lui Ares.


Xena s'arrêta à moins d'une marque de chandelle du territoire des amazones et descendit de cheval, la barde dans ses bras. Elle s'assit contre un arbre feuillu.

Elle ouvrit la gourde remplie de thé drogué et versa lentement le liquide dans la gorge de la jeune femme inconsciente. Elle était convaincue que la barde ne se réveillerait pas avant le lendemain. D'ici là, Xena était certaine de rendre visite à Hadès, cette fois sans billet de retour sur le bateau de Charon. Elle pencha la tête de Gabrielle et étudia son visage, ses yeux bleus évitant délibérément les bleus. Elle ne voulait pas se souvenir d'elle comme ça. Elle passa ses doigts sur les lèvres charnues, se souvenant de la façon dont elle les avait embrassées quand elle avait séduit Gabrielle.

Elle caressa légèrement ses lèvres contre les siennes, savourant leur douceur, puis elle passa ses doigts dans les cheveux blonds, son pouce sur la joue. Elle embrassa les paupières closes et retourna aux lèvres de Gabrielle une dernière fois avant de serrer la femme qu'elle aimait contre elle. La forte et stoïque guerrière avait une boule dans la gorge mais elle se refusa à la maîtriser et laissa ses larmes couler sur ses joues.

"Je t'aime Gabrielle. Je suis désolée de ne te l'avoir jamais dit. Je suis tellement désolée." Elle enfouit sa tête dans son cou et pleura jusqu'à ce qu'il n'y eut plus de larmes.  Elle renifla plusieurs fois, leva les yeux pour voir la position du soleil, et s'essuya les yeux. "L'heure est venue." dit-elle tristement.

L'éclaireuse rapporta à Ephiny ce qu'elle avait vu. Que Xena approchait, la reine inconsciente ou morte dans ses bras. En l'espace d'un battement de cœur, les guerrières et les archers se mirent toutes en position dans leur fosse ou dans les arbres. Les arbalètes armées, les épées dégainées. Ephiny et Ilanna étaient accroupies dans l'obscurité de leur trou, la régente tenait son arbalète et priait Artemis ne pas avoir à l'utiliser. Elle écoutait les cris d'oiseau des éclaireuses qui suivaient les progrès de Xena vers le champ. Tout était très calme et chaque femme tendue en attente du signal, celui qui les préviendrait que celle qui détenait leur reine se trouvait dans le cercle.
Xena observait et écoutait, passée la frontière.

Elle savait que les cris qu'elle entendait n'étaient pas des oiseaux mais les cris d'alerte des éclaireuses. Elle guida Argo directement au milieu du champ où un grand coffre rempli de dinars posé dans un charriot. Elle regarda autour d'elle sans bouger la tête, essayant de repérer les guerrières cachées qui, de toute évidence, l'attendaient. Elle ne vit rien de concret mais elle savait qu'elles étaient là. Elle arrêta Argo juste à côté du charriot.

Un dernier cri retentit et des dizaines de carrés de terre se soulevèrent, révélant des guerrières et des archers, toutes la visaient. Elle prit Gabrielle dans ses bras et resta immobile. Les Amazones sorties de leur trou formèrent un cercle autour d'elle. Ephiny retira  son masque d'oiseau et visa de son arbalète la femme aux cheveux corbeau.

 "Xena! Fais descendre Gabrielle ou je jure sur Artemis de te tuer de mes mains."

Personne n'osait bouger sachant que la vie de leur reine se trouvait entre les mains de la princesse guerrière, destructrice des nations. Xena ouvrit la main et laissa glisser les rênes d'Argo.

"Argo, baisse-toi." Obéissant aux ordres de sa maîtresse, la jument se mit à genoux jusqu'à ce que Xena put descendre sans lâcher son précieux fardeau. Elle recula de quelques pas et se mit à genoux pour poser délicatement la jeune femme inconsciente. La régente regarda Xena se relever et reculer de deux pas. Ephiny jura avoir vu la bouche de la femme vêtue de cuir murmurer un mot d'adieu.

"Eloigne-toi d'elle..." Ordonna la régente avec un geste de son arbalète. Xena obéit et recula de quatre pas. Elle vit Sara et deux assistantes transporter un brancard vers le cercle et s'approcher de Gabrielle. Avec dextérité, elles installèrent la reine sur le brancard et l'emmenèrent vers la hutte de la guérisseuse. Nul ne manqua l'œil au beurre noir de la jeune femme et toutes savaient qui en était l'auteur. Xena sentit les yeux enragés des Amazones fixés sur elle et attendit le son des flèches siffler sur elle. Ephiny fit un pas en avant.

"Pose tes armes ... Maintenant!"  Tout le monde retint son souffle quand Xena détacha son chakram. Elles connaissaient toutes le danger que représentait l'arme volante entre ses mains, Eponin en était la preuve. On entendit une exclamation collective quand elle jeta son chakram sur le sol devant Ephiny. Xena faisait en sorte que ses gestes apparaissent aussi peu menaçants que possible, mais elle savait que, venant d'elle, même le geste le plus innocent pouvait s'avérer mortel si elle l'avait décidé. Elle tira son épée hors de son fourreau et fixa la foule en face d'elle. Les doigts des archers tremblaient sur leur arbalète, les épées des guerrières étaient pointées devant elles, n'attendant qu'un mot pour attaquer.

Xena tourna son épée dans sa main de manière à la tenir par la lame et la jeta sur le sol avec les autres. Même désarmée, les Amazones savaient que Xena restait redoutable et elles gardèrent leurs distances de peur qu'elle ne se transforme soudain et devienne violente.

"A genoux" ordonna Ephiny. Xena fixa la régente un moment avant de baisser la tête et de se mettre à genoux. Elle entendit le mouvement des guerrières qui s'approchaient et se retrouva rapidement avec les bras attachés derrière elle. Sûre que la menace était éradiquée, Ephiny baissa son arbalète et se tint debout entre Xena et ses armes. Ses yeux brûlaient de colère.

"Xena, tu es en état d'arrestation pour tes crimes envers la nation Amazone. Pour l'enlèvement et rançon de notre reine et l'agression de deux de nos guerrières." Elle hocha la tête vers les guerrières derrière Xena. Elles mirent debout la femme aux cheveux de jais. Ephiny leur fit signe de reculer et s'approcha de manière à ce que seule Xena puisse l'entendre.

 "Je ne sais pas ce que tu as fait à Gabrielle, mais je te jure que tu le paieras. Tu paieras pour Eponin, tu paieras pour Solari, et tu paieras pour notre reine. Elle te faisait confiance et tu l'as trahie." Elle hocha la tête vers les guerrières. "Emmenez-la à la prison."


Six guerrières montaient la garde pendant qu'on enlevait l'armure et les cuirs de Xena dans la prison. Elles l'habillèrent d'une simple chemise et d'une jupe avant de fixer les menottes à ses chevilles et ses poignets. Xena étaient suspendue par les bras, la forçant à rester debout pour éviter les douleurs aux épaules. Malgré les entraves peu communes, deux gardes restèrent derrière la porte de sa cellule quand les autres sortirent. Xena regarda les grosses chaînes, les menottes inhabituelles et la grande dalle de granit. Aucun doute, elles avaient été conçues spécialement pour elle. Même si elle n'avait pas l'intention de s'évader, la guerrière nota que les Amazones avaient fait en sorte qu'il lui fut impossible de s'en défaire. Cela l'étonnait franchement qu'elles aient pris la peine de la capturer. Cela n'a pas d'importance, se disait-elle. Quand elles découvriraient ce qu'elle avait fait à Gabrielle, elle mourrait bien assez vite.

Sara renifla la gourde récupérée dans les affaires de Xena et examina la multitude de petites poches d'herbes. Ephiny attendait avec impatience, ses yeux passant sans cesse de la reine inconsciente à la guérisseuse. Finalement elle perdit patience. "Sara, me diras-tu ce qui se passe?"

"D'après ce que je vois, elle a été droguée."

"J'aurais pu le deviner." dit la régente d'un ton exaspéré. "Est-ce qu'elle se remettra?"

"Elle va bien. D'après moi, elle est juste profondément endormie, sans doute pour l'empêcher de s'échapper." dit la guérisseuse avec amertume. "Il n'y a rien que nous puissions faire pour l'instant. Il faut attendre qu'elle se réveille."
La nuit était tombée depuis longtemps. Les jambes de Xena lui faisaient mal et ses épaules la brûlaient. Elle ouvrit les yeux quand elle entendit des murmures étouffés derrière la porte de la cellule. La porte s'ouvrit et cinq Amazones entrèrent. La garde ferma la porte derrière elles et s'en alla.
"Bonjour Xena." déclara la grande Amazone en enfilant un gant de cuir qu'elle recouvrit d'une cotte de mailles. "Mon nom est Gryne. Je suis une amie d'Eponin. Tu te souviens d'elle, n'est-ce pas?" Elle fléchit sa main gantée. Xena regarda l'Amazone dont le visage était impassible.

Le premier coup lui coupa la lèvre. "Tu te souviens comment tu lui as tranché la jambe? Comment tu l'as laissée là saigner à mort?" Le coup suivant la frappa juste en dessous des côtes, d'une force suffisante pour soulever la grande guerrière du sol. "Juste une autre victime de la princesse guerrière, hein?" Un autre coup. "Un simple geste du poignet et cette maudite arme a anéanti l'une des meilleures guerrières Amazones que le monde ait jamais connu." Un autre coup. "Tu aimes faire souffrir? Tu aimes voir les gens te demander pitié? As-tu aimé frapper notre reine?" Chaque question était suivie d'un coup de poing de la main gantée. Même sans le gant, les coups de la forgeronne auraient causé des dommages. "Elle te faisait confiance et tu vas payer pour avoir trahi cette confiance." Les autres femmes se rapprochèrent et Xena s'arma de courage pour affronter une longue et douloureuse leçon de justice Amazone.


La nuit était calme et l'on entendait parfois une chouette hululer au loin. Eponin roula sur le côté et vit la jeune reine remuer. Elle atteignit la table de chevet et alluma une petite bougie, créant une lueur subtile dans la pièce.

"Xena?"

"Gabrielle, c'est Eponin." Elle vit la barde tenter de s'asseoir et retomber, étourdie. "Tu es en sécurité maintenant."

"O-où est Xena?" Elle se redressa lentement et regarda son amie Amazone, réalisant qu'elle se trouvait dans la hutte de la guérisseuse dans le village des Amazones. Eponin fit un geste de la main pour éloigner la remarque qui allait suivre devant l'inquiétude de la voix de la reine.

 "Dans la prison. Elles l'ont emmenée là-bas après t'avoir sauvée."

 "Sauv... non, c'est une énorme erreur, Ep".Elle essaya de se lever et dut s'appuyer sur la table pour se soutenir. "Je dois voir Ephiny."

 "Gabrielle, on est en plein milieu de la nuit. Ep sera ici dans la matinée." La guerrière se déplaça au bord de son lit mais il valait mieux rester assise que de se lever. "S'il te plaît, recouche-toi. Tu es en sécurité ici."

La barde se rapprocha d'Eponin et attendit qu'elle se rallonge pour s'asseoir sur le lit à côté d'elle. "Comment vas-tu?" demanda-t-elle doucement.
"Aussi bien que l'on peut s'attendre vu ce que Xena m'a fait." Elle haussa les épaules.  "Je ne serai probablement plus jamais capable de marcher normalement."Gabrielle ne pouvait pas voir les blessures sous les draps et les bandages, mais elle se rappela soudain tout le sang dans la taverne. Elle posa sa main sur l'épaule de la guerrière.

"Ep, je sais que c'est dur pour le moment mais ça ira mieux." Elle regarda au loin dans les ténèbres de la pièce.

"Que s'est-il passé, Gabrielle? C'était ta meilleure amie. Qu'est ce qui a déclenché tout cela?" Elle regarda sa jambe et vit le bleu bien visible dans la pénombre.

"Je ne sais pas comment, mais je suis sûre que les dieux sont dans le coup. Ep, tu dois savoir que Xena n'a jamais..."

"Comment peux-tu la défendre? Comment peux-tu rester là à me dire qu'elle n'a pas fait ça? Regarde, regarde ce qu'elle t'a fait." Elle tendit la main pour toucher la joue de Gabrielle. "Comment peux-tu pardonner ça?"

"Parce que je la connais." dit-elle avec fermeté. "Ep, tu ne la connais pas autant que moi. Ce que tu as vu dans la taverne, eh bien ... ce n'était pas Xena."

"C'est là où tu as tort, Gabrielle. Ce monstre dans la taverne était Xena. Dieu ou pas dieu, c'était encore Xena. Es-tu tellement aveuglée par ton amitié que tu ne le vois pas? Chef de guerre un jour, chef de guerre toujours." dit-elle amèrement.

"Elle a changé, Ep. Xena a renoncé à cette vie et se bat pour un monde meilleur."

"Ouais, et je suis sûre que le monde est beaucoup mieux maintenant que je ne peux plus marcher." répondit-elle sèchement. Gabrielle baissa la tête.

"J'aimerais qu'il y ait un moyen de revenir en arrière, Eponin. Je suppose qu'espérer ne changera pas les choses." dit-elle doucement.

"Non, effectivement." La guerrière refusait de faciliter la tâche à sa reine. "Ca n'a plus d'importance maintenant de toute façon. Ses jours où elle terrorisait et attaquait ceux qui voulaient te protéger sont terminés."

 "Que vont-elles lui faire?"

"Cela dépend de ce dont elle est accusée et du verdict. Je pense qu'elle ne goutera pas la liberté avant un moment."

 "Mais je suis la reine, je ne peux rien faire?"

 "Oui, Gabrielle, tu es la reine. Tu es la reine des Amazones." Eponin avait élevé la voix, montrant son indignation et sa colère. "Tu as une responsabilité. Quand tu as accepté le droit de caste et plus tard le masque de reine, tu as accepté la responsabilité qui l'accompagne. Ne crois pas que tu peux juste aller la voir et lui pardonner. Je ne parle pas de quelques petits délits. Elle t'a enlevée, a demandé une rançon, t'a agressé physiquement, a attaqué deux guerrières Amazones qui tentaient de te protéger. Gabrielle, elle t'a prise en otage, comment peux-tu penser l'aider?  Tu as une responsabilité envers nous, envers tes sujets. Être reine n'est pas un jeu, Gabrielle. Nous avons toutes juré de te protéger, de mourir si nécessaire. Ce n'est pas trop te demander que d'agir comme si tu t'inquiétais pour nous. " Elle savait que ses mots étaient plus sévères que nécessaires mais elle devait faire en sorte que à la jeune reine comprenne.

"C'est ce que je fais, Eponin. Je me soucie de toutes les Amazones. Mais aussi de Xena." D'une voix plus douce, elle ajouta "je l'aime."

"Gabrielle ..." Elle adoucit le ton. "T'es-tu déjà demandé si ton amour pour elle ne t'empêchait pas de voir la réalité?"

"T'es-tu déjà demandé si ta colère et ta pitié ne t'aveuglaient pas?" rétorqua-t-elle avec colère avant de se lever et de retourner dans son lit. Les femmes ne se parlèrent plus du reste de la nuit, même si trouver le sommeil fut impossible.


Ilanna frappa légèrement à la porte d'Ephiny avant d'entrer. L'Amazone blonde ouvrit un œil bouffi. "Le soleil n'est pas encore au-dessus des arbres. Qu'est-ce qu'il y a?" Le sommeil avait mis du temps à venir, et tout ce qu'elle voulait, c'était retourner dans les bras de Morphée encore un peu.
"Tu devrais venir à la prison. J'ai déjà envoyé Sara." dit calmement l'amazone. Ephiny se redressa d'un coup.

"Elle ne s'est pas enfuie, n'est-ce pas?" Demanda-t-elle, incrédule.
"Non, elle ne s'est pas enfuie, bien qu'il aurait mieux valu. Il semblerait que certaines amies d'Ep aient décidé de lui rendre visite cette nuit."

Sara venait de terminer de recoudre le sourcil gauche de Xena quand Ephiny entra en coup de vent. La blonde s'arrêta net dans son élan quand elle vit la femme tuméfiée. "Douce Athena."murmura-t-elle. La tunique blanche et la jupe étaient désormais tachées de sang noir. Xena était mollement accrochée à ses entraves, ses forces avaient disparu depuis longtemps. Son visage était meurtri à plusieurs endroits et la guérisseuse faisait des points de suture. Malgré sa colère envers Xena, Sara était toujours écœurée par les agressions ignobles et elle essayait donc d'être très prudente et de ne pas infliger de douleur plus que nécessaire en soignant ses blessures.
"Qui a fait cela?" demanda Ephiny, énervée. "Où sont les gardes qui étaient supposées la garder?"

"Elles disent ne rien avoir vu. Tout le monde dans le village sait ce qui s'est passé mais personne ne dira qui est responsable." expliqua Ilanna. "Alessa et Dyna étaient de garde et on les a interrogées. Elles s'en tiennent à leur histoire comme quoi elles n'ont jamais quitté leur poste et n'ont aucune idée de ce qui s'est passé."

"Je veux les voir toutes les deux ... MAINTENANT!" gronda Ephiny.

"Xena?" dit une petite voix derrière elle. Tout le monde se retourna pour voir Gabrielle, les yeux écarquillés d'angoisse. Ephiny se mit devant elle pour lui bloquer la vue mais la reine la repoussa. Sara se recula de son chemin.
 "Xena?" murmura-t-elle, ses doigts caressant le visage gonflé.  Au son de sa voix, Xena leva lentement la tête et fixa la barde qui faisait de son mieux pour ne pas pleurer. 

"Est-ce comme ça que tu traites tes prisonniers, Ephiny? Les enchaîner avant de les frapper?" dit Gabrielle avec colère. "C'est ça la justice Amazone? Elle se pencha et caressa les côtes de Xena, s'arrêtant quand elle entendit un gémissement s'échapper de la lèvre fendue. Pendant les sévices, la guerrière avait fait de son mieux pour éviter de réagir à la douleur mais l'ensemble de ses réserves avait maintenant disparu.

"Gabrielle, je pense que tu devrais retourner..."
"Laisse tomber. Je ne la laisserai pas." dit-elle fermement. Elle attrapa les menottes et fronça les sourcils. "Enlevez-lui ça et amenez-lui un lit."

"Nous ne pouvons pas faire cela, ma reine." dit Ilanna. "C'est trop dangereux."

"Dangereux?" Gabrielle se retourna, ses yeux verts brûlant de colère. "Quel genre de problème pourrait-elle poser? Elle ne pourrait pas tuer une mouche et encore moins s'évader." Elle dévisagea Ephiny. "Tu vois bien, non?"

"Gabrielle, ce n'est pas moi qui ai fait ça et je ne l'ai pas ordonné non plus. Avant ton arrivée, j'essayais de savoir qui était responsable."

"Pourquoi, alors que tu pourrais leur donner une médaille? Je sais ce que Xena a fait, j'étais là. Au moins, elle leur a donné une chance de se défendre. Tu l'as enchaînée et les as laissées la frapper. Je veux qu'on lui retire ça..." Elle secoua les énormes chaînes. "... Maintenant!" Personne ne bougea. "Bon sang, je suis la reine et je t'ordonne de la détacher!" Ilanna regarda Ephiny, qui fit un petit signe de tête.

Après un quart de chandelle, Xena fut allongée sur un lit, Gabrielle à genoux à côté d'elle. Avec une certaine rigueur, la barde inspecta les blessures causées par le passage à tabac. Plusieurs côtes étaient cassées et son torse et son visage couverts d'ecchymoses.

"Ephiny, je veux un autre lit de camp. Je vais rester avec elle."
"Gabrielle, nous devons parler ... maintenant." Pendant quelques instants personne ne bougea et les deux femmes se toisèrent. Finalement la barde céda et suivit Ephiny  à l'extérieur.

"Que veux-tu dire ? Je ne peux pas rester avec elle?" La barde avait presque crié. "Ephiny, tu ne comprends pas ce qui s'est passé. Les dieux sont impliqués, tu dois me croire."

"J'aimerais, Gabrielle, vraiment." Elle fit courir ses doigts dans ses cheveux bouclés. "Mais mets-toi à ma place. Elle a attaqué Eponin et Solari, a demandé une rançon de cinquante mille dinars, sans parler des coups qu'elle t'a de toute évidence donnés. Elle t'a même droguée. Comment peux-tu supporter d'être près d'elle après tout ça? "

"Parce que je la connais, Ep, je sais que ce qu'on a vu n'était pas Xena." Elle détourna les yeux. "En fait, c'était Xena, mais pas celle de maintenant. Elle ne me reconnaissait pas. Elle ne se souvient même de ce qui s'est passé."
"Et ça change quelque chose? Gabrielle, chaque Amazone du village veut qu'elle meurt. Elle doit avoir un procès pour ce qu'elle a fait." Ephiny posa sa main sur l'épaule de la jeune reine. "Et je pense que c'est pourquoi elle est venue ici. Gabrielle, elle s'est rendue sans se défendre. Elle n'a même pas regardé l'argent."

"Alors, pourquoi ces menottes, Eph? Pourquoi la traiter comme ça? Tu as dit qu'elle s'était rendue sans se défendre. Pourquoi as-tu jugé nécessaire de l'enchaîner comme un animal?"

"Parce qu'elle a agi comme tel, Gabrielle." Elle s'efforçait de garder un ton neutre. "Nous n'avions aucune idée de ce qui s'était passé. Tout ce que nous savions, c'est qu'elle te tenait en otage et avait agressé deux de nos guerrières. J'ai fait ce que je croyais juste. Si tu ne t'en rends pas compte...."
"Quoi? Tu penses que je suis aveugle parce que je me soucie d'elle?" Elle enleva son épaule de l'emprise de l'amazone blonde. "Elle est là. Quand aura lieu le procès?"

"Nous commencerons dès qu'elle sera capable de se déplacer toute seule et que toutes les parties seront présentes. Gabrielle, je ne veux pas qu'il y ait de surprises. Quand elle ne sera pas dans cette cellule, elle sera enchaînée et sous bonne garde."

"Je te fais confiance. Peut-être que tu trouveras même des volontaires pour la garder, pourquoi pas celles qui lui ont rendu visite cette nuit?" dit-elle avec ironie.

"Ce n'est pas juste, Gabrielle. J'ai fait mon possible pour éviter ça. Tu devrais le savoir. Si Xena n'avait pas été là, Phantes aurait été exécuté et mon fils ne serait jamais né. J'ai envoyé un messager au village du Nord pour trouver un avocat. Xena aura un procès équitable, Gabrielle, je te le jure. "
"Pourquoi je ne pourrais pas être son avocate? Ephiny, personne ne la connait mieux que moi."

"C'est hors de question, tu es une de ses victimes, tu devras témoigner."
"Je...je ne peux pas, Ephiny. Je ne peux pas témoigner contre elle." L'air décomposé de la reine brisa le cœur de l'amazone. Elle imaginait à quel point cela devait être dur pour la barde.

"Tu n'as pas le choix, Gabrielle. Pas seulement pour les crimes envers toi mais tu es le seul témoin de ce qui est arrivé à Eponin et Solari. Tu devras te lever et dire ce qui s'est passé, peu importe si c'est difficile."

"Que lui arrivera-t-il si elle est reconnue coupable?"

"Cela dépend en partie de ce dont elle est accusée. Jusqu'à présent, nous l'accusons d'enlèvement et d'agressions envers toi, Ep et Solari. Une fois que tu auras dit ce qui s'est passé pendant que tu étais avec elle, il pourra y avoir d'autres accusations." Ephiny attrapa le menton de Gabrielle et chercha son regard.

"Gabrielle, je dois te demander..." Elle hésita, ne sachant pas comment formuler sa question. "Je sais que tu t'inquiètes beaucoup pour Xena, mais elle... eh bien, a-t-elle essayé de ... tu sais, de te forcer d'une façon ou d'une autre?" demanda-t-elle le plus délicatement possible. Gabrielle croisa son regard.

"Non. Xena ne s'est jamais imposée à moi." Indépendamment de ses sentiments mitigés sur ce qui s'était passé, Gabrielle savait au fond de son cœur qu'elle était consentante, même si la guerrière n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé entre elles. Ephiny laissa échapper le souffle qu'elle retenait et sourit doucement.

"Bien. Cela améliorera ses chances au procès."

Gabrielle regarda le sol un moment avant de parler. "Ephiny, sois honnête avec moi. Quel est le pire qui puisse arriver à Xena?"

"Ne pensons pas à ça maintenant, d'accord?" répondit-elle, ne voulant absolument pas répondre à la question.

"Dis-moi. Je dois savoir à quoi m'attendre."

Ephiny regarda partout sauf les yeux de sa reine. "Pour l'agression sur Ep et Solari, elle va sans doute faire quelques lunes de travaux forcés. Pour ce qu'elle t'a fait ... cela dépend du procès. Gabrielle, elle ne s'en tirera pas si facilement. Tout le monde sait qu'elle t'a droguée et ton visage abîmé parle de lui-même. Kidnapper la reine est un crime très grave à lui tout seul mais combiné à tous les autres..." Elle laissa sa phrase en suspens.
 "Elles pourraient exiger sa mort, n'est-ce pas? C'est ce que tu essayes de ne pas me dire?" demanda Gabrielle, le cœur battant.
"C'est une option, oui."

Gabrielle refusa de manger dans la cantine, en partie parce qu'elle n'avait pas envie d'être sociable et parce qu'elle ne voulait pas que les Amazones voient son visage et se rappellent ce qui lui était arrivé sous la rage de Xena. Trasis, la chef cuisinière, lui apporta dans sa hutte un plateau rempli de viandes et de fromages. Gabrielle mangea un peu, préoccupée par les événements à venir, elle n'avait pas faim. Elle enveloppa plusieurs morceaux de viande dans un linge et se dirigea vers la prison.

Xena se redressa en entendant la clé tourner dans la porte mais baissa les yeux devant la barde. Celle-ci murmura quelques mots à la garde qui hocha la tête et referma la porte derrière elle, laissant les deux femmes seules. "Tu ne devrais pas être là." dit la guerrière doucement sans lever la tête.
"Et où si ce n'est auprès de ma meilleure amie?" La barde s'assit sur le lit à côté d'elle. Elle remarqua avec désapprobation que la jambe de Xena était attachée à une chaîne qu'elle toucha.

"Est-ce que ça fait mal?" La guerrière secoua la tête. Un lourd silence retomba entre elles. La barde posa le sac avec la nourriture et le déballa. "Je t'ai apporté un peu de viande et du fromage. Je suis sûre que c'est mieux que tout ce qu'elles te donnent." Et elle coupa un morceau de fromage pour le tendre à Xena.

"Merci." Elle mit la nourriture dans sa bouche en faisant bien attention à sa lèvre fendue. Au grand plaisir de Gabrielle, elle reprit un morceau.
"Xena, il faut qu'on parle. Elles vont t'interroger sur ce qui est arrivé."
"Je sais."dit-elle à voix basse.

"Alors, pourquoi es-tu venue ici?" Elle posa sa main sur son genou. "Xena, elles s'en fichent de savoir que les dieux sont dans le coup. Elles veulent s'en prendre à toi. Il faut qu'on trouve une ligne de défense."
"Il n'y a pas de défense, Gabrielle. Je l'ai fait. Peu importe les raisons." Elle leva les yeux vers la barde, l'ecchymose maintenant plus jaune que tout. "Comment peux-tu supporter d'être près de moi après ce que je t'ai fait?"
 "Parce que je sais ce n'est pas toi, Xena. Je sais que les dieux sont impliqués. Il faut que les Amazones nous croient."

 "Il n'y a pas de "nous" là-dedans, Gabrielle. C'est moi qui ai attaqué Eponin et Solari, pas toi. Tu es une héroïne pour elles, tu as risqué ta vie pour sauver deux guerrières de la diabolique chef de guerre ."

"Arrête,Xena." s'énerva-t-elle. "Je suis en train de t'aider. Le moins que tu puisses faire c'est d'essayer d'agir comme si tu t'intéressais à ce qui se passe." Elle se leva et se dirigea vers la dalle de granit au milieu de la pièce et s'appuya contre elle, loin de la guerrière. "Elles vont m'envoyer à la barre, tu sais. Elles vont me faire témoigner sur ce qui s'est passé. Je dois y aller avec des arguments sur lesquels nous sommes d'accord toutes les deux."

"Dis-leur juste la vérité." Elle se pencha en arrière contre le mur, sa jambe gauche raide à cause du peu de longueur de la chaîne et elle grimaça de douleur avec ses côtes cassées. "Je le mérite quoi qu'il arrive." dit-elle doucement. Gabrielle pivota, les yeux enflammés de colère.

"Et je mérite quoi, Xena? Je mérite de te voir renoncer? Je mérite de les voir te juger pour des crimes qui ne seraient pas arrivés si les dieux n'avaient pas encore joué un de leurs petits tours? " Elle s'approcha et s'agenouilla devant le lit avant de poser ses mains sur les jambes de Xena. Elle regarda la multitude de bleus et de plaies qui parsemaient le visage de son amie. "Je ne peux pas te perdre, pas comme ça. Si je dois mentir, si je dois renoncer à mon titre, je m'en fiche. Je me fiche de tout hormis t'aider à sortir de ce pétrin."

"Gabrielle, sais-tu quelle est la peine pour quiconque qui ment à la barre? Les Amazones verront cela comme une trahison." Elle s'approcha et prit les mains de la barde dans les siennes. "Je ne peux pas te laisser faire cela. Il faut leur dire la vérité."

Gabrielle se dégagea, les yeux pleins de larmes. "Les Amazones ne peuvent pas me faire plus de mal qu'en te prenant à moi, Xena. Tu ne te souviens même plus de ce qui s'est passé quand tu as perdu la mémoire. Il n'y a pas de justice là-dedans. C'est pareil que la fois où Ares a tué ces hommes et t'a laissé être châtiée à sa place. "

"La différence c'est que cette fois, "j'ai" fait les choses dont on m'accuse, Gabrielle. Il n'y a aucun moyen de défense contre ça. Rien que nous puissions faire, excepté attendre la peine qu'elles voudront bien m'infliger." Elle n'avait aucun doute sur la sévérité du châtiment.

"C'est là que tu as tort, Xena."s'écria Gabrielle. "Nous pouvons combattre si tu m'aides au lieu de simplement abandonner." Elles furent interrompues par un coup poli à la porte. "Je dois y aller. Ne dis rien jusqu'à ce que l'avocate soit là et que j'ai une chance de lui parler. Nous trouverons un moyen de te défendre. Je vais essayer de revenir plus tard." Elle se leva et se dirigea vers la porte. "J'y tiens, Xena." dit-elle en se retournant pour faire face à sa meilleure amie. Elle baissa la voix de sorte que la garde ne puisse l'entendre. "Je trouverai quelque chose. Je préfère être accusée de trahison que de te perdre."
Xena attendit d'être certaine que Gabrielle avait disparu pour appeler la garde. "Je veux parler à Ephiny." L'Amazone fit signe à l'autre garde qu'elle aille chercher la régente. Xena se rassit et réfléchit à ce que son amie avait l'intention de faire. Quelques instants plus tard la régente entra.

"Laisse-nous." dit Ephiny à la garde avant de s'asseoir sur le lit à côté de la prisonnière.

"Quelle est la peine encourue pour trahison?"
"La mort ou le bannissement, tout dépend de la gravité de l'acte. Pourquoi?"
 Xena ne répondit pas, choisissant de fixer la dalle de granit. Aucun doute que la barde allait mentir pour la protéger ou minimiser sa peine. Si les Amazones découvraient ses mensonges, impossible de dire ce qu'elles lui feraient. "Tu as tellement souffert sous mes mains, Gabrielle ..." pensa-t-elle. "Je ne peux pas te laisser tout sacrifier pour moi. Je ne peux pas te laisser être châtiée à cause de mes crimes. Je t'aime trop pour que cela se produise." Elle ferma les yeux un instant en prenant sa décision.

"Ephiny, je veux me confesser. Je plaide coupable pour toutes les accusations portées contre moi. Pas besoin d'un procès." dit-elle sans aucune émotion.
"Xena, es-tu sûre de vouloir faire ça? Gabrielle m'a dit que les dieux sont impliqués. Si tu peux trouver un moyen de le prouver ..."

"Il n'y a aucun moyen de le prouver sans qu'elle témoigne. Je ne veux pas la mêler à ça." dit-elle avec assurance. Les yeux d'Ephiny se creusèrent, compréhensive. "Gabrielle allait mentir pour te protéger, c'est cela?"
"Promets-moi juste que tu seras là pour elle." dit-elle, refusant de répondre à la question.

"Ce n'est pas moi qu'elle veut à ses côtés, Xena, mais toi." Elle attendit une remarque de la femme aux cheveux sombres. Comme rien ne vint, la régente soupira. "J'ai besoin d'aveux complets. Tu devras dire au tribunal ce qui s'est passé, ce que tu as fait à Gabrielle ainsi qu'à Ep et Solari."
"Tout ce que tu veux du moment qu'elle ne témoigne pas." dit-elle solennellement.
Il faisait presque nuit quand Ephiny s'approcha de la cabane de Gabrielle. La confession de Xena avait pris moins d'une marque de chandelle mais le manque de détail de sa déclaration avait poussé le tribunal à poser question après question pour clarifier certains points.  L'affaire prit plus de quatre chandelles avant que les membres du tribunal fussent satisfaits.  Ephiny frappa doucement à la porte. "Entrez." Elle trouva Gabrielle assise devant plusieurs rouleaux. "Si je pouvais trouver quelque chose dans les lois ..." Elle s'arrêta en voyant le visage de son amie. "Qu'est ce qui ne va pas?"

"Il n'y aura pas de procès, Gabrielle. Xena a tout avoué cet après-midi."

"Quoi? Elle n'a pas pu... Je lui ai dit de ne rien faire jusqu'à ce que je puisse..."

"Elle avait peur pour toi. Je pense qu'elle a cru que tu allais mentir au procès pour essayer de la protéger." Elle s'assit sur la chaise en face de la reine devant la petite table."Gabrielle, je croyais que tu avais dit qu'elle ne se souvenait de rien."

"C'est vrai. C'est ce qu'elle m'a dit."

"Eh bien, c'est faux. Elle a répondu à chacune des questions qu'on lui posait et le compte rendu du combat dans la taverne coïncide avec ce qu'Eponin et Solari ont raconté." Elle posa sa main sur le bras de la barde. "Gabrielle, elle se souvient de tout. Es-tu sûre que les dieux sont impliqués?
Gabrielle se leva, se dirigea vers le lit, et sortit l'agneau en bois de sous son oreiller. "J'en suis certaine." dit-elle doucement en caressant le jouet. Elle réfléchissait à ces nouvelles informations et aux conséquences qu'elles engendraient. "Ephiny, que se passe-t-il en ce moment?"

"C'est la sentence. L'avocate sera là demain et l'audience aura probablement lieu après-demain."

"Que se passera-t-il alors?"
 "Toutes les parties vont témoigner devant le tribunal. L'avocate va plaider la clémence et le procureur va plaider la peine la plus sévère possible. Ce sera alors au tribunal de décider de son sort." Elle ne manqua pas la lueur d'espoir dans les yeux verts de la barde.

"Toutes les parties? Donc, toute personne qui a un lien avec le sujet peut prendre la parole?"

"Oui. Toute personne doit aller à la barre et répondre aux questions, mais l'avocat et le procureur peuvent parler de choses qui n'ont rien à voir avec les faits incriminés."

"Donc, on peut lui poser des questions sur son passé? On peut lui poser des questions sur toutes les bonnes choses qu'elle a faites?" Gabrielle était pleine d'espoir.

 "Le tribunal peut également poser des questions sur les mauvaises, Gabrielle. Ca fonctionne dans les deux sens. Pour chaque ville qu'elle a aidée, elle en a détruit dix. Pour chaque personne sauvée, elle en a tué une douzaine. Ca ne va pas en sa faveur." La prévint Ephiny. Gabrielle recula et la regarda.

"Alors je vais devoir trouver un moyen pour que ça fonctionne. Je ne la laisserai pas partir sans me battre."

Eponin détourna les yeux quand elle vit entrer Gabrielle. "Tu viens t'excuser?" demanda-t-elle avec malice.

"Non, je viens te voir." dit-elle, en s'asseyant sur le bord du lit. "Comment te sens-tu?"

"Mieux maintenant que Xena a reconnu ses crimes." Elle dévisagea Gabrielle. "J'irai au procès et je parlerai."

"Je ne m'attendais pas à moins, Ep. Je sais que tu es bouleversée par ce qui s'est passé, mais tu ne peux rien y faire. Tu dois avancer."

"Avancer? Avancer? Par le Tartare, qu'est-ce que suis-je censée faire, Gabrielle? J'étais une guerrière. Je suis inutile maintenant."

"Tu peux être beaucoup, Eponin, mais pas inutile. Je suis sûre que tu peux faire quelque chose, quelque chose qui n'implique pas de marcher."

"Comme quoi?  Tout ce que je voulais, c'était être une guerrière. Je me suis entraînée depuis que j'ai cinq étés. J'ai presque trente ans. C'est un peu tard pour choisir une nouvelle carrière."

"Il n'est jamais trop tard. Y a t-il quelque chose qui t'ait jamais intéressé? Un passe-temps peut-être?"

"Les passe-temps ne protègent pas un village. D'ailleurs, la seule chose qui m'a jamais intéressé était d'être guerrière. Il n'y avait le temps pour rien d'autre, pas si je voulais garder la forme."

"Eh bien, il me semble que tu as du temps maintenant." souligna-t-elle. "Je ne suis pas là pour te demander d'y aller doucement avec Xena, je n'attends pas ça de toi. Je suis là parce que je m'inquiète. Je veux t'aider." Elle sourit gentiment. "Tu sais, Trasis m'a dit que tu es allée plusieurs fois dans sa cuisine pour te plaindre de la nourriture."

"C'est parce que Trasis ne met pas assez d'épices. Elle a peur de prendre des risques." Elle ajusta l'oreiller derrière son dos.

"Comme toi? Parfois, le plus grand risque est de ne rien faire. Tu étais une guerrière depuis si longtemps que tu as peur de ne rien savoir faire d'autre. Tu as tort, Eponin. Je ne dis pas que ça va être facile, mais tu ne sauras jamais si tu n'essaies pas. Rappelle-toi quand j'ai commencé à apprendre à utiliser un bâton. Je n'arrêtais pas de me cogner avec et j'étais persuadée de ne jamais y arriver. Mais tu m'as encouragée, m'a montré encore et encore jusqu'à ce que j'apprenne. Tu n'as pas renoncé et je ne renoncerai pas. " Elle fut récompensée par ce qui ressemblait à un sourire, elle qui n'en avait pas donné depuis des jours.

Xena s'allongea sur le lit et mit ses mains derrière la tête. Elle attendait Gabrielle depuis des chandelles. La lune était maintenant presque au-dessus d'elle et toujours aucun signe. Pas même un message. La guerrière aux cheveux corbeau soupira. "Où es-tu? Pourquoi n'es-tu pas venue me voir? " Une pensée poursuivait sa course dans sa tête sans qu'elle parvinsse à l'ignorer. "Je lui ai menti. J'ai menti sur mes souvenirs et maintenant elle ne veut plus me voir."

Elle se pencha et fit courir ses doigts sur ses côtes meurtries, espérant que la douleur physique prendrait le dessus sur la douleur morale. Quoiqu'elle fisse, rien ne pouvait éloigner ses pensées de Gabrielle qui ne venait pas. Elle secoua sa jambe gauche de colère, provoquant un bruit métallique, et la chaîne s'enfonça dans sa peau. Le bruit attira l'une des gardes qui passa la tête à l'intérieur pour s'assurer que la prisonnière ne cherchait pas à s'échapper. Xena ferma les yeux et laissa le visage de la femme qu'elle aimait inonder son esprit.  Alors seulement elle pourrait se détendre assez pour laisser le sommeil l'envelopper.

Après avoir parlé à Eponin pendant près de trois chandelles, Gabrielle se dirigea vers la prison, mais fut incapable d'entrer. Elle marcha sans but dans le village, à tenter de démêler des sentiments contradictoires. Elle avait menti à Xena pour la protéger, mais la guerrière lui avait menti pour la duper. Elle erra jusqu'à atteindre le bord de la rivière et s'assit sur le sol en pente. Le temps passait comme elle regardait la lune se refléter sur l'eau. "Pourquoi, Xena, pourquoi?" dit-elle à voix haute. "Pourquoi m'as-tu laissé croire que tu ne te rappelais de rien?" Elle ramassa une pierre et la jeta, la regarda ricocher dans l'eau avant de sombrer sous la surface. "Tu me laisses là à continuer avec un tas de mensonges en connaissant très bien la vérité. Pourquoi?" Elle remonta ses genoux et posa ses bras dessus.

Le vent frais de la nuit repoussait ses cheveux en arrière et ses larmes sur ses joues. "J'ai toujours essayé de te protéger. Tu ne comprends pas ce que je ressens? Tu ne comprends pas que je ne peux pas vivre sans toi?" Elle repensa aux nuits de passion qu'elles avaient partagées. "Ca ne signifiait peut-être rien pour toi, Xena, mais cela signifiait beaucoup pour moi." Elle renifla. "Tu ne comprends pas que tu as pris mon cœur en otage depuis bien longtemps?"

Elle n'entendit pas  Solari approcher et se tenir derrière un gros arbre. "Comment les Dieux peuvent être si cruels? Depuis le temps que je voulais que tu me désires, que tu vois autre chose en moi qu'une simple fille, que tu vois la femme. Et quand cela arrive enfin, c'est pour me manipuler et non m'aimer. "

La grande Amazone ne voulait pas écouter, elle était juste sortie se promener en cette fin de soirée, mais entendre son amie pleurer et parler sous le ciel nocturne avait attiré son attention. Gabrielle jeta une autre pierre, en colère. "J'espère que tu es content Ares. Tu as eu ce que tu voulais, hein? Peu importe ce qui peut arriver, je l'ai perdue. Je ne peux pas rester avec elle en sachant qu'elle ne m'aime pas comme j'ai besoin qu'elle m'aime. Je ne peux pas la regarder et ne pas me souvenir comment c'était d'être avec elle, l'avoir touchée si intimement et l'avoir sentie me toucher. " Elle enfouit sa tête dans ses bras, et les sanglots commencèrent.

"Si elles la tuent, je ne pourrai pas rester ici. Je ne peux pas vivre avec le peuple qui me l'a enlevée. Je ne peux pas non plus aller à Poteidaia. Je n'en fais pas partie, je n'en ai jamais fait partie." Elle leva la tête et regarda la lune. "C'est elle ma maison." Elle frappa la terre molle à côté d'elle. "Bon sang Xena, pourquoi ne m'as-tu pas laissée t'emmener à Athènes? Tu aurais été en sécurité. Pourquoi es-tu venue ici, sachant ce qu'elles te feraient? Combien de villages avons-nous évité parce qu'on voulait te tuer? Pourquoi marcher droit vers une embuscade? "

Solari n'en pouvait plus. Elle toussa poliment pour annoncer sa présence et sortit de derrière l'arbre. La jeune reine essuya ses yeux. "Gabrielle, on peut parler?"

"Euh, bien sûr." dit-elle en regardant l'Amazone prendre place à ses côtés. Son bras blessé était encore en écharpe et Solari prit soin de ne pas trop e bouger en s'installant. A son air, la barde comprit qu'elle avait écouté. "Depuis combien de temps es-tu là?" demanda Gabrielle, en fixant l'eau.
"Assez longtemps pour savoir que tu es dans une grande douleur et que tu pourrais avoir besoin de parler à quelqu'un."

"Il n'y a personne à qui je peux parler, Solari. Je suis entourée de femmes qui veulent voir mourir Xena, y compris toi, j'imagine." La grande Amazone ne broncha pas et fixa l'eau. "Je l'aime. Je l'aime depuis si longtemps que je ne me souviens pas ne pas l'avoir aimé. Et demain je vais devoir rester là à écouter toutes les raisons pour lesquelles elle doit mourir."

"Elles ne vont peut-être pas choisir de l'exécuter, Gabrielle. N'abandonne pas l'espoir."

"L'espoir?" elle cria. "Et que puis-je espérer? Que les dieux vont descendre et tout arranger? Qu'elle meurt vite et sans souffrir? Qu'elle s'échappe au dernier moment? Que je vais me réveiller et découvrir que tout cela était un horrible cauchemar? " Elle baissa les yeux sur ses genoux. "Il n'y a plus d'espoir, Solari. J'avais espéré qu'un jour elle m'aimerait comme je l'aime. Maintenant, je sais que cela n'arrivera jamais. J'avais espéré que nous trouverions ensemble une solution à ce gâchis et que nos vies redeviendraient normales.
Même si un miracle se produit, ce rêve a disparu. Il s'est passé trop de choses. "

Elle se leva. "Si tu veux bien m'excuser, je dois dormir un peu pour être prête demain à voir mon monde s'écrouler un peu plus." Elle s'éloigna, laissant l'Amazone assise en silence.

Il était tard quand elle revint au village et elle se savait beaucoup trop émue pour aller voir Xena. Impossible d'affronter les yeux bleus profonds de la guerrière et de savoir qu'elle n'y verrait jamais l'amour dont elle avait besoin. Elle retourna à sa cabane et passa les deux chandelles suivantes à examiner les rouleaux sur la loi des Amazones avant d'abandonner et de s'allonger sur son lit. Habituellement bonne dormeuse, Gabrielle se tournait et se retournait dans une vaine tentative pour trouver les bras de Morphée. Son corps succomba finalement à l'épuisement juste avant le lever du soleil, mais pas avant d'avoir trempé son oreiller de larmes.

 
C'était le milieu de la matinée quand Gabrielle fut réveillée par un coup sur sa porte. "Entrez." Elle marmonna en s'asseyant avant de voir Ephiny entrer.
 "L'avocate arrivera d'ici une demie marque de chandelle. J'ai pensé que tu devais le savoir."

 "Où est-elle?"

"Avec Xena." Elle s'approcha et posa sa main sur l'épaule de la barde.

"Gabrielle, le tribunal veut commencer l'audience le plus tôt possible."
"J'imagine." répondit-elle. "Que va-t-il se passer ?"

"La première chose qu'il va faire c'est écouter la lecture de la confession de Xena, puis les victimes viendront à la barre et donneront leur version des faits et la façon dont les crimes les ont affectés. C'est alors que Symra, la procureur, posera des questions, suivie par Luna, l'avocate. Quand toutes les parties auront pris la parole, Xena pourra parler si elle le souhaite. "

"Ca me paraît bien, tout le monde va se lever et va dépeindre la diabolique chef de guerre et puis elle sera appelée à la barre et se défendra. Dis-moi, Ephiny, pourquoi une audience? Pourquoi ne pas simplement jeter la corde au-dessus de la branche la plus près et en finir? "

"Gabrielle, ce n'est pas juste et tu le sais." répliqua Ephiny, laissant la colère teindre sa voix.

"Je comprends que tu sois contrariée par tout cela, mais tu dois comprendre que ce qu'elle a fait est grave. Nous sommes des Amazones, pas de stupides assassins."

 "Comme Xena? N'est-ce pas ce que tu veux dire?" Elle tourna le dos.

 "Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Xena a eu la chance d'avoir un procès équitable, elle a refusé. Si on avait voulu qu'elle meurt, on l'aurait tuée dans le champ."

 "Je sais, Ephiny." Elle soupira, passant ses doigts dans ses cheveux. "C'est juste que je ne suis pas impatiente."


PARTIE 5


La plus grande hutte du village était la cantine et Trasis et les autres cuisinières avaient travaillé sans relâche pour nettoyer après le petit déjeuner et tourner les longues rangées de tables et bancs pour un tribunal de fortune. Chaque Amazone du village voulait être là pour entendre l'affaire. Mais moins de la moitié pouvait tenir à l'intérieur, les autres seraient forcées d'écouter à travers les murs en bambou ou attendre des amies relayer ce qui se disait. Symra était assise à la table avant sur la droite, une pile de parchemins en face d'elle. Luna assise à côté de Xena à la table de gauche, un simple parchemin devant elle.

La prisonnière lui avait donné peu d'informations sur quoi travailler, n'offrant presque rien sur son cas. Ephiny s'assit sur le banc derrière la femme aux cheveux Symra roux, attendant patiemment Gabrielle qui s'était arrêtée devant l'entrée et avait insisté pour retourner dans sa hutte un moment. Andro, la présidente du tribunal, frappa son marteau de cérémonie sur la table. Symra hocha la tête, se leva et s'éclaircit la gorge. Elle déroula un parchemin et ouvrit la bouche pour parler mais sa voix fut étouffée par le soupir collectif de la foule. Toutes les têtes se tournèrent pour regarder Gabrielle remonter l'allée.

Elle était vêtue de son costume de reine, le cuir brun suivait les courbes de son corps comme une seconde peau. Ses cheveux en cascade sur ses épaules encadraient son joli visage. Bouches bées, tous les yeux suivirent Gabrielle qui avançait. Elle aperçut l'espace vide à côté d'Ephiny et s'arrêta. Elle regarda la régente avant de se tourner et de prendre place sur le banc derrière la table de la défense. Une série de petits murmures se fit entendre, prenant cela comme un signe de soutien silencieux à Xena. La procureur resta sans voix devant le mépris évident de la barde face au protocole. Elle avait remarqué que Gabrielle s'était assise directement derrière Luna et ne la regardait pas. Symra se tourna vers le tribunal et attendit un signe d'Andro pour commencer.

"Le but de cette audience est de déterminer la peine à infliger à Xena d'Amphipolis pour les crimes pour lesquels elle a déjà plaidé coupable: enlèvement, rançon, agressions physiques et drogue de notre reine, ainsi que voies de fait sur deux de nos guerrières qui tentaient de la protéger. " L'Amazone rousse regarda autour d'elle pour s'assurer qu'elle avait l'attention de toutes. "Dans l'échec pour protéger et sauver notre reine, l'une de nos plus grandes guerrières, Eponin, a subi une blessure invalidante dont elle ne se remettra jamais."

La foule murmura encore. Symra poursuivit, interloquée par le soutien évident de Gabrielle à son amie.

"Xena était appelée la Destructrice des Nations. Une fois encore elle s'est montrée à la hauteur de sa réputation comme l'un des chefs de guerre les plus redoutables de toute la Grèce. Elle s'est retournée contre son amie, l'a battue sans pitié, même droguée pour l'empêcher de s'enfuir."
"Ce n'était pas ça."chuchota la barde à Luna, qui se contentait de hocher la tête et griffonner quelque chose sur le rouleau de papyrus devant elle. Symra fronça les sourcils avant de poursuivre.

"Tout le monde a vu à quoi ressemblait la reine Gabrielle quand elle a été amenée, inconsciente, droguée, battue au visage par les mains de Xena."
Elle se tourna vers la foule plutôt que vers les trois juges et leva son poing.

"Xena a utilisé sa force pour battre une femme beaucoup plus petite qu'elle et la soumettre." Elle frappa sa main de son poing.

"Imaginez ce que Gabrielle a enduré." Elle claqua de nouveau son poing. "Avoir peur pour sa vie devant la femme qu'elle appelait autrefois son amie, à se demander si elle allait revoir le char d'Apollon dans le ciel, elle qui a été sans nul doute ligotée et bâillonnée ..." Elle continuait mais Xena ne l'entendait pas.

La tête de la guerrière ne bougeait pas, les yeux baissés. Seuls les membres du tribunal pouvaient voir l'immense tristesse et la culpabilité qui s'étendaient sur son visage meurtri. Andro regarda la guerrière puis la barde et remarqua que Gabrielle chuchotait à l'oreille de Luna. "... Et nous vous demandons de prononcer la sentence sur la destructrice des nations, non seulement pour le bien des Amazones mais pour le reste du monde. Elle a prouvé qu'on ne pouvait pas lui faire confiance pour aider les autres, elle est trop égoïste pour cela. C'est l'occasion d'arrêter le carnage qu'est Xena Princesse guerrière, disciple d'Ares. Nous demandons la sanction ultime, la mort. "

"Et j'ai l'épée." Cria Gryne du fond de la salle, tenant l'épée qu'elle avait forgée pour Eponin. "Elle devrait mourir de la même façon qu'elle a tué tant d'autres." Elle fut accueillie par des cris d'approbation qui augmentèrent jusqu'à ce qu'Andro fut forcée de taper sur la table plusieurs fois pour rétablir l'ordre.

Andro attendit que la foule se calme avant de faire un signe de tête à Luna pour qu'elle procède à sa déclaration. L'avocate aux cheveux bruns balaya rapidement ses notes avant de se lever pour faire face au tribunal.
"Euh ... Xena a fait beaucoup de choses dans son passé ... mais nous ne devons pas la juger sur ses années de conquête et de destruction ... l'affaire aujourd'hui concerne uniquement les crimes qu'elle a commis contre la nation Amazone et son peuple. " Elle regarda encore ses notes. "Ah oui ... une fois elle a sauvé ce village de la destruction par  Velasca, ce qui a contribué à éviter une guerre. Ces actes doivent être pris en considération lorsque vous invoquerez la sentence." Elle hocha la tête devant le tribunal et se rassit. Gabrielle la regarda puis Ephiny, incrédule. La régente lui retourna son regard. Xena gardait son attention sur le trio devant elle qui allait bientôt déterminer si elle devait vivre ou mourir.

"Est-ce tout?" demanda Andro, n'en revenant pas elle-même que l'avocate ait fait une telle inutile déclaration. Luna hocha la tête et regarda ses notes. Gabrielle se pencha en avant et frappa l'avocate sur l'épaule.

"Pourquoi ne parles-tu pas de la façon dont elle a sauvé la vie d'Ephiny trois fois de suite?" murmura-t-elle. L'Amazone se pencha en arrière.
"Ce n'est pas important ici. Je peux le faire plus tard."

 "Pas important?" siffla la barde. "Tu es censée essayer de sauver sa vie. Tout ce qu'elle a fait au nom du Bien doit être mentionné."

"Ce sera fait, en temps voulu." répondit Luna. Elle retourna à ses notes. Gabrielle regarda Xena et fut surprise de voir la guerrière la fixer, ses yeux bleus remplis de culpabilité et de tristesse. La barde n'arrivait pas maintenir le contact visuel et regarda par-terre, ses sentiments menaçant de l'étouffer. Elle ferma les yeux et pria Artemis pour avoir la force de tenir la journée sans craquer.

Symra se leva et se mit à lire le rouleau sur lequel était notée la confession de Xena. Gabrielle écoutait attentivement, se concentrant sur tous les détails révélés par la guerrière. Elle tressaillit plusieurs fois, lorsque Symra souligna les coups que Gabrielle avait reçus ainsi que le combat dans la taverne. Elle remarqua avec gratitude que Xena n'avait pas fait mention de leurs activités sexuelles. Que ce fut pour l'épargner elle ou la guerrière, Gabrielle ne savait pas.

"J'appelle Ephiny, régente de la nation Amazone." dit Symra. La régente se dirigea vers l'estrade. Myrina, la membre la plus petite du tribunal, hocha la tête et agita la main vers la chaise vide. Ephiny s'assit et prit une profonde inspiration. Elle n'avait pas prévu d'être la première.

 "Ephiny, tu connais Xena depuis combien de temps?"
"Deux étés maintenant."

 "Et pendant ce temps, t'a-t-elle jamais attaquée?" l'Amazone remua, mal à l'aise. "Rappelle-toi que tu es sous le serment d'Artémis." dit la procureur.

"Oui, une fois, mais-"

 "Merci de répondre par oui ou par non." l'interrompit Symra. "Et n'est-il pas vrai qu'elle s'est déjà battue à mort avec la dernière reine Melosa?"

"Mais c'était pour sauver la nation." protesta-t-elle.

 "C'est vrai ou pas?"

 "Tu sais que c'est vrai." répondit Ephiny, agacée par ce genre de questions, même si elle savait qu'elle devait s'y attendre. La procureur rousse sourit légèrement à sa victoire.

"Donc, en plus de ses agissements actuels envers la nation Amazone, elle s'est engagée antérieurement dans des attaques contre les enfants d'Artemis, n'est-ce pas? " Ephiny eut l'air navré en regardant Xena avant de faire un signe de tête. La guerrière regardait droit devant elle, son visage ne révélant rien de ses émotions. "Je suis désolée Ephiny, pourrais-tu s'il te plaît donner tes réponses à voix haute?"

"Dans le passé, elle a combattu les Amazones mais c'était toujours pour le bien de la nation." dit-elle vivement, refusant de laisser la procureur l'interrompre encore.

"Hum hum." ironisa Symra. "Et penses-tu qu'elle a agi dans le meilleur intérêt des Amazones en frappant notre reine gratuitement et en paralysant l'une de nos meilleures guerrières? " Elle agita sa main avec dédain. "Pas besoin de répondre à cette question. Dis-moi, quand elle est arrivée à l'endroit désigné pour la rançon, elle avait drogué Gabrielle, n'est-ce pas?"
"Oui."

"Sans doute pour l'empêcher de s'échapper." Elle s'éloigna de la la table et s'approcha d'Ephiny. "Eponin est l'une de tes meilleures amies, n'est-ce pas?"

"Oui, nous nous connaissons depuis notre enfance."

"Et pendant tout ce temps l'as-tu jamais entendue vouloir être autre chose qu'une guerrière?"

"Non"

"Maintenant dis-moi, Eponin pourra-t-elle jamais retrouver son statut de guerrière?"

"Il existe d'autres moyens de contribuer à..."

"Ce n'est pas ce que j'ai demandé, Ephiny. Je sais que tu considères cet animal comme une amie mais essaye de privilégier tes responsabilités de régente. Je te le redemande, Eponin pourra-t-elle jamais retrouver son ancien statut de guerrière et de défenseur de la nation Amazone? "

"Pas son ancien statut, non".

"A cause des blessures qu'elle a subi des mains de Xena, n'est ce pas? Plus de questions pour le moment."

Symra s'assit et Ephiny attendit que Luna ait fini de lire ses notes.
"J'ai entendu que Xena t'a aidé à délivrer ton fils?"

"Oui, si elle n'avait pas été là,  aucune de nous n'aurait survécu." elle fit un petit sourire à la guerrière.

"Alors, elle a fait des choses pour aider les Amazones." Elle baissa les yeux, essayant de penser à sa prochaine question. "Et jusqu'à ce dernier incident, elle a toujours essayé d'aider notre nation?"

 "Oui, Xena nous a aidées à éviter la guerre et a vaincu Velasca. Elle nous a donné l'espoir quand il n'y en avait plus." La foule murmura en se rappelant le combat acharné avec la sinistre Amazone. "Penses-tu que Xena doive mourir pour ses crimes?"

"Non" répondit Ephiny, catégorique. Pour la première fois depuis qu'elle était à la barre, les yeux bleus de la guerrière se portèrent sur elle. La salle se remplit de chuchotements. Après la mort de Velasca, Ephiny avait prouvé à maintes reprises ses capacités à être une chef juste et respectée par la quasi-totalité des Amazones. Sa déclaration selon laquelle les crimes de Xena n'étaient pas dignes d'exécution avait beaucoup de poids et beaucoup commencèrent à se demander si en fait, sa mort était vraiment nécessaire.
"Je te remercie." dit Luna avant de s'asseoir. Gabrielle et Ephiny échangèrent un regard de surprise devant ce bref interrogatoire.

"Pourquoi ne lui as-tu pas posé davantage de questions? C'est la meilleure alliée de Xena a l'heure actuelle." dit la barde à l'oreille de l’avocate.
"J'ai réussi." répondit Luna alors que la régente retournait à sa place. "Il n'est pas nécessaire de poser mille questions."

"Pas besoin?" Gabrielle éleva un peu la voix. "C'est la vie de Xena dont nous parlons. Pose dix mille questions si ça peut aider."

"Ma Reine." dit Andro sur un ton d'avertissement. "Je dois vraiment te demander de rester tranquille."

"Mais elle n'a pas posé les questions importantes." La barde s'était levée pour s'adresser à la présidente du tribunal. "Elle ne lui a pas demandé comment elle se sentait quand on l'a retrouvée sur la route de Thessalie. Elle ne lui a rien demandé sur le fait que Xena a sauvé Ephiny d'un centaure."
"Assez Gabrielle!" dit fermement Andro. "Tu n'es pas l'avocate dans cette affaire. Alors assieds-toi et reste tranquille ou je te fais sortir jusqu'à ce que soit ton tour." La barde la fixa mais se rassit.

 "Comment t'es-tu sentie?" Cria une voix dans la foule. Elle fut rejointe par plusieurs autres qui voulaient connaître la réponse. Ephiny se leva et leur fit face.

"Quand j'ai relevé la tête et que j'ai vu Xena debout devant moi, j'ai senti une vague de soulagement. J'ai su que j'étais sauvée."Elle sourit brièvement à la guerrière aux cheveux noirs. "Je lui serai éternellement reconnaissante de nous avoir sauvés, mon fils et moi."

Andro frappa la table. Le public était devenu hors de contrôle. "Trasis a besoin de temps pour installer cette salle avant le déjeuner. Plutôt que d'avoir à la réinstaller pour le dîner, nous suspendons la séance pour la journée et reprendrons demain. Emmenez la prisonnière."

C'est alors que Gabrielle vit la raison pour laquelle la guerrière avait gardé ses mains sous la table. Elle portait des menottes aux poignets et aux chevilles reliées entre elles par une chaîne encerclant sa taille. Évidemment elles considéraient toujours que Xena risquait de s'évader. Elles  sortirent, ne laissant pas à Gabrielle la chance de s'en approcher. La foule se leva lentement et une cacophonie de voix emplit l'air. La jeune reine attendit que tout le monde fut sorti avant de parler à Luna.

"Je n'en reviens pas. Tu es censée essayer de lui sauver la vie." rugit-elle. Ephiny se leva derrière elle.

"Gabrielle, allons marcher un peu."

"Non" répondit-elle avec colère en se tournant vers l'Amazone. "Qu'as-tu fait, Eph? Dénicher l'avocate la plus incompétente possible?" Elle se souciait peu de la blesser.

"Je fais de mon mieux, Gabrielle. Tu dois être patiente."

"Tu dois poser de meilleures questions sous peine qu'elle ne donnent leur sentence maintenant." Elle sentait qu'elle perdait son self-contrôle et claqua la porte de la cantine, ignorant la douzaine d'Amazones qui se trouvait dehors. Ephiny la regarda avant de s'adresser à l'avocate.

"Luna, elle a raison. J'aurais pu faire un meilleur travail que toi aujourd'hui. Si tu as un avis sur cette affaire, dis-le moi et je trouverai quelqu'un d'autre pour défendre Xena. Si tu ne te sens pas à l'aise... "elle laissa sa remarque en suspens.

 "J'ai travaillé sur des dizaines de cas, bien que je dois avouer que c'est mon premier cas de peine de mort. En général, je traite les litiges sur des contrats, tu sais, les désaccords sur la vente de biens."

"Tu veux dire que tu n'as jamais traité une affaire de crime avant?" demanda Ephiny, incrédule. "J'avais bien spécifié dans mon message que j'avais besoin d'une avocate expérimentée."

 "Je suis expérimentée, mais pas spécialement en matière de vie et de mort. Je traite généralement avec des dinars."

"Alors pourquoi t'a-t-on envoyée? Il doit sûrement y avoir quelqu'un d'autre ..."

"Personne ne voudrait, Ephiny. Quand ils ont entendu dire que Xena, destructrice des nations, était accusée d'enlèvement et de demande de rançon sur la reine, tout le monde a cru que c'était une cause perdue sans aucune chance de gagner."

 "Et personne ne s'est dit qu'il était important qu'elle soit représentée, exact?" L'avocate regardait par-terre en silence, ce qui confirma les soupçons de la régente. "Eh bien, ils ont eu tort Luna, comme tu le sais maintenant. C'est beaucoup plus compliqué qu'un simple seigneur de guerre qui a commis un crime. C'est Xena, une amie et une alliée des Amazones et la personne la plus importante dans la vie de Gabrielle. Elle mérite toutes les chances que nous pouvons lui donner. Si tu ne peux pas relever le défi alors je suspends l'audience jusqu'à ce que nous trouvions quelqu'un qui pourra le faire. "

"Je peux le faire." répondit l'avocate. "Xena ne m'aide pas beaucoup, tu sais. Elle répond à peine aux questions que je lui pose et quand elle le fait, ce sont des réponses d'un mot ou deux. Tu la connais, que peux-tu me dire qui nous aiderait?

Gabrielle se rendit dans la cabane de Sara pour prendre quelque chose contre son mal de tête et fut surprise de ne pas trouver Eponin. "Où est-elle?" demanda-t-elle à la guérisseuse aux cheveux gris.

"Elle est allée au terrain d'entraînement. Elle sera bientôt de retour, j'imagine. Même avec des béquilles, je ne pense pas qu'elle puisse tenir debout bien longtemps."

"Merci." Dit la barde en sortant. La raison pour laquelle elle était venue là était oubliée.

Elle trouva Eponin appuyée contre la clôture en bois du terrain d'exercice à regarder un groupe de jeunes filles s'entraînant avec des bâtons. Leur leçon s'était terminée quelques instants plus tôt mais les filles enthousiastes restaient encore pour maîtriser leurs mouvements nouvellement appris.

"Comment sont-elles?" La barde s'appuya sur la barrière à côté de l'Amazone.

"Pas si mal, Arissa est un bon professeur. Elles ne ramassent pas leur bâton aussi rapidement que toi, mais elles sont encore jeunes, elles ont le temps d'apprendre."

"Hmm." Elles regardèrent deux filles de moins de dix ans faire tournoyer leur bâton autour de leur corps. Eponin plissa légèrement les yeux.

"Attend!" Elle cria, les arrêtant. Elle mit ses béquilles sous son bras et s'approcha d'elles.  "Vous devez vous concentrer sur la façon de tenir votre bâton tout autant que pour le déplacer. Regardez... vous le tenez mal. Comment voulez-vous qu'il soit l'extension de votre corps si vous le tenez comme une anguille vivante? Il faut le tenir sans le serrer, juste assez pour le maintenir mais pas trop pour qu'il ne bouge pas." Elle prit son équilibre pour se libérer de sa béquille et prit le bâton. La jeune fille le lui remit rapidement, reconnaissante pour la leçon particulière. Eponin fit tournoyer le bâton entre ses doigts sans effort. Elle leur montra la bonne façon de le tenir. "Comme ça..." Elle changea de main. "... Pas comme ça. Essaye encore." Elle le lui rendit et retourna à sa béquille en les regardant répéter leurs mouvements, utilisant cette fois la leçon tout juste apprise. Gabrielle passa derrière elle et posa sa main sur son épaule.

"Tu fais ça très bien. Tu as beaucoup de patience quand tu enseignes, tu le sais?"

"Elles ont déjà un professeur, Gabrielle. D'ailleurs, je ne peux pas leur apprendre si je ne peux pas marcher." dit-elle avec amertume.

"Bien sûr que tu peux, tu viens de le faire. Regarde-les, Ep. Elles sont avides d'apprendre."

"Comme toi." se souvint-elle. Eponin se trouva bientôt entourée d'une demi-douzaine de jeunes filles qui attendaient toutes avec enthousiasme qu'elle leur donne une autre leçon. Gabrielle recula discrètement vers le chemin et fut vite oubliée de la guerrière qui était concentrée sur ses nouvelles élèves. Quand Eponin se tourna vers elle, la jeune reine avait disparu depuis longtemps.

Malgré ce qu'elle avait fait à l'audience, Gabrielle se sentait toujours incapable d'aller voir Xena en privé et elle se retira dans sa hutte. Elle s'allongea sur son lit et caressa distraitement son agneau en bois. Elle essayait de penser à ce qu'elle allait dire à la barre. Elle revit Symra contrer Ephiny et elle savait qu'elle serait gênée quand viendrait son tour de parler de ce qui s'était passé. Elle imagina toutes les questions possibles et les réponses qui infligeraient le moins de dommages à l'affaire de Xena. Elle était contente que son visage ne portât plus de réelles marques de bleux, sauf si l'on s'approchait trop près. Cela l'aiderait à minimiser la gravité des blessures qu'elle avait reçues. Elle pensa également à Luna et à son style de défense. Gabrielle savait exactement quelles questions devait poser l'avocate brune pour mettre Xena sous son meilleur jour. Ses yeux verts brillèrent, une idée en tête, et elle sauta de son lit pour se diriger vers la petite table. Si Luna ne connaissait pas les bonnes questions, alors elle les lui donnerait. Elle alluma plusieurs bougies pour avoir beaucoup de lumière afin d'achever sa tâche. Les flammes se mouvaient alors qu'elle notait ses questions, toutes conçues pour dépeindre la Xena qu'elle connaissait et aimait.

Xena faisait les cent pas dans sa cellule autant que sa chaîne le lui permettait. L'audience semblait secondaire comparée au vide qu'elle ressentait sans Gabrielle. Encore une fois, la barde avait refusé de venir la voir et elle imaginait le pire. 'Peu importe ce qui se passe, je t'ai perdue, n'est-ce pas?" se disait-elle. La porte de la cellule s'ouvrit et son cœur bondit dans sa poitrine à la pensée qu'il pouvait s'agir de Gabrielle, mais elle déchanta en voyant Luna. Xena se laissa tomber sur le lit.

"Quoi?"

"Je viens pour savoir si tu pourrais me dire autre chose d'utile. Je ne te connais pas aussi bien que Gabrielle, et Ephiny n'a pas pu me dire ce qu'elle savait." Elle s'appuya contre la dalle de granit et déploya son rouleau. "Elle a l'impression que tu te soucies beaucoup de notre reine."

"Exact."Dit-elle, inébranlable.

"C'est bien. Si elle prend autant soin de toi, ce sera d'un grand secours, je pense."Elle regardait ses notes. "Alors que peux-tu me dire sur l'époque où tu as sauvé Gabrielle d'une personne nommée Callisto?"

La conversation dura quelques instants avant que l'Amazone s'arrêtât. "Xena, j'ai vraiment besoin de plus de détails. A t'écouter, on dirait que ce n'était pas grand chose."

"Je ne suis pas barde."protesta-t-elle. "Si tu veux plus de détails, demande à Gabrielle."

"Hmm, ce n'est pas bête. Elle semble prête à t'aider." La guerrière ne fit aucun commentaire. "Je vais probablement faire ça. Tu te rends compte que c'est le témoignage de Gabrielle qui va avoir le plus d'impact sur le tribunal."

Xena ne répondit pas mais son esprit imaginait les conséquences de ce gros problème. Gabrielle la soutenait en public mais refusait de lui parler en privé. Elle ne doutait pas que la barde ferait tout en son pouvoir pour l'aider mais après? Elle leva les yeux quand elle se rendit compte que Luna lui parlait.

 "Quoi?"

"Je t'interrogeais sur Thessalie. Le temple?  Tu as sauvé la vie d'Ephiny et elle m'a dit que tu avais également sauvé Gabrielle. Que peux-tu me dire là-dessus?" demanda-t-elle, un peu agacée que la guerrière l'ait ignorée.

"Xena, c'est de ta vie dont on parle. J'ai besoin de toi pour te garder en vie."
La cantine était tout aussi remplie que la veille avant qu'Andro ait le temps de prier Symra de commencer. La rousse Amazone se leva.

"J'appelle la Reine Gabrielle." Tous les yeux se tournèrent pour voir se lever de son siège la barde derrière Luna. En passant à côté de la table de la défense, Gabrielle tendit la main et fit tomber le rouleau de l'avocate.

"Oh, je suis désolée, je vais le ramasser." Dit-elle en se mettant vite à genoux. Utilisant son corps comme bouclier, elle glissa le rouleau qu'elle avait préparé la veille et qu'elle avait caché dans sa botte à la place de celui de l'avocate. Elle se leva et posa son rouleau sur la table en face de Luna.

"Allez-y."dit-elle doucement en se mettant devant la barre. L'avocate ouvrit le rouleau et comprit tout de suite ce que la jeune reine avait fait. Xena regarda par-dessus son épaule, reconnut l'écriture et un sentiment de soulagement l'enveloppa. Gabrielle essayait encore de l'aider. Elle avait donné à Luna les bonnes questions à poser. Elle leva les yeux vers la barre et un bref instant, les yeux verts rencontrèrent les yeux bleus, mais les deux femmes cachèrent leur émotion et la barde reporta son attention vers la procureur.

"Bonjour ma reine." dit Symra en hochant la tête légèrement devant la jeune femme.

"Bonjour Symra."

"Puis-je t'appeler Gabrielle pour les questions de cette audience?"

 "D'accord." La procureur sourit avec hypocrisie et jeta un rapide coup d'oeil à ses notes. Elle avait trois rouleaux remplis d'informations sur la jeune reine et sa relation avec la guerrière.

"Alors Gabrielle, tu voyages avec Xena depuis plus de deux étés maintenant, n'est-ce pas?"

"Oui." Elle savait très bien que l'innocente question était posée dans un but bien précis.

"Et durant ce temps, combien de fois t'a frappé la princesse guerrière?"

Gabrielle s'attendait à cette question, sachant très bien que son récit du combat entre Xena et Ares après la mort de trois innocents était écrit dans ses parchemins, stockés dans la bibliothèque des Amazones. "Une fois, quand Ares a essayé de la récupérer en usant de trahison et de tromperie."
"Un simple nombre suffit, ma reine. Alors, avant qu'elle ne t'enlève et ne te frappe brutalement, elle ne t'a frappée qu'une seule fois?"
 "Oui."
"Hmm, et tu n'avais pas peur d'elle? Tu dois admettre, Gabrielle, qu'elle est beaucoup plus grande et forte que toi."
 "Je n'ai jamais eu peur de Xena. Je sais qu'elle ne ferait jamais rien de mal contre moi délibérément." Elle fixa la procureur, l'incitant à lui dire le contraire.

"Un oui ou un non, s'il te plaît." Symra se rendait compte qu'elle avait
sous-estimé l'amitié des deux femmes.

"Non, je n'ai jamais craint pour ma sécurité avec Xena." L'Amazone rousse refusa de mordre à l'hameçon et ne fit pas de remarque sur le fait qu'elle ne répondait pas uniquement par oui ou par non. Elle ne devait pas se montrer hostile envers sa reine, ça la desservirait. Il fallait qu'elle contourne les réponses de la barde.

"Lorsqu'elle t'a sauvagement battue, tu n'as pas eu peur?" Gabrielle sourit un peu.

"J'avais peur de la seigneur de guerre, pas de la femme que j'ai appris à connaître."

"Allons, Gabrielle, c'est la même personne."

 "Non, la Xena qui me tenait prisonnière n'était pas la même..."

"Oui, nous avons toutes entendu ton récit sur le fait que les dieux sont impliqués dans cette affaire. Dis-moi, si les dieux sont vraiment intervenus, alors pourquoi n'ont-ils rien fait pour empêcher ce procès? Ils ne laisseraient sûrement pas tomber une innocente. Une femme qui risque d'être envoyée à la mort, n'est-ce pas?"

"Je ne peux pas parler à la place les dieux."

 "Bien sûr que non. Mais dis-moi, tu ne trouves pas étrange qu'ils laissent faire ça si longtemps?"

"Comme je l'ai dit, je ne peux pas parler à la place des dieux et je ne peux pas deviner leurs raisons pour laisser cela se produire."

"C'est peut-être parce que les dieux n'ont pas participé du tout. N'est-il pas plus probable que ton "amie" ait simplement craqué?"

"Non, mes rouleaux avaient disparu, mes vêtements-"

"Cela peut s'expliquer facilement. Nous savons tous que Xena n'aurait jamais connu un tel succès si elle n'était pas assez intelligente pour se préparer à toute éventualité." Elle se tourna vers la foule. "La tentation d'une rançon était trop alléchante. Feindre de perdre la mémoire était juste un stratagème pour se protéger au cas où elle aurait été attrapée." Elle tourna les talons pour faire face à Gabrielle nouveau. "Combien de fois t'a-t-elle battue pendant que tu étais prisonnière?"

La barde réfléchit. "Quelques fois, je ... je ne me souviens pas combien." Elle avait l'air désolé en regardant Xena, pas moyen d'éviter la question. La tête de la guerrière était baissée, incapable d'affronter son amie.
"En d'autres termes, elle t'a frappée tant de fois que tu en as perdu le compte?

"Non, je ne me souviens pas. Trois, peut-être quatre fois." Symra sourit. C'était exactement ce qu'elle cherchait.

"Elle t'a donc matraquée trois ou quatre fois, c'est cela? Ne prends pas la peine de répondre. De son propre aveu, elle prétend t'avoir frappée cinq fois. Il est évident pour ce tribunal que tu essayes de la protéger, mais je dois te rappeler que tu as juré devant Artemis de dire la vérité. Maintenant, je te le redemande, combien de fois t'a-t-elle agressée physiquement? Cinq fois ... cinq fois non consécutives, elle t'a violemment frappée. Dis-moi, Gabrielle, a-t-elle arrêté quand tu as commencé à la supplier? A-t-elle arrêté quand tu as pleuré et supplié?"

 "Elle ne savait pas-"

"A-t-elle arrêté? Réponds à la question!" s'exclama Symra."A-t-elle cessé de te frapper quand tu demandais grâce?"

"Non" avoua-t-elle. Un murmure traversa la foule. "Mais elle était sous-"

 "L'influence des dieux. Oui, on sait que tu veux y croire, Gabrielle." dit-elle avec dédain.   "Jusqu'à présent, bien sûr, il n'y a aucune preuve mais si tu veux conserver ton petit fantasme …" Les mâchoires de Gabrielle et de la guerrière se raidirent simultanément. "Passons, veux-tu?" Elle regarda ses notes. "Alors, toi et Ephiny défendez Xena de t'avoir sauvé la vie en Thessalie, c'est cela?"

"Absolument" répondit-elle fermement.

"Je peux comprendre qu'Ephiny, perdue et seule, a été soulagée de vous voir toutes les deux arriver mais Gabrielle, je dois te le demander. Que faisiez-vous dans une zone si dangereuse?"

 "C'était le plus court chemin pou-"

"Oh, quand il s'agit de prendre l'itinéraire le plus court ou le plus sûr, Xena, notre princesse, choisit de t'emmener en plein milieu d'une zone de guerre?"

"Tu sais j'ai eu aussi mot à dire, j'aurais pu insister pour prendre une autre route." dit-elle avec colère.

"Ce n'était pas la première fois qu'elle te faisait passer par une zone de guerre, n'est-ce pas?"

"Ce n'était pas la première fois que NOUS traversions une zone de guerre, non."

"Elle t'a enrôlée dans la guerre de Troie, non?"

"Xena a contribué à mettre fin à cette guerre, une guerre responsable d’innombrables morts. Cela n'a rien à voir avec ce procès."

"Au contraire. Maintes et maintes fois sa soif de sang de seigneur de guerre a refait surface et mis ta vie en danger." Elle se dirigea vers la barre et se tint face à la barde. "Mais revenons aux agressions sans pitié sur toi et les autres. Pourquoi penses-tu qu'elle t'a droguée avant de venir récupérer la rançon?"
"Elle ne venait pas récupérer la rançon, elle venait se rendre."

"Se rendre? Elle était armée des pieds à la tête, comment peux-tu appeler cela se rendre? La vérité c'est qu'elle t'a droguée pour t'empêcher de t'enfuir et ce n'est qu'avec les efforts de toute l'armée amazone qu'on a pu l'empêcher de s'enfuir avec le chariot de dinars. "

"Ce n'est pas vrai! Je voulais qu'on aille à Athènes, elle a choisi de venir ici."
  "Allons, Gabrielle, tu veux nous faire croire que tu voulais aller à Athènes et qu'elle a choisi de venir ici sachant qu'elle serait capturée?"

 Elle se détourna et alla vers sa table. La guerre des mots ne fonctionnait pas. Symra se dit qu'il était temps de passer au cran au-dessus avec cette reine qui la défiait.

"Reine Gabrielle, tu as vaincu les Titans, n'est-ce pas?"

 "Xena et moi les avons vaincus, oui."

"Et la seule façon de les vaincre est de faire lire le chant à une vierge, c'est bien cela?"

 "Oui." répondit-elle, perplexe.

 "Donc, tu étais vierge à l'époque, c'est exact?" Les murmures traversèrent la foule devant une telle question posée à leur reine.

"Oui."

"Je ne vois pas ce que cela a à voir avec notre affaire." dit Andro sur un ton alerte.

"Si le tribunal me le permet, je ne crois pas que l'on ait tous les détails de l'enlèvement de la reine. J'essaie simplement d'obtenir la vérité." Il y eut une pause tandis que les membres du tribunal discutaient entre eux.

 "Très bien, nous te laissons poursuivre, mais tu as intérêt à ce qu'il y ait une bonne explication." dit sévèrement la juge la tête.

"Merci." répondit Symra. "Gabrielle, es-tu toujours vierge?"

"Je suis veuve. Non, je ne suis plus vierge."

" Ah, oui, tu as été mariée une fois, assez brièvement, si je comprends bien. Quel était son nom? Nerdicus?"

"Perdicus." L'image de son défunt mari emplit son esprit.

"Je suis désolée pour ce décès. Combien de temps as-tu été mariée?"

"Il a été assassiné le lendemain de notre mariage." dit-elle doucement.

"Par Xena?" demanda Symra d'un air détaché.

"Par Callisto!" Elle grogna. "Xena a fait tout son possible pour nous protéger."

"Oh, j'en suis sûre." Dit-elle, hypocrite. "Donc, tu a été mariée une journée. Dis-moi, toi et Xena êtes-vous amantes?"

"Non"

"Vraiment? Une belle femme comme toi?"

 "J'ai dit que nous n'étions pas amantes." répondit-elle avec humeur. C'était vrai, malgré ce qui s'était passé entre elles. Assise au fond de la salle, Solari fixait la barde et hocha la tête, comprenant la douleur de la jeune femme.

 "Oui, c'est ce que tu as dit. Ma Reine, les éclaireuses ont trouvé la grotte où toi et Xena avez séjourné quand tu prétends qu'elle était redevenue seigneur de guerre. Sais-tu ce qu'elles y ont trouvé?" Gabrielle regarda Xena avec nervosité. Elle n'avait pas pensé à cette question. Elle remarqua le même regard étonné de Xena. Elle avala difficilement sa salive.

 "Non, qu'ont-elles découvert?" demanda nerveusement la barde . Symra sourit et ouvrit un petit sac sur le sol à côté de la table. Elle en sortit la culotte de la barde.

 "Ceci t'appartient, n'est-ce pas? On l'a trouvée juste à la sortie de la grotte. Tu nous as dit que toi et Xena n'étiez pas amantes alors comment l'expliques-tu?"

Gabrielle prit une profonde inspiration et regarda Ephiny, assise juste derrière la table de la procureur. La régente lui fit un sourire de soutien. "Quand ... quand Xena m'a réveillée la première fois, elle ne m'a pas reconnue, elle m'a attaché les mains derrière le dos pour que je puisse pas m'enfuir. Et..." Elle rougit légèrement. "... Je devais aller faire un petit tour dans les bois et ... je ne pouvais pas le faire moi-même et elle ne voulait pas m'aider, alors je l'ai enlevée et je l'ai laissée là."

"Alors, elle ne t'a pas violée?" demanda Symra, se maudissant de ne pas avoir demandé une autre explication pour la culotte abandonnée. Gabrielle regarda Xena, la forçant à répondre à son regard. La guerrière avala sa salive, elle craignait la réponse.

"Non, elle n'a pas me violée." Ses yeux ne quittaient pas Xena. Ce n'était peut être pas un acte d'amour mais ce n'était pas un viol et Gabrielle le savait.
 "Je pense que c'est assez pour ce genre de questions, Symra." dit Andro qui reçut l'agrément des juges d'un signe de leur tête. Elle se tourna vers Gabrielle. "Ma reine, je crois qu'une pause s'impose. Nous reprendrons dans une marque de chandelle et Luna pourra poser ses questions."

"Mais je n'en ai pas fini avec mon-" protesta la procureur.

"Si." Rétorqua la chef du tribunal.

Tout le monde sortit de la cantine et se rassembla en groupes pour discuter des nouvelles révélations. La plupart était choquée par les questions et les accusations de Symra. "Je n'en reviens pas qu'elle ait posé des questions sur la vie sexuelle de Gabrielle." dit une femme. "Et elle l'a pratiquement accusée de coucher avec Xena et de le faire pour la protéger!" dit une autre. Marchant à travers la foule, Solari fut arrêtée plusieurs fois pour avoir son avis. La grande Amazone restait évasive. Elle finit par approcher de l'endroit où Gabrielle et Ephiny se tenaient tranquillement. "Puis-je te parler en privé?" demanda-t-elle à la barde. Elles s'éloignèrent de la cabane et ne s'arrêtèrent qu'hors de portée de voix des autres.

"De quoi veux-tu me parler?" demanda Gabrielle.

"Tu as fait un excellent travail à la barre, tu sais. Toutes les Amazones en parlent." Elles s'assirent sur un muret de pierres qui entourait le puits principal. "Ton témoignage en a fait réfléchir plus d'une."

"Bien, elles devraient réfléchir plus. Nous parlons de la vie de Xena, pourquoi ne le voient-elles pas?"

"Elles commencent..." Solari posa son bras autour des épaules de la jeune femme. "Alors, comment vas-tu? Je sais que ça a du être difficile pour toi d'être là-bas et de parler de ce qui s'est passé." Gabrielle fixait un brin d'herbe.
"J'ai l'impression de l'avoir trahie à chaque mot." dit-elle doucement.
"Non." répondit Solari en posant sa main sous le menton de la barde pour la forcer à la regarder. "Tu as fait tout ce que tu as pu pour rester modérée. Je suis sûre qu'elle le sait, et tes paroles ont vraiment eu un effet sur les gens. Je suis sûre que les questions de Luna aideront aussi."

"Je l'espère. Xena a besoin de toute l'aide possible." elle tourna la tête pour regarder de nouveau par-terre. "Je n'ai pas été la voir, tu sais. Je ne peux pas."
"Je sais." elle sourit devant l'air étonné de Gabrielle.

"Il n'y a pas grand chose qui échappe au téléphone arabe, en particulier dans ce cas précis."

 "Je ne sais pas quoi lui dire. Elle savait ce qui s'était passé et elle n'a rien dit. Comment dois-je le prendre?"

 "Gabrielle, tu ne lui as pas parlé depuis qu'elle a avoué. Comment pouvait-elle t'en parler? Ce n'est pas comme si elle voulait juste papoter. La seule façon pour qu'elle puisse te voir, c'est d'y aller.  Tu imagines le pire sans avoir entendu ses raisons."
"Mais elle m'a menti... elle m'a dit qu'elle ne se souvenait pas."

 "Je pense qu'elle a menti pour te protéger, Gabrielle. Tu sais qu'elle est venue ici pour se rendre, elle t'a probablement droguée pour t'épargner de voir ça. Tout ce qu'elle a fait depuis qu'elle a retrouvé sa mémoire a été à ton avantage. Elle t'aime, peut-être pas de la même manière que tu l'aimes, mais elle t'aime. "

 "Je sais ..."

 "Alors donne-lui une chance de s'expliquer, Gabrielle. Je ne suis pas allée la voir, mais des gardes m'ont dit qu'elle avait l'air d'avoir perdu sa meilleure amie." Elle serra les épaules de la barde. "Et elle pense que c'est ce qu'il s'est passé, tu sais. Hé, nous ferions mieux d'y retourner."Elle fut étonnée que Gabrielle l'étreigne.

"Je suis désolée que tu aies été blessée, Solari, mais je suis contente que tu ailles bien. Merci d'être mon amie."

"Je serai toujours ton amie, Gabrielle, ne l'oublie jamais. Pour ma part, je pense que Xena a été influencée par les dieux. Mais pour l'instant tu as une autre amie qui a besoin de ta plus grande aide."

La barde hocha la tête et se détacha. "C'est presque l'heure, hein?"

"Ouais, allez, je te ramène."

Elles retournèrent ensemble à la cantine, provoquant  encore plus de commérages parmi les  Amazones. Le soutien de Gabrielle envers Xena était évident et maintenant Solari soutenait apparemment la reine, amenant davantage de questionnement sur la sévérité de la sanction.
 Gabrielle  reprit sa place à la barre et attendit que Luna posât sa première question.  L'avocate brune lui sourit.

"Peux-tu nous raconter la première fois que tu as rencontré Xena?"
 "C'était juste à la sortie de mon village natal de Poteidaia. Le chef de guerre Draco avait fait plusieurs prisonniers parmi nous et allait nous vendre en esclavage. Xena est sortie du bois, vêtue de rien, excepté de son corset en cuir, sans armes, et est venue à notre secours." elle sourit à ce souvenir.  "Elle ne me connaissait pas, ni ma sœur, ni les autres filles de notre village mais elle a combattu une douzaine d'hommes pour nous sauver."

La foule recommença à chuchoter jusqu'à ce qu' Andro frappât sur la table. Luna s'éclaircit la gorge.

"Alors, elle n'avait aucune idée de qui tu étais et pourtant elle a risqué sa vie pour te sauver?"

 "Oui." dit-elle fièrement en regardant Xena, qui lui sourit imperceptiblement.

 "Et plusieurs fois elle a privilégié la sécurité des autres avant la sienne, n'est-ce pas?" demanda Luna qui récitait les questions de la liste de Gabrielle.

"Oui, elle a toujours risqué sa vie pour les autres. En fait, quand elle est morte ..." elle  regarda par terre devant l'horrible souvenir du corps meurtri de Xena couché dans le sarcophage. "Elle a essayé de sauver un jeune villageois qu'elle ne connaissait pas." La douleur du souvenir se voyait clairement sur le visage de la barde.

 "Nous essayons toujours de rendre le monde meilleur. Ses besoins personnels venaient en second. On ne dirait pas du tout une chef de guerre impitoyable, n'est-ce pas?"

 Luna commençait à avoir plus d'assurance grâce aux questions qu'on lui avait données.

 "Il y a eu un incident où vous avez trouvé un bébé qui s'est avéré être finalement l'héritier du trône, c'est exact?"

 "Oui ... Xena a attendu d'être certaine que le roi Gregor n'essayerait pas de tuer le bébé, et elle s'est retournée contre lui."

"Elle ne s'est pas juste retournée contre lui pour en finir?"

 "Oh non, elle s'est d'abord assurée que le bébé était en sécurité."

"Je vois." elle regarda de nouveau les questions et secoua la tête. "Gabrielle, parlons du temple de Thessalie." la barde eut l'air gêné. Ce n'était pas une question de sa liste. "En fait ..." Luna leva les yeux vers le tribunal. "S'il cela ne gêne pas la cour, j'aimerais rappeler Ephiny à la barre pour cette question et revenir ensuite à la reine."

 "Et pour quelle raison? J'ai cru comprendre que Gabrielle était dans le temple." dit Andro.  "Elle peut répondre à toutes tes questions."
"Je crains que non, si le tribunal m'accorde cette petite indulgence ..." Les juges chuchotèrent entre eux et hochèrent la tête. Gabrielle retourna s'asseoir pendant qu'Ephiny se dirigeait vers la barre. Elles échangèrent le même regard gêné. Luna sourit et reporta son attention sur l'Amazone blonde.

"Ephiny, tu étais là quand Gabrielle a été amenée ici, grièvement blessée, n'est-ce pas?"
 "Oui, elle avait été poignardée avec une épée et était proche de la mort. En fait, elle m'a transmis son droit de caste juste au cas où."

 "Et elle est morte, est-ce exact?"

"Oui, elle a cessé de respirer et son cœur s'est arrêté de battre." Xena baissa la tête en souvenir de ce jour douloureux.

"Ephiny, peux-tu décrire la réaction de Xena devant la reine agonisante?"
Un intense silence emplit la salle et les femmes se penchèrent pour mieux entendre. Gabrielle se pencha aussi. Le souvenir de cet événement était flou et Xena avait toujours refusé d'en parler, sauf pour dire qu'elle était contente qu'elle en fut sortie. La régente prit une profonde inspiration.

 "Gabrielle commençait à avoir des difficultés à respirer. Elle est morte dans les bras de Xena ... les prêtres lui ont dit qu'il n'y avait rien à faire, d'autres lui ont dit de laisser partir Gabrielle."

 "Et elle a fait?"

"Non, elle ... elle n'a pas pu. Elle répétait à Gabrielle de se battre, juste de se battre. J'avais du mal à entendre tout ce qu'elle disait."

"Et pourquoi?"

"Elle était trop bouleversée ... elle pleurait." La foule repartit en murmures.
 "Xena pleurait. L'avais-tu déjà vue pleurer avant?"

"Non, jamais. Si tu la connaissais, tu saurais qu'elle ne pleure jamais, ça n'est pas dans sa nature."

"Pourtant, elle a pleuré quand elle a cru avoir perdu Gabrielle?"

"Elle a fait plus que pleurer, elle était pratiquement hystérique. J'ai alors réalisé à quel point Xena l'aimait." Elle regarda la défense et fit un bref sourire. "Je crois qu'elle aurait combattu Hadès en personne pour faire revenir Gabrielle."

Gabrielle se pencha en avant et posa sa main sur l'épaule de la guerrière. "Je ne savais pas."  murmura-t-elle.

 "J'essaie de ne pas repenser à ce jour." Xena se tourna un peu sur son siège pour faire face à la barde. "C'est un de mes pires souvenirs. Je venais de ... quand j'ai cru que je t'avais perdue ..."

"Ma reine, je dois vraiment te demander de ne pas parler à l'accusée." Gabrielle serra l'épaule de la guerrière et se rassit sur son siège. La juge hocha la tête pour que Luna poursuive.

"Alors, quand tu as entendu que Xena avait enlevé et agressé Eponin et Solari, tu n'y as pas cru?

 "Non, je n'en revenais pas que la personne qui s'était tellement battue pour sauver la vie de Gabrielle ait changé soudain." répondit Ephiny.
 "Alors, peux-tu expliquer la raison pour laquelle elle a agi de la sorte?"

"Je crois ce que Gabrielle a dit, que les dieux sont impliqués. Il n'y pas d'autre raison."

 "Donc, même si c'est Xena qui a commis ces crimes, crimes qu'elle a avoués, tu crois que jamais elle ne les aurait commis si les dieux n'avaient pas été impliqués?

 "Exactement" répondit fermement Ephiny.

"Objection." s'exclama Symra en se levant. "Il n'y a aucune preuve que les dieux sont impliqués et Xena a déjà avoué ses crimes. Elles ne font que nous embrouiller pour l'empêcher d'être punie de le peine de mort."

 "Ai-je besoin de rappeler à toutes les personnes concernées que le but de cette audition n'est pas de déterminer la culpabilité ou l'innocence de Xena, mais plutôt de déterminer la sévérité de son châtiment?" dit Andro. "Il ne fait aucun doute qu'elle a commis les crimes en question mais la peine ne doit pas seulement être proportionnelle aux crimes, on doit prendre en compte ses raisons." Et elle fixa son regard sur l'Amazone rousse. "Tu sembles tout aussi apte que la défense à ça."

 "Je n'ai plus de questions pour le moment." dit Luna.  La régente hocha la tête et quitta la barre.

"Je crois que nous en avons assez entendu pour la journée. Nous reprendrons demain." dit Andro en se levant. Les deux autres juristes la suivirent vers l'entrée principale. Les gardes Amazones firent se lever Xena et sortirent par la même porte. Xena s'arrêta juste à la sortie et se retourna pour regarder Gabrielle.

 "S'il te plaît viens me voir. Je ... ll faut que je te parle."

 "Allons y." déclara l'une des gardes, bousculant légèrement la guerrière.

 "Je le ferai."La voix de Gabrielle était étouffée par le bruit de la foule. Cette fois elles ne prirent même pas la peine d'attendre de quitter la salle pour parler de l'affaire. Il fallut une bonne marque de chandelle pour que la cabane fut enfin vide afin de mettre en place le déjeuner. Bien sûr, ça n'empêchait pas la majorité du personnel de cuisine d'être pris dans les conversations des femmes qu'il tentait de faire sortir.

Gabrielle retourna à sa cabane et échangea son costume de reine pour ses vêtements habituels. Elle était en train d'attacher la cordelette de son haut quand elle entendit frapper doucement à la porte. "Entrez" Ephiny entra et referma la porte derrière elle.

 "Tu vas bien? Tu as l'air un peu ébranlé par le témoignage d'aujourd'hui." dit la régente.  Gabrielle lui fit signe de prendre place à la table et lui donna une chaise.

 "Elle n'a jamais parlé de ça. Je veux dire, je savais qu'elle était triste, mais ...."

"Mais tu ne savais pas qu'elle était si bouleversée? Gabrielle, quand je l'ai vue craquée dans ce temple, j'ai compris à quel point tu étais plus qu'une amie pour elle."

"Je l'aime. Je ... quand elle a retrouvé la mémoire, j'ai voulu qu'on s'enfuit, qu'on s'éloigne le plus possible des Amazones."

"Tu voulais la protéger." La barde hocha la tête et regarda la table."Gabrielle, c'est ce qu'elle a fait en venant ici, quand elle a avoué ... Elle ne fait que te protéger depuis qu'elle a retrouvé la mémoire."  Elle croisa les mains et soupira.

 "Je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais tu n'as pas été la voir depuis le début des audiences."

"J'attendais d'être prête." Elle fit courir son doigt le long d'une fissure dans le bois. "Je ... Je ne sais pas quoi lui dire."

 "Dis-lui juste la vérité. Dis-lui ce que tu ressens vraiment, tout cela. Elle a besoin de l'entendre autant que tu as besoin de le lui dire."

 "Et si ... et si elle ne se ressent pas la même chose?" Son doigt continuait de tracer le contour de la fissure.

"Eh bien, tu sauras. Et connaître la vérité n'est il pas mieux que de passer le reste de sa vie à la deviner? Dis-lui, Gabrielle. Ravale ta peur et dis-lui ce que tu ressens."

Elle posa sa main sur le bras de la barde. "Je suis là si tu as besoin."

"J'apprécie, Eph." dit-elle avant de se lever lentement.

Gabrielle passa par la forge avant de se rendre à la prison et ne put s'empêcher d'entendre le nom de Xena. Curieuse de savoir ce qui se disait, elle s'approcha.

"Ephinya  a posté Dyna et Alessa au mur sud pour les trois prochaines lunes." dit une voix.

"Au moins, elles sont assez intelligentes pour rester calmes. Elles savent ce que protéger veut dire." dit une autre voix.

Gabrielle reconnut la femme aux cheveux gris qui tenait l'épée le premier jour du procès. Debout dans l'ombre à l'extérieur de la cabane, elle avait une vue claire sur la demie-douzaine de femmes à l'intérieur sans qu'elles la voient. Dans le long tablier et les gants en cuir, il devait s'agir de la forgeronne.
 "Tu l'as bien eue aussi, Gryne. D'où tu sors ce gant?" Demanda une Amazone blonde dont elle ne connaissait pas le nom. La forgeronne éclata de rire.
"Je l'ai conçu moi-même il y a des années. Ca m'a pris une éternité pour enlever son sang." Elle riait toujours. "Si Ephiny n'était pas si molle et mettait ses responsabilités envers la nation Amazone plutôt qu'envers ses amitiés, nous n'aurions pas eu à faire les choses à notre manière. Maintenant on ne peut plus s'approcher d'elle. Elle fait surveiller Xena par llanna la nuit et elle ne nous laissera pas entrer "

 "Gryne." dit Gabrielle en sortant de l'ombre. Les Amazones se tournèrent aussitôt et la regardèrent nerveusement.

 "Reine Gabrielle." dit doucement la forgeronne. "Que puis-je faire pour toi?" elle jeta des regards à ses amies qui toutes se demandaient en silence si elle avait entendu leur conversation.

 "Je te veux sur le terrain d'entraînement ... maintenant!" ses yeux verts brillaient de colère, leur montrant bien qu'elle avait entendu au moins une partie de leur conversation.

 "Je euh ... je suis assez occupée aujourd'hui, ma reine, peut-être..."
"Tout de suite Gryne. Tu n'es pas si occupée vu que tu peux papoter avec ta bande. Et tu ne prévois pas de refuser un ordre de ta reine?" Elle aurait aimé avoir son bâton avec elle, mais en fut finalement heureuse car sa rage était aussi forte que lorsqu'elle avait pourchassé Callisto pour venger la mort de Perdicus.

"Non, bien sûr que non."Elle jeta un oeil à ses amies, se sachant en difficulté et enleva son tablier et ses gants. Gabrielle tourna les talons et se précipita vers le terrain d'entraînement sans prendre la peine de regarder en arrière. Elle savait qu'elles la suivaient toutes.

Eponin était appuyée contre une selle et montrait à de jeunes Amazones un nouveau coup au bâton quand elle vit s'approcher Gabrielle avec un air sérieux, suivie par une demi-douzaine d'Amazones. La barde adoucit ses traits et se dirigea vers l'une des jeunes filles.

 "Puis-je utiliser ça un instant?"
"Bien...bien sûr, ma reine." répondit la jeune fille en lui tendant son bâton.  Gabrielle fit une petite caresse sur la tête de la jeune fille et retrouva la sensation de l'arme, un peu plus petite que la sienne, mais tout à fait utilisable.

 "Merci." La barde se tourna vers Eponin. "J'ai besoin du terrain."

 "Ma reine, ce n'est pas nécessaire." dit Gryne.

"Qu'est-ce qui se passe?" Demanda la guerrière en attrapant ses béquilles. Une des jeunes filles souleva la selle.

 "Dis-lui, Gryne." Dit Gabrielle. "Dis-lui comment toi et tes amies avez battu Xena quand elle était enchaînée et sans défense."

 "Quoi?" demanda Eponin en regardant ses amies. Elle avait bien sûr entendu parler de l'agression, mais personne ne savait qui était responsable, sauf Dyna et Alessa, et elles refusaient de le dire.

 "Elle le méritait et bien plus encore, Gabrielle." dit Gryne, recevant plusieurs hochements de tête de ses amies. "As-tu oublié qu'elle t'a frappée toi aussi? Ou crains-tu toujours la puissante Xena?"

 "Choisis ton arme, Gryne." La barde souleva son bâton avec colère.
"Attends un instant." Eponin clopina avec ses béquilles pour se mettre entre elles.  "Gryne, ce qu'elle dit est vrai? Tu as fait ça?"

 "Ep, regarde ce qu'elle t'a fait. Comment oses-tu remettre en question ce que nous avons fait? Elle t'a attaquée, tu as été laissée pour morte."

"Prends une arme." répéta Gabrielle en prenant une position de combat. Eponin regarda l'une puis l'autre avant de revenir à la forgeronne.

 "Gryne, tu savais qu'Ephiny allait lui faire un procès. La justice aurait été faite."

 "Justice? Je lui ai fait justice. Je lui ai fait mal comme elle t'a fait mal, Ep. Regarde-toi, tu ne peux même pas marcher sans aide. Où est la justice là-dedans? Xena méritait bien pire que ce que nous lui avons fait. Comment peux-tu penser le contraire? " Elle reporta son attention sur la reine. "Et toi ... tu es tellement ... Je ne sais pas ce qu'elle t'a fait pour que tu ne vois pas à quel point ce que nous avons fait était juste. Elle a essayé de tuer Ep et Solari. Tu ne te soucies même pas d'elles? "

"J'ai risqué ma vie pour les sauver, Gryne." répondit Gabrielle en conservant sa position. "J'ai combattu Xena pour les protéger quand elles sont tombées. Ne m'accuse JAMAIS de ne pas essayer de protéger mes Amazones."

"Oui, comme tu les protèges au procès? Oh Xena m'a sauvée la vie, oh Xena-ci Xena-ça. Pourquoi ne pas la recommander à l'Olympe pour qu'elle devienne déesse?" Dit la forgeronne avec sarcasme.

"Gryne, c'est toujours la reine." la mit en garde Eponin.

 "Une reine qui a un faible pour les seigneurs de guerre." Railla l'Amazone aux cheveux gris. Sans tact et sans savoir quand il fallait arrêter, elle poursuivit.

 "Tu ne peux pas me combattre, jeune fille. Avant de devenir forgeronne j'étais experte en épée."

"Peux-tu te battre contre quelqu'un qui n'est pas attaché?" répondit la barde.

 "Je peux te combattre n'importe quand. Tu devrais en faire un défi royal, au moins nous aurions une reine qui saurait vraiment nous diriger et pas seulement venir ici en coup de vent quand elle en a envie."

Les amies de Gryne traînaient des pieds et se regardaient les unes les autres. La situation devenait inextricable. C'était une chose que de frapper Xena, une autre de menacer la reine.
"Bien sûr, toi tu es ce dont a besoin la nation Amazone, quelqu'un qui attaque les gens quand ils sont enchaînés et sans défense." Ironisa Gabrielle, énervée comme jamais.

 "Gryne ..." dit sévèrement Eponin.

"Laisse tomber, Ep. Je n'en reviens pas que tu te ranges à ses côtés. Être paralysée par Xena ne veut donc rien dire pour toi? Ou bien es-tu devenue aussi douce qu'Ephiny?"

 "Xena a avoué ses crimes et a fait face au tribunal. Elle aura son châtiment." grogna l'Amazone. "Je comprends pourquoi tu as fait ça, mais cela va trop loin. Gabrielle est autant victime que moi."

 "Vraiment? En es-tu sûre, Ep? Peut-être qu'elle est de connivence avec Xena. Peut-être que c'était un plan pour récupérer les dinars."

"Tu ne le penses pas."

"Tout ce que je sais, c'est ce que j'ai vu à la barre aujourd'hui. Elle a pratiquement professé son amour pour cette catin. Quel est le problème, Gabrielle? Tu es toute excitée par Xena?"

 "Gryne! Ça suffit! Va t'en." L'une des Amazones posa sa main sur l'épaule de la forgeronne, l'exhortant silencieusement à se raviser.

"Je n'en reviens pas, Eponin. Je croyais que nous étions amies. Comment peux-tu prendre son parti? Le parti de Xena?" demanda l'Amazone aux cheveux gris en repoussant brutalement la main de son amie.

"Es-tu heureuse d'enseigner aux petites filles comment utiliser un bâton? Ou peut-être que toi aussi tu as le béguin pour Xena!" Elle attrapa l'épée de l'une de ses amies. "Allez, Gabrielle! Tu veux venger Xena?  Tu veux protéger la femme qui t'a agressée, qui a agressé tes amies, qui t'a prise en otage? Viens!" Elle fit tourner l'épée dans ses mains expertes.

 "Tu n'es pas digne d'un défi royal." Lui répondit Gabrielle, se déplaçant de sorte qu'Eponin ne fut plus sur son chemin.

 "Très bien, juste toi et moi." éclata la forgeronne en s'approchant. Elle baissa violemment son épée. Gabrielle leva son bâton pour parer le coup. Xena s'entraînait souvent avec la barde mais la jeune reine se retrouvait toujours à genou sous la force des coups. Elle pliait les jambes et roulait avant de se relever. "Viens Gabrielle, c'est toi qui as commencé."

"C'est toi qui as commencé quand tu as agressé Xena sans lui laisser une chance de se défendre." répliqua la barde. Eponin recula au bord du terrain, laissant toute la place aux deux femmes.

"Elle a agressé Eponin et Solari. L'as-tu oublié?" cria Gryne.

"Je n'ai pas oublié. Je te l'ai dit, les dieux ont volé sa mémoire."

 "Eh bien, elle semblait avoir assez de souvenirs pour se confesser."
Elle donna un coup d'épée mais la reine recula rapidement et balança son bâton, faisant claquer la pointe de l'épée dessus.

 "Quand elle a récupéré la mémoire, elle s'est souvenue de tout. Elle se sent très mal pour ce qui arrivé, c'est pourquoi elle est venue ici se rendre."

 "Comme tu dis. Elle mérite de mourir." La foule s'épaississait alors que la nouvelle du combat se répartissait dans tout le village.

 "Pourquoi? Pour ce qui ne serait jamais arrivé si les dieux n'étaient pas intervenus?" Elle regarda brièvement la foule.

 "Xena a sauvé ce village ... deux fois. Si ça ne lui laisse pas une chance alors quoi par le Tartare?"

Elle bloqua un autre coup. La foule grossissait, certaines femmes encourageaient Gabrielle, d'autres acclamaient Gryne mais la majorité discutait sur la déclaration de la reine. La bataille se poursuivait, les deux femmes frappant violemment. La forgeronne donna un violent coup à droite de Gabrielle, hors de portée, ce qui fit pencher le bâton et déséquilibra la barde. Gryne en profita pour jeter un pied contre la poitrine de Gabrielle, l'envoyant par-terre. La force de l'impact la fit lâcher le bâton qui se déporta loin d'elle. La forgeronne laissa tomber son épée, sachant très bien qu'elle ne pouvait se permettre de vaincre la jeune femme à mains nues. Elle se jeta sur Gabrielle mais la barde se mit à genoux au dernier moment et attrapa Gryne par le ventre. Ses cuisses bien développées propulsèrent la forgeronne en arrière, ce qui permit à Gabrielle de se remettre debout. Son bâton n'était pas si loin mais le récupérer permettrait à Gryne de reprendre son épée.

"Arrêtez!" Hurla Ephiny dans la foule, Ilanna derrière elle. L'adrénaline retomba du corps de la barde et elle tomba à genoux pour reprendre son souffle. L'Amazone à la peau foncée prit l'épée de la main de Gryne pendant que la régente s'approchait de Gabrielle.

"Qu'est-ce qui se passe ici?"

"Elle m'a mis au défi. J'ai accepté, c'est tout." La forgeronne se frottait les côtes, encore secouée par le coup de la barde.

 "Elle ... c'est elle qui... qui a agressé Xena dans la prison."Gabrielle essayait toujours de reprendre son souffle. Ephiny se tourna devant Gryne.
 "Est-ce vrai?"

 "Elle dirait n'importe quoi pour protéger cette ... Xena, tu le sais."Elle regarda ses amies pour qu'elles la soutiennent. Dyna et Alessa étaient depuis trois lunes au pire endroit du village et elles n'avaient fait que laisser entrer les femmes dans la cellule. Gryne préféra ne pas imaginer ce qu'elle allait prendre pour avoir mener l'attaque. Ephiny regarda les autres. Les partisanes de la forgeronne fixaient le sol, hésitant à avouer et ne voulant pas mentir à leur régente. La foule chuchotait, personne n'avait pas entendu la confession de Gryne avant le début du combat. Ephiny regarda Eponin.

"Ep?" Tous les yeux se tournèrent vers l'Amazone. Elle remua sur ses béquilles et regarda tour à tour Gryne et Gabrielle.

 "Une guerrière n'est rien si elle n'est pas honorable. Gabrielle dit la vérité. Gryne est impliquée dans l'agression de Xena. Elles aussi."Elle montra les amies de la forgeronne.

 "Alors maintenant, tu retournes ta veste, hein Eponin?"  grogna la forgeronne.

 "Et toi qui agresses une personne attachée et sans défense." rétorqua l'Amazone. "Xena s'est battue avec moi en tout honneur et j'ai pu me défendre. Les Amazones ne font pas justice de leurs propres mains. Nous avons des codes et des lois. Je ne dis pas j'ai été désolée d'apprendre que Xena avait été agressée, mais tu as eu tort. "

 
PARTIE 6


 Xena se leva rapidement, ignorant la douleur de ses côtes, quand la porte de sa cellule s'ouvrit. Gabrielle entra et resta là, la peur et la nervosité l'empêchant de bouger. Pendant plusieurs battements de cœur, aucune des deux ne fit un geste ni ne dit un mot. Finalement, ce fut la guerrière qui retrouva sa voix.

 "Approche."dit-elle doucement. La barde n'eut pas besoin qu'on lui dise deux fois. Elle traversa la cellule et se jeta dans les bras de la guerrière avant d'enfouir son visage dans son cou. Le mouvement l'atteignit aux côtes mais la guerrière n'y prêta pas attention. Elle enroula ses bras autour de Gabrielle et la serra fort. Elle avait peur de la lâcher et que la barde ne disparaisse. Rien d'autre ne comptait pour elle que d'enlacer la jeune femme. Elle enfouit son visage dans les cheveux blonds et inhala le parfum qui lui avait tant manqué, le parfum de sa Gabrielle. Xena voulait rester comme ça, juste elle et sa barde bien-aimée. Pas d'Amazones, pas de dieux, rien d'autre que la femme qu'elle aimait dans ses bras.

Tant de choses étaient arrivées entre elles et tellement plus à venir. Indépendamment de ce qui s'était passé lors du procès, Xena savait qu'elle ne pouvait pas prendre de risques, ne pouvait plus attendre pour avouer ses sentiments. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et dit les mots qui étaient tant de fois restés coincés dans sa gorge.

 "Gabrielle ... Je t'aime." murmura-t-elle, sentant le poids des mots quitté son âme. Xena inhala fortement quand elle sentit les bras autour d'elle serrer ses côtes blessées.

"Ô dieux, je suis désolée." s'écria la barde, relâchant l'étreinte.
"Chut, ça va." répondit-elle, resserrant son emprise. "Ca vaut la peine. Tu m'as manquée." Elle s'efforça de ne pas laisser montrer sa déception quant à la réaction de la jeune femme.

"Je t'aime aussi, mais nous devons parler." souffla Gabrielle dans le cou de la guerrière, ne saisissant pas la profondeur de sa déclaration. Xena hocha la tête et relâcha la jeune femme. Puis elle s'arma de courage pour toutes les mauvaises nouvelles que la barde allait lui révéler. Elle s'assit sur le lit, sa jambe gauche allongée à cause de la courte chaîne qui la reliait au sol. Gabrielle croisa les siennes à côté d'elle.

 "Xena, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu te souvenais de tout? Pourquoi m'as-tu menti?"

 "Je ..." Elle baissa les yeux sur ses genoux, essayant de trouver les mots justes. "Je ne pouvais pas ... quand j'ai revu tout ce que je t'ai fait ... comment je t'ai blessée... utilisée..." La honte qu'elle ressentait se voyait sur son visage. "Comment peux-tu rester près de moi après ça?"

 "Tu n'as pas répondu à ma question, Xena." dit Gabrielle doucement.

"Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?" Elle effleura la joue de la guerrière.

 "Je ... J'ai eu peur ... après tout ce qui s'était passé, j'étais sûre de t'avoir perdue...surtout quand nous allions rejoindre les Amazones et que nous nous sommes battues avec les esclavagistes. Tu m'as fait y aller pour être capturée."

La barde baissa la tête à la véracité de cette remarque. C'était une bonne idée à ce moment-là mais Gabrielle avait l'impression de l'avoir trahie.
 "Alors tu es venue vers moi et ... je ne savais pas ce que tu allais faire. C'était plus facile de faire semblant que de se souvenir."

"Alors, pourquoi es-tu venue ici alors? Tu savais forcément qu'un piège t'attendait."

Elle lui caressait toujours la joue, évitant les blessures.

 "Tu aurais du me le dire. Nous aurions pu aller à Athènes, n'importe où sauf ici. Tu aurais été en sécurité." La guerrière leva enfin la tête et fixa les yeux verts, étonnée de la quantité de douceur et d'amour qu'ils reflétaient.
 "Quand j'ai compris que tu allais m'aider à fuir ... je n'ai pas pu te laisser faire. Je devais affronter mes crimes. Je ne pouvais plus fuir, Gabrielle. Je ne pouvais pas faire de toi une fugitive. " Je ne pouvais pas te laisser finir comme moi." pensa la guerrière.

"Très bien." La barde hocha la tête. "Nous ne pouvons pas changer ce qui est arrivé. Ce qui compte maintenant c'est te sortir de ce pétrin." Xena remarqua le début d'une ecchymose en haut de la poitrine de Gabrielle.

 "Qu'est-il arrivé?" demanda-t-elle, inquiète.

"J'ai trouvé les femmes qui t'ont agressée et j'ai défié l'une d'elle dans un combat."

 "Tu as fait quoi? Tu t'es battue avec quelqu'un?"

Le bruit de nouveaux prisonniers menés à leur cellule remplit le couloir.
 "Gabrielle, tu aurais pu être blessée." C'était le ton qu'elle utilisait quand elle n'était pas là pour venir en aide à sa barde.

 "Je vais bien, Xena. Ephiny est intervenue et a tout arrêté." Son doigt se déplaça de la joue de la guerrière à ses lèvres, effleurant légèrement les points de suture. "Ça fait mal?"

La sensation des doigts de la barde sur ses lèvres accéléra la respiration de Xena.

 "Non, ça ne fait pas mal." murmura-t-elle en se reculant un peu, les yeux baissés. "Pas autant que ne pas te voir. Je suis heureuse que tu sois venue." elle releva les yeux vers la barde et prit une profonde inspiration. 
"Gabrielle,  à propos de ce qui s'est passé..."

"Chut, ça va, Xena. Je comprends." Sa voix était teintée de tristesse. "Tu as fait ce que font les seigneurs de guerre. Prendre l'avantage."
 "Ce n'était pas cela ... enfin, au début si, mais ..."

 "Tu n'as pas à te justifier." Elle se prépara psychologiquement au rejet à venir. "Je sais que tu ne ressens pas la même chose que moi."

"Gabrielle …" Xena voulut s'approcher mais la barde recula.

"Non, Xena. Tu n'es pas obligée de faire ça. Tu n'as pas à prétendre que cela signifiait quelque chose pour toi." Son visage ne cachait en rien la douleur qu'elle éprouvait. C'était à cause de ça qu'elle avait évité de venir voir la guerrière. Une discussion qu'elle refusait tant d'affronter.

 "Je t'aime." répéta la guerrière. Elle reçut une petite claque sur la cuisse et Gabrielle secoua la tête.

 "Je sais, tu m'aimes comme une amie, comme une petite sœur, comme n'importe quoi sauf comme moi je t'aime. Ca ne veut rien dire pour toi Xena, mais cela signifie beaucoup pour moi." Elle recula encore quand la guerrière tenta de la prendre dans ses bras.

"Non, laisse-moi finir." Elle renifla et eut un petit rire. "Lorsque tu t'es approchée de moi dans cette grotte ... je voulais ... j'avais si désespérément besoin de croire que tu me trouvais attirante, que tu me désirais comme je te désirais."

Xena avait perdu la parole, les mots de Gabrielle lui révélait une réalité qu'elle n'avait jamais osé espérer.  Gabrielle poursuivait, ses émotions la conduisant à tout lui dire devant son secret découvert.

 "Tu sais pourquoi j'ai renoncé? Tu le sais?" Elle se mit à genoux et s'approcha, son souffle caressant le visage de la guerrière. "J'ai renoncé parce que je savais que c'était l'unique chance que j'avais de te montrer combien je t'aimais. J'ai peut-être eu tort mais je ne vais pas m'en excuser." Elle se rassit, baissa la tête et le silence s'installa entre elles. "Quand ... quand je t'ai touchée ... quand je t'ai donné du plaisir ... ça ... ça m'a plu aussi, tu trouves cela normal?"

 "Oui... Gabrielle ..." Elle prit la main de la barde, puisant sa force dans ce contact.

 "Je donnerais n'importe quoi, ferais un marché avec le dieu qui l'accepterait, si cela signifiait que je pouvais effacer ce qui s'est passé ce dernier quart de lune. Tu es tout pour moi, tout."  Elle serra la main de la barde pour accentuer ses propos. Gabrielle tenta de la retirer mais Xena la tenait fermement.

"Comme tu ne venais pas me voir ... J'étais persuadée de t'avoir perdue à jamais."

Elle ferma les yeux et se souvint de sa cellule vide, suppliant Gabrielle de venir.

 "Rien ne comptait sauf ce que je t'avais fait." Elle relâcha la main de la jeune femme et fut surprise de constater que la barde ne la retira pas. "Ca voulait dire quelque chose aussi pour moi. Je n'ai jamais... ressenti ça avant."

"Quoi donc?" demanda doucement Gabrielle, espérant contre toute attente. 
"Dis-moi."

Pendant un long moment de silence, Xena regarda dans le vide, son pouce continuant de caresser la paume de la barde. La caresse provoqua une agitation au fond de Gabrielle et elle dut refermer sa main autour du doigt. Elle avait besoin de savoir. Elle avait besoin de savoir exactement ce que ressentait Xena.

"Dis-moi." Elle l'exhortait, suppliant silencieusement la femme qu'elle aimait.
"Je ... je me suis sentie aimée." elle leva les yeux pour fixer les yeux verts. "Je ne savais pas pourquoi, mais je savais que tu m'aimais. Et ... j'ai apprécié, sans comprendre."

 "Et maintenant?" Elle demanda prudemment alors que son cœur explosait.
 "Maintenant, je comprends." dit-elle, en tirant les mains jointes sur sa poitrine. "Je comprends que tu es la seule personne que je laisserai m'aimer. Je t'aime, Gabrielle. Non pas comme une sœur ou une amie mais comme une femme, la seule femme que je pourrais jamais aimer."

 "Vraiment?" la barde avait les yeux embués. "Tu ... tu ne dis pas ça comme ça? Tu m'aimes vraiment?" Des lunes et des lunes à souhaiter, espérer, rêver ce moment qui arrivait enfin, Gabrielle était submergée par le flot d'émotions. Une larme coula sur sa joue comme elle se rapprochait assez près pour sentir la chaleur rayonnante de la femme aux cheveux corbeau.

 "Vraiment" Xena serra la main de Gabrielle et attira la jeune femme sur ses genoux. Elle prit le visage de la barde dans ses mains et ses pouces essuyèrent les larmes salées qui coulaient sur le visage de Gabrielle. Avec une infinie lenteur qui les tortura toutes les deux, la guerrière baissa la tête jusqu'à ce que ses lèvres entrent en contact avec la douceur sucrée de la femme qu'elle aimait. Le point de suture sur sa lèvre et la pression du baiser firent mal à la guerrière mais aucune des deux ne fit attention au temps et à l'espace qui s'éloignaient, leur monde se réduisant au délicieux baiser. Encore et encore elles partagèrent l'intimité de leur premier vrai baiser, la première expression de leur amour mutuel, la première union de leur âme. Le doux contact se poursuivit ce qui sembla à la fois une éternité et un bref instant et leurs craintes se dissipèrent, remplacées par la sécurité de savoir que quoiqu'il arriverait, elles le vivraient ensemble. Elles se murmuraient des "je t'aime" heureuses d'être dans les bras l'une de l'autre. Leurs échanges reflétaient l'amour, non le désir, et ni l'une ni l'autre ne tenta d'approfondir les baisers, sachant que ce n'était ni le lieu ni l'heure pour aller plus loin.
Quand elles se séparèrent enfin, Xena s'adossa au mur, sa précieuse Gabrielle toujours contre elle. Une main puissante caressait ses cheveux blonds tandis que les doigts de la barde traçaient de grandes lignes sur l'épaule de Xena.

"Ca va aller, Gabrielle. Quoi qu'il arrive, tout ira bien." dit-elle rassurante en embrassant le front de la barde. Elle fut remerciée par des lèvres contre son cou.
 "Oui, on va s'en sortir ensemble." Xena l'installa mieux dans ses bras et elles restèrent ainsi blotties l'une contre l'autre, toutes deux perdues dans la béatitude absolue de l'amour réciproque.


Le crépuscule tombait sur le village et Ilanna arriva à la prison pour remplacer la garde de jour.

"La reine est avec elle, mais elles sont très discrètes." La garde remit les clés à l'Amazone noire. Ilanna hocha la tête et prit son poste devant la porte de la cellule. Une bonne marque de chandelle plus tard, Gabrielle demanda à sortir. Même dans la sombre lumière des torches, son visage rayonnait de bonheur. Lorsque l'Amazone jeta un oeil sur Xena un peu plus tard, elle la trouva tranquillement endormie au lieu de la voir encore se débattre contre ses chaînes. Manifestement leur entretien avait été productif. Ilanna s'assit sur un tabouret près de la porte de la cellule et se détendit. Les autres prisonniers étaient gardés par deux Amazones, de sorte que sa seule responsabilité était de garder un oeil sur Xena. Elle savait qu'elle n'avait à se soucier de rien cette nuit.

Les femmes étaient tassées dans la cabane, plus serrées que jamais, quand Luna se leva pour poser sa première question à la jeune reine.
"Gabrielle, as-tu déjà rencontré la mort?"
 "Tu veux dire la sœur d'Hadès, célesta. Oui ... deux fois."
 "La première fois, c'était dans le temple, en Thessalie, peux-tu nous parler de l'autre fois?"
Gabrielle hocha la tête et prit l'air qu'elle avait généralement avant de raconter une histoire.

"Tout a commencé quand Xena et moi sommes tombées sur Toxée et ses hommes ...." A mesure qu'elle parlait, la barde attirait davantage la foule à l'intérieur, fascinée par le récit de Xena et leur reine sauvant la sœur du Dieu des enfers du roi Sisyphe. Son but était d'exprimer très clairement ses sentiments quand Xena l'avait secourue après la mort de Talus.

 "Bien sûr qu'elle a aidé Hadès." grogna Symra en se levant. "Elle lui a donné assez de boulot ces derniers étés."

"Elle était la seule à connaître assez le roi Sisyphe pour lui éviter la mort. Elle a risqué sa vie pour sauver le monde." répondit Gabrielle. Andro dévisagea la procureur.

"Symra, tu as eu ton tour pour poser tes questions. Arrête de l'interrompre." L'Amazone rousse la fixa brièvement avant de reprendre sa place. Elle aurait une autre occasion d'interroger la reine, et alors elle obtiendrait les réponses qu'elle voulait. Luna fit un petit sourire au tribunal et reporta son attention sur la reine.

 "Une des raisons pour laquelle tu as le sentiment que les dieux sont impliqués, c'est la façon dont elle t'a traitée."

"Oui, elle ne me reconnaissait pas, n'avait aucune idée de qui j'étais."

"A-t-elle fait quelque chose pour énerver les dieux?"

Gabrielle fit un sourire complice à son amie,. "Xena est très douée pour énerver les dieux. Pas seulement Ares. Elle a donné beaucoup de raisons à Poseidon d'être énervé contre elle. Elle a aidé Ulysse contre les Sirènes pour retourner à Ithaque, sans parler de ce qu'elle a fait à Cécrops."

"Ah oui, la Malédiction du Marin perdu. Tu as été poussée dans ce bateau, n'est-ce pas?"

 "Oui."

"Et une fois à bord de ce navire, tu as été maudite comme le reste de l'équipage?"

"Oui, si j'avais quitté le navire, j'aurais été tuée sur le coup."

"Et Xena était au courant de cette malédiction avant de monter à bord?"

 "Sans aucune hésitation." dit Gabrielle avec fierté alors que la foule s'épanchait en murmures et commentaires. Andro frappa la table.

"Sans hésitation, Xena s'est elle-même condamnée à subir le même sort que toi. C'est bien loin de la femme qui a attaqué Eponin et Solari dans la taverne, n'est-ce pas? Pas étonnant que tu penses que les dieux sont impliqués." Elle se retourna pour examiner sa liste de questions. "Avant l'incident avec Velasca, toi et Xena êtes entrées en possession d'une grande quantité d'ambroisie, c'est vrai?"

"Oui."

"Et en effet, Xena avait l'ambroisie dans les mains."

 "Oui."

"Et qu'a-t-elle fait avec? Qu'a-t-elle fait avec le nectar des dieux? Un nectar qui peut réunir les morts et leur corps, qui peut transformer une personne en un dieu?"

"Elle s'en est débarrassé."dit la barde fièrement. "Elle leur a rendu et a dit que ce n'était pas nécessaire." Il y eut davantage de murmures dans la foule.

 "Donc, elle tenait l'occasion rêvée de devenir une déesse et elle l'a jeté? Ca ne ressemble pas à une personne avide de pouvoir." Luna remarqua plusieurs personnes dans la foule en accord avec sa déclaration. Elle avait lu la dernière question sur la liste de Gabrielle mais sentit qu'il y avait une autre question encore plus importante que toutes celles que la jeune reine avait écrites.
"Gabrielle, après tout ce qui s'est passé, as-tu peur d'être seule avec Xena? Crains-tu qu'elle redevienne seigneur de guerre? Que tu es en danger ou que la nation Amazone le soit?

 Gabrielle regarda Xena et lui fit un sourire visiblement amoureux. "Non, Xena n'est pas une menace pour la nation Amazone. Sans l'intervention des dieux, je crois qu'elle aurait continué sa quête d'un monde meilleur et sa rédemption personnelle. Elle a fait un pas dans ce sens en se rendant dans ce champ. "

"Je te remercie. Plus de questions pour l'instant." annonça Luna en se rasseyant. Gabrielle retourna sur le banc derrière la table de la défense et serra l'épaule de Xena d'un geste encourageant. Symra lança un sale regard dans leur direction. La reine voulait manifestement que son amie soit épargnée mais c'était une question de droit et la procureur se promit de faire tout son possible pour que la Princesse guerrière soit condamnée à mort pour ses crimes.

 "J'appelle Solari à la barre."dit-elle.

La grande Amazone, le bras toujours en écharpe, se dirigea vers le devant de la salle et prit la place indiquée. "Peux-tu me dire ce que tu as ressenti lorsque tu as vu Xena tenir un couteau sur la gorge de la reine?" Elle devait se concentrer sur les crimes de la guerrière.

"J'étais inquiète pour la sécurité de Gabrielle, bien sûr, mais j'étais aussi préoccupée par-"

"Inquiète pour notre reine car elle avait apparemment peur?" Dit la procureur qui avait interrompu la réponse de Solari, soupçonnant que ça allait être en faveur de Xena. La grande Amazone jeta un coup d'oeil à Ephiny, puis à Gabrielle.

"Oui."

"Et que s'est-il passé lorsque tu as essayé de sauver ta reine?"
"Xena a lancé son couteau."Elle souleva son bras blessé pour montrer où elle avait été frappée.
 "Toi et Eponin saignaient beaucoup. N'a-t-elle rien fait pour vous aider?"

"Non."

"Et que vous serait-il arrivé si vous ne vous trouviez pas près du village Amazone?

"Je ne sais pas."

"Oh, voyons, Solari. Tu es une guerrière Amazone. Tu as vu assez de blessures pour connaître la réponse."

 "Ma blessure n'était pas si grave. J'aurais probablement pu arrêter l'hémorragie à temps."

"Pas si tu étais morte d'avoir perdu trop de sang. N'est-ce pas vrai que vous seriez toutes deux mortes?" Elle parlait avec force, exigeant une réponse.

"Si nous n'avions pas été si proche du village, nous serions peut-être mortes." Admit-elle avec réticence. Symra tergiversa pour savoir si elle devait demander à la grande Amazone la peine que méritait Xena. Lorsque les premières auditions avaient commencé, la procureur était persuadée que Solari voulait voir la princesse guerrière condamnée à mort mais elle n'en était plus aussi sûre. Symra décida de ne pas prendre de risque. Elle avait déjà fait une erreur avec l'histoire de la culotte.

"Plus de questions."

Luna se leva  mais elle fut tirée en arrière par Gabrielle. La barde murmura rapidement à son oreille avant de la relâcher. La brune hocha la tête et s'adressa à Solari.

"Crois-tu que les dieux sont impliqués dans cette affaire?

"Oui, absolument. Xena n'a pas agi comme si elle nous connaissait Ep et moi, et la façon dont elle se comportait avec Gabrielle, eh bien ... ce n'était vraiment pas habituel. Je le sais."

 "Comment le sais?" Demanda l'avocate en s'approchant de Solari.
"Je sais comment Xena a agi quand Velasca s'en est pris à Gabrielle. Elle se soucie beaucoup de la reine." La mention de la folle Amazone rappela à Luna quelque chose qu'elle avait entendu d'Ephiny.

 "Solari, tu étais au village quand Velasca est revenue de la grotte et a utilisé l'ambroisie pour devenir une déesse, n'est-ce pas?"

 "Oui."

"Et tu étais là quand Velasca s'est mise à détruire notre village?"

"Oui, bien sûr. Nous avons essayé de nous défendre jusqu'à ce qu'on nous demande de battre en retraite."

 "Et où était la reine Gabrielle pendant ce temps?"

 "Xena lui a dit de se diriger vers les grottes avec les autres pendant que nous essayions de retenir Velasca."

"Xena l'a-t-elle suivie tout de suite?"

"Non, elle est restée avec Ephiny et les guerrières jusqu'à ce qu'il fut évident que nous n'avions aucune chance contre les boules de feu de Velasca."

"Donc Xena a risqué sa vie pour protéger le village, et pas seulement Gabrielle? Etait-elle blessée?"

"Son bras était disloqué, mais elle l'a remis en place toute seule. Sara était beaucoup trop occupée avec les autres blessées."

"Si Xena n'était pas restée auprès de Gabrielle et n'avait pas trouvé un moyen de vaincre Velasca, qu'aurait été le sort de notre village, de notre nation tout entière?"

Solari sourit à la guerrière. "Il n'y aurait plus de nation Amazone si Xena n'avait pas trouvé le moyen d'arrêter Velasca." Cette fois la foule refusa de s'arrêter de commenter jusqu'à ce qu'Andro frappât plusieurs fois sur la table et menaçat de faire sortir le public.

"Plus de questions." dit respectueusement Luna au tribunal.
"Merci."

Solari allait se lever quand Symra s'approcha en levant la la main.
"Juste un instant, s'il te plaît. Solari, lorsque tu as réalisé que Xena avait capturé et drogué notre reine, qu'as-tu ressenti?"

Elle avait trouvé un moyen d'obtenir la réponse qu'elle voulait et s'était décidé à prendre le risque.

"Je ... Je ne savais pas ce qui s'était passé. J'étais énervée."

"Enervée? Elle a essayé de vous tuer toi et ta meilleure amie. Tu veux nous fais croire que tu étais juste énervée?" 

 "J'étais en colère contre elle."

 "Bien sûr, elle t'a laissée pour morte. Quel genre de punition espères-tu?

 "J'espère que le tribunal prendra en compte le fait que les dieux-"

"Je t'ai demandé QUAND ELLE A ETE CAPTUREE, quel châtiment voulais-tu qu'elle obtienne?"

 Solari leva les yeux vers le tribunal. "Dois-je répondre à cela?"

 "Oui." dit Andro qui hocha la tête devant l'agrément de ses pairs. La grande Amazone regarda Xena en s'excusant.

"À cette époque ... quand, je ne savais pas encore... Je voulais qu'elle soit exécutée, mais maintenant..."

 "Je te remercie." dit Symra dédaigneusement, coupant la réponse de l'Amazone. "Plus de questions."

Luna se leva brusquement après un chuchotement rapide de Gabrielle à son oreille. Ce qui n'était pas nécessaire car l'avocate avait prévu de poser la question.

"Solari, comment te sens-tu maintenant?"

 "A présent, je pense qu'elle devrait recevoir la peine la plus légère possible. Elle n'était pas responsable de ses actes." Répondit clairement l'Amazone pour s'assurer que tout le monde l'entendît.

 "Sais-tu ce que tu vas dire demain?" Ephiny était assise sur le bord du lit d'Eponin dans la hutte de la guérisseuse.

 "Je dirai la vérité, qu'est ce que tu crois?" Eponin ajusta son oreiller.

"Rappelle-toi juste une chose ... c'est de Xena dont nous parlons. Tu sais combien Gabrielle fait attention à elle."

"Es-tu en train de me demander d'adoucir mon témoignage? Je ne le ferai pas, Eph. Je n'approuve pas ce que Gryne et les autres lui ont fait, mais je ne suis pas prête à retourner ma veste et à déclarer que tout est pardonné. Qu'est-ce tu crois, qu'elle ne devrait pas être punie? " Elle attrapa le bras de la régente.

"Ephiny, j'étais là, si Gabrielle n'était pas intervenue pour nous défendre, Xena m'aurait sûrement envoyée aux enfers. Tu le sais. Comment peux-tu penser qu'elle ne devrait pas payer? Elle devrait être tuée, mais qui sait, à part les Dieux? Et s'il lui était juste arrivé quelque chose, comme perdre la tête? "
"Malgré les dires de Gabrielle?"

"C'est la seule chose dont je n'ai pas la preuve." Elle se frotta les yeux. "Ce n'est pas facile."

 "Non effectivement. Mais puisque tu vas aller à la barre, rappelle-toi que la Xena qui est assise là-bas n'est pas la même que celle qui t'a attaquée."

Ilanna se leva brusquement quand elle entendit Eponin traverser le couloir. Pas d'erreur possible au son martelé des béquilles sur le sol en pierre.
"Je veux la voir." dit l'Amazone.

"Eponin, tu dois témoigner demain. Pourquoi ne pas attendre?"

 "Je veux la voir, Ilanna. Laisse-moi entrer" La tête de l'Amazone suffit à faire comprendre à la garde qu'il n'y aurait pas d'autres sommations et Illana ouvrit la porte de la cellule à contrecœur. Elle précéda Eponin et prit position juste devant la porte pour garder un œil sur elles. Aucune des deux femmes ne lui prêta la moindre attention une fois que leurs yeux se croisèrent.

 "Eponin."dit la femme aux cheveux noirs à voix basse, les muscles tendus et prêts à toute éventualité.

 "On dirait qu'elles t'ont bien amochée. Combien de points de suture?"
"Deux sur la lèvre, cinq au total." répondit Xena, sachant déjà où cela allait les mener.

"Je suis désolée que tu aies été blessée. J'ai perdu le compte du nombre de points que Sara a dû faire pour garder ma jambe en un seul morceau."  Elle secoua la tête. "Tu sais, j'y ai déjà pensé. Qu'est-ce que ça ferait de t'affronter encore." Elle s'appuya contre la dalle de granit sans lâcher ses béquilles. "Tu te souviens, Xena?  Tu te souviens d'avoir lancé ton chakram sur moi?" La guerrière hocha la tête. "Que serait-il arrivé si je ne l'avais pas fait dévier avec mon épée? Dis-moi."

 "Il t'aurait tranché le torse." dit Xena franchement. Eponin boitilla jusqu'à ce qu'elle se retrouvât juste en face d'elle.

"Alors dis-moi pourquoi je ne voudrais pas te voir exécutée."

 "Fais ce que tu dois faire." Xena se détourna de l'Amazone. Eponin attrapa par le bras et en perdit une béquille.

 "Non, ne te défile pas si vite. Je ne me battrai plus jamais en tant que guerrière. Je ne peux plus marcher sans aide." Elle sentit les muscles sous sa main se raidir pour l'aider à garder son équilibre. "Tu ne m'as pas laissé le choix, Xena. Donne-moi une raison de te laisser une chance. Tu me dois bien cela." Elle relâcha son étreinte et retourna contre la dalle de granit.
 Xena s'assit sur le lit et regarda le sol un long moment. Elle avait tant fait ces derniers étés que cela justifiait sûrement son exécution. Il fut un temps, quand elle ne se souciait pas de mourir, où elle aurait trouvé cela très bien. Quand elle avait traversé les terres Amazones, leur reine dans ses bras, elle s'attendait à être tuée. Maintenant ... maintenant c'était une tout autre affaire. Maintenant, elle savait que sa chère et tendre Gabrielle était aussi amoureuse d'elle. Maintenant, tout ce qu'elle voulait, c'était prendre sa barde dans ses bras. Elle leva la tête pour répondre au regard d'Eponin.

"J'aime Gabrielle et elle m'aime." dit-elle doucement. "Je donnerai ma vie pour elle et je suis prête à passer le reste de mon existence à payer pour les crimes que j'ai commis si cela me permet de rester près d'elle."

"Tu sais ... Je parie que si nous te donnions six lunes de travaux forcés,  elle serait à côté de toi tout le temps." Elle s'assit sur le lit avec précaution.
"Peu importe ce qu'a dit Ephiny, Gabrielle trouvera toujours un moyen. Parler aux gens est l'un de ses points forts."

"Dis m'en plus." répondit Xena en roulant des yeux, ce qui provoqua un petit sourire chez l'Amazone.

 "Tu sais ce qu'elle me fait faire? J'enseigne à des jeunes filles de huit ans à utiliser un bâton."  Xena lui sourit. "J'évite tout ce qui a à voir avec les enfants. Je ne suis pas un exemple maternel, tu sais." Elle rit un peu. "Je me suis même portée volontaire pour les garder quand il y a un festival qui les concerne. Les mères croient que je suis gentille avec elles en leur apprenant le bâton."

"Comment vont tes élèves?"

"Mylas est une enfant merveilleuse, la plus brillante de mon cours. Elle arrive très tôt à l'entraînement et est toujours la dernière à partir. Elle est bonne, pour une fille. Je parie qu'elle pourrait même sauter un niveau si elle continuait à s'entraîner. " Xena remarqua le sourire de fierté de l'enseignante parlant de son élève. "Elles sont toutes bonnes, vraiment. Mais elles sont toutes différentes. Risa, la fille de Symra, nécessite une attention particulière. Elle se laisse distraire facilement. Personnellement, je pense qu'elle serait plus douée dans l'agriculture que dans le combat. Elle s'intéresse aux plantes et tout ça. "
 "On dirait une bonne classe."

"Ouais, c'est un bon groupe, et très épuisant aussi." Elle s'installa plus confortablement.  "Laisse-moi te raconter ce qu'elles ont fait aujourd'hui ...." Ilanna ferma la porte derrière elle et s'assit sur son tabouret. Elle aurait quelque chose à raconter à Ephiny demain matin.

Symra regardait l'amazone qui attendait sa première question. La procureur avait entendu parler de la visite d'Eponin à la prison et savait qu'il y avait une chance pour que son témoignage ne fut pas aussi fort et sévère que Symra l'espérait. Les réponses sur le combat dans la taverne furent presque les mêmes que le témoignage de Solari la veille. La seule chose sur laquelle elle se concentrait et espérait qu'elle ferait de l'effet, était la blessure irréversible d'Eponin.

"Quand tu as senti le chakram de Xena déchirer ta jambe, tu savais alors que ce serait une blessure irréversible, n'est-ce pas?"

"Je n'y ai pas pensé. Ma seule préoccupation était d'aider Gabrielle. Ce n'est qu'après le départ de Xena que je me suis rendue compte de ma blessure."

"Et DONC tu as su que tu serais infirme?" dit Symra, exaspérée.

 "J'ai su alors que ma blessure était très grave. Je ne savais pas à quel point jusqu'à ce que Sara jette un d'oeil." admit-elle.

"Et qu'as tu ressenti envers Xena alors? Une douzaine d'Amazones t'a entendu la menacer de la tuer si jamais tu la revoyais."

"C'est ce que j'ai dit. J'étais en colère. On dit beaucoup de choses quand on est énervé."

"Es-tu en train de dire que ça ne t'a pas rendue folle?"

"Je n'ai pas dit cela. Bien sûr que ça m'a rendue folle."Elle remua sur son siège et dévisagea Symra. "Je suis obligée d'utiliser des béquilles pour me déplacer, j'ai besoin d'aide pour manger, je ne peux même pas entrer et sortir de la baignoire toute seule. Avec un peu de chance, je pourrai marcher avec une canne. "

 "Donc tu penses que Xena doit être châtiée pour ses crimes atroces. Qu'elle doit être condamnée à mort." répliqua Symra avec assurance, tirant à peine un murmure d'agrément de la part d'une partie du public.

 "Je pense que Xena a déjà été punie." répondit Eponin. "Elle doit vivre avec le souvenir de ce qu'elle m'a fait, à moi et aux autres."

"Et juste après ce procès, elle vivra avec le souvenir satisfait de la façon dont elle s'en est sortie, tout comme elle l'a toujours fait dans sa vie." s'énerva Symra. "Eponin, il y a cinq jours, tu voulais l'assassiner de ton épée. Évidemment, tu ne peux plus le faire, n'est-ce pas?  Ton épée, héritage familial, a été perdue lorsque tu as essayé de défendre ta reine. Une pièce irremplaçable dans l'honneur et l'histoire des Amazones, disparue à jamais. "

Elle se détourna. "Plus de questions."

"Eponin ..." dit  Luna en se levant. "Je sais que tu étais l'une de nos meilleures guerrières. Une véritable source d'inspiration pour nombre d'entre nous." L'Amazone hocha la tête devant ce compliment. "Dis-moi, as-tu trouvé autre chose à faire, une autre façon de servir la nation?"

"Je ne sais pas combien de temps je pourrai le faire, mais pour l'instant j'entraîne des jeunes filles au bâton."

"Donc, tu as pu mettre tes compétences et tes connaissances de guerrière au service de l'entraînement au combat de la prochaine génération d'Amazones. C'est très louable, Eponin." Elle regarda Andro. "Pas d'autres questions."

"L'accusation a-t-elle d'autres témoins?" demanda la juriste. Symra secoua la tête. "Bien ... la défense souhaite-t-elle appeler quelqu'un à la barre?" Luna regardait Xena dans une requête silencieuse. La guerrière secoua la tête. C'était trop risqué de la faire aller à la barre avec son passé de conquête et de destruction.

"Non madame. La défense en a terminé."

"Très bien. Cette audience est ajournée jusqu'à ce que le tribunal rende sa décision."

 Ilanna prit les clés à la garde de jour. "Personne n'est avec elle ?"
 "Si bien sûr. La Reine Gabrielle est là depuis des marques de bougie. Trasis lui a même livré son dîner ici.  Tu sais ... quand Xena a été capturée, je pensais qu'elle serait exécutée, mais maintenant je n'en suis plus si sûre. As-tu suivi les audiences?

 "Qui ne l'a pas fait?" répondit l'Amazone noire. "Maintenant, tout le monde attend le châtiment. Qu'est-ce que tu en penses?" C'était une question qui avait fait le tour du village toute la journée.  Tout le monde essayait de deviner quel genre de peine allait infliger le tribunal.

Xena était allongée sur le dos, la barde blottie contre elle. Ses longs doigts caressaient le bras nu de Gabrielle, rappelant à la guerrière que son amour était bien là, auprès d'elle. À l'exception de quelques baisers volés, c'était le seul contact qu'elles se permettaient. 
"Xena?"
"Mmm?"
"Je t'aime."
"Je t'aime aussi."
 "Xena?"
"Quoi?"
"Tu crois que ta peine sera légère?" Elle se souleva du confort chaleureux de l'épaule de la guerrière pour la regarder. "Je veux dire, ils pensent que tu n'étais pas responsable de tes actes et même Ep a dit qu'elle ne voulait pas te voir punie. Ca compte, non?"

"Tout va dans le bon sens, Gabrielle ... tu verras." dit-elle doucement, en tirant doucement la barde contre elle. Ses pensées n'étaient pas si optimistes pourtant. Xena craignait que, malgré tous les propos en sa faveur, le tribunal ne lui infligeât une peine sévère, même si elle ne pensait pas être condamnée à mort. Bien sûr, les Amazones pouvaient trouver une douzaine de moyens différents pour la punir, ce qui rendrait une exécution mortelle beaucoup plus agréable en comparaison.

La taverne était presque vide lorsque le jeune homme entra, vêtu d'un manteau de cuir brun foncé qui couvrait en partie son visage. Le barman ne leva pas les yeux.

"Quel poison veux-tu boire?"

"Je suis à la recherche d'une épée. Peut-être que peux-tu m'aider?" dit la voix profonde.

"La boutique d'armes est en bas de la rue. Essaye là. Si tu veux du porto, alors je peux t'aider."

"L'épée que je cherche est plutôt unique. Elle appartenait à une Amazone."
répondit l'homme en touchant la main du barman bedonnant. "Tu ne souffres plus de la goutte. Maintenant parlons de cette épée."

Le barman leva les yeux, surpris, et croisa le regard brun, beaucoup plus profond que celui de n'importe quel mortel. Il nota qu'il ne ressentait effectivement plus la douleur qui le gênait depuis des années.
"Je te le redemande, l'épée?"

 "C'est ... comment as-tu fait ..." le barman cessa de questionner la silhouette et se pencha sous le bar. Il en sortit l'arme tachée de sang et la déposa sur le comptoir. "Je la gardais au cas où sa propriétaire reviendrait." dit-il sans conviction, sans prendre la peine de faire remarquer que trois groupes différents d'Amazones étaient déjà venus, à la recherche de l'épée"

"Bien sûr." répondit la silhouette masquée. Il récupéra l'épée et sortit. Le barman tremblait en réalisant qu'il venait de rencontrer un dieu.
"Et voilà." dit Apollon en remettant l'épée à sa sœur. "Tu sais que Père aura ma tête s'il découvre que tu m'as impliqué là-dedans."

"Dans quoi?" répondit Artemis.  "Je n'ai fait que te demander de m'aider à récupérer quelque chose qui appartient à l'un de mes enfants. Il n'y a pas aucune implication."

"Alors, tu le lui expliqueras si je suis pris. A quoi bon de toute façon? Père t'a interdit d'intervenir." Il retira le manteau de sa tête et passa ses doigts dans ses cheveux bruns, le sosie de sa sœur.

"Je n'interfère pas." Une lueur espiègle dans les yeux. "Je vais demander à Hermès de la livrer pour moi. C'est le messager des dieux."

"Tu sais très bien qu'il ne peut pas aller sur les terres Amazones. Aucun de nous ne peut sauf toi, tout comme Athéna est la seule qui peut aller à Athènes et Hadès aux enfers."

"Il n'aura pas besoin d'y aller. Il la déposera à la frontière. La patrouille des éclaireuses la trouvera." Elle fit courir son doigt sur la lame, enleva toute trace de sang et bénit l'épée en même temps.

"Bonne chance, Art'. Je ferais mieux d'y aller." Il recouvrit sa tête de sa capuche et se dissipa dans l'air.  Artemis ferma les yeux et convoqua Hermes.

Ilanna ouvrit la porte de la cellule. "Les visites sont terminées." dit-elle au couple allongé sur le lit. "Elle dort?"

"Oui." répondit Xena. "Attends, je vais la réveiller."

"Non." Elle arrêta la main de la guerrière. "Si ça ne te dérange pas et qu'elle est bien installée, ça ne gêne personne." Elle sortit et referma la porte derrière elle, ne voyant pas le sourire de Xena blottie contre la barde. Leur bien-être fut de courte durée toutefois ; moins d'une marque de chandelle plus tard Ilanna ouvrit de nouveau la porte. "Le tribunal est prêt à prononcer la sentence. Je dois t'y emmener dès maintenant."

"Puis-je avoir un moment pour la réveiller? Elle aura envie d'être là." Xena secouait doucement la reine endormie. Ilanna hocha la tête et referma la porte, leur laissant ce qui pouvait être leur dernier moment d'intimité ensemble. "Gabrielle ... Gabrielle, allez, il est temps de se lever." Elle tenta doucement. "Allez…réveille-toi." Elle sourit en réfléchissant à une façon de réveiller la femme endormie. Elle se mit à embrasser doucement les lèvres de la barde tandis que sa main se promenait sur son ventre nu. Aussitôt, elle sentit une réponse. "Nous devons nous lever."

"Mmm, j'aime me réveiller comme ça." murmura Gabrielle en soulevant la tête pour un autre baiser.

 "J'aime aussi te réveiller comme ça mais nous devons vraiment nous lever. La garde attend."

"Attend?" Gabrielle était maintenant complètement réveillée. "Elle attend quoi?" Elle aperçut l'obscurité du ciel nocturne à travers la petite fenêtre à barreaux. "On est au milieu de la nuit."

"Le tribunal est prêt à prononcer la sentence." elle lut la peur dans les yeux de la barde et immédiatement l'enveloppa dans ses bras. "Chut ... ça va aller."

"Elles ne devraient pas être déjà de retour." fut la réponse étouffée.

 "Peut-être que c'est un bon signe." tenta Xena, même si au fond elle ressentait la même chose que Gabrielle. Repoussant ses propres craintes, elle enlaça encore la barde avant de se lever.

Gabrielle la suivit rapidement et enroula ses bras autour de la grande femme. "Je t'aime. Peu importe ce qui se passe, ne l'oublie pas." Elle scella ses paroles avec ce qu'elle pensait être leur dernier baiser.

"Je ne l'oublierai pas. Je t'aime aussi." elle prit quelques instants pour serrer la barde contre elle avant d'annoncer à Ilanna qu'elles étaient prêtes.

Gabrielle s'installa derrière Xena et regarda autour d'elle. Elle n'en revenait pas qu'il y ait assez d'air dans la salle tant il y avait de monde. Le banc où elle était assise et celui d'Ephiny étaient les seuls à ne pas contenir d'Amazones, toutes essayaient d'avoir une meilleure vue des événements. La barde était vraiment étonnée que toutes ces femmes se soient levées au beau milieu de la nuit pour entendre la sentence. Trasis était occupée à traverser péniblement la foule, les exhortant à cesser de s'appuyer contre les murs et de descendre des bancs. La chef cuisinière craignait l'effondrement de sa cantine à cause des femmes appuyées contre les parois en bambou.

La barde échangea des regards nerveux avec Luna. Ephiny, Solari, et Eponin étaient cachées à sa vue par la foule de femmes, mais elle était réconfortée par leur présence. Andro entra par la porte de devant, suivie des deux autres juristes. Dans ses mains, elle tenait un sac gainé de cuir qu'elle posa sur la table devant elle. Un rapide coup d’œil lui indiqua qu'il n'y avait pas moyen de faire asseoir tout le monde. Elle frappa du poing sur la table jusqu'à ce que le vacarme se calmât.

"Il y a trop de monde ici!" cria-t-elle. "Toutes celles des cinq dernières rangées ...dehors!" cet ordre fut accueilli par un concert de huées et de récriminations. "Si j'entends une seule plainte, je fait vider cette satanée salle! Toutes celles contre les murs aussi. Dehors!" Elle continua de faire sortir les Amazones jusqu'à ce qu'elle fut satisfaite du côté gauche.  Tout le monde trouva de la place pour s'asseoir confortablement sur les bancs et l'allée était maintenant vide. Trasis articula un silencieux "merci" du fond de sa cuisine.
"Avant de commencer notre affaire, j'ai un cadeau à livrer. Eponin, s'il te plaît, peux-tu t'approcher?" Andro se leva et prit l'objet recouvert de cuir. La guerrière utilisa ses béquilles pour remonter l'allée et s'arrêta devant la juriste. "Ceci a été découvert par la patrouille au nord-ouest. Je crois qu'elle t'appartient." elle remit l'épée, toujours enveloppée de cuir, à Eponin. Elle comprit tout de suite, au poids et à la sensation, de quoi il s'agissait.
"Mon épée!" s'exclama-t-elle. En équilibre, les béquilles sous ses bras, elle ouvrit avec précaution le cuir qui révéla la poignée en joyaux. Une petite émeraude et un rubis étaient nichés entre la lame et la garde. Elle effleura les bijoux et fut submergée par un vertige. Les béquilles churent et elle tomba à genoux. Xena, Ephiny et plusieurs autres se levèrent, inquiètes. Sara courut dans l'allée et s'agenouilla à côté d'Eponin. La guerrière agrippait toujours son épée alors que des vagues d'énergie traversaient son corps. La guérisseuse parvint à éloigner l'arme et Eponin s'effondra sur le sol, le souffle court. Ephiny et Gabrielle s'approchèrent mais Sara les arrêta.

"Attendez!"

Elle passa sa main sur la cuisse d'Eponin et siffla. "Pas même une cicatrice!" s'émerveilla-t-elle. "Les dieux ... ont envoyé Artémis."

"Elle a rendu son épée à Ep et l'a guérie." dit doucement Ephiny. Dans un souffle, l'information fut relayée à la foule qui attendait dehors. La respiration d'Eponin revenait lentement à la normale et elle se redressa avec l'aide de Sara. Sous le regard de tous, la guerrière prit la main tendue de la guérisseuse et se releva. Détestant montrer ses émotions en public, Eponin laissa néanmoins couler quelques larmes et serra l'amazone dans une étreinte d'ours. Lentement, avec précaution, elle s'éloigna de Sara et fit ses premiers pas depuis plus d'un quart de lune, un large sourire aux lèvres.
 "Je peux marcher ... je peux marcher!" Ce qu'elle fit en s'approchant d'Ephiny pour la serrer dans ses bras.

 "Merci aux dieux." murmura Gabrielle à l'oreille de Xena. La guerrière hocha la tête et pressa la petite main dans la sienne. Eponin les regarda de ses yeux embués et sourit. Andro frappa la table de son poing.

"Je pense qu'il est temps de rendre notre décision." Elle attendit que tout le monde se rassit et ouvrit le rouleau devant elle. "Xena d'Amphipolis, tu as avoué tes crimes envers la nation Amazone. Il n'est pas nécessaire de répéter la liste. Nous avons écouté tous les témoignages. Nous avons également pris la liberté de lire les parchemins laissés par Gabrielle sur tes exploits passés. Ils nous ont donné l'impression très claire de qui tu étais et de qui tu es devenue. La preuve la plus révélatrice de l'implication des dieux vient de nous être donnée. Nous pensons que les crimes que tu as commis contre Gabrielle, Eponin et Solari n'auraient pas eu lieu sans l'influence des immortels." Gabrielle serra la main de Xena plus fort et sourit. "Cependant ..." Ce sourire la quitta, remplacé par le même regard inquiet d'Ephiny et de Luna. Xena restait impassible. "Tu as commis ces crimes et tu seras donc punie en conséquence."

"Non ..." souffla Gabrielle, incrédule.

"Ta peine a été purgée." dit Andro en esquissant un petit sourire. "Elle est terminée, Xena. Tu es libre de partir. Tes armes et ton armure te seront rendue." Elle allait réciter la série de phrases ponctuant la décision mais comprit que les cris et hurlements de la foule allaient noyer son discours. Luna et Symra s'approchèrent de la table et serrèrent la main du tribunal, acceptant les félicitations pour l'excellent travail qu'elles avaient fourni. La garde s'avança et décrocha les menottes et les chaînes. Pas une mince affaire vu que la reine refusait de lâcher la grande femme.

"C'est fini, c'est enfin fini."Souffla Gabrielle tout en étreignant Xena.

"Hé, tu vas me noyer si tu n'arrêtes pas de pleurer." plaisanta la guerrière.

"Je m'en fiche. Je ne te lâche plus."

Xena la tenait d'un bras tout en serrant les mains de leurs amies.
"Gabrielle." La barde se retourna et vit Eponin debout devant elles.
"Oh."
"Viens Gabrielle." Ephiny prit la jeune femme par le bras et s'éloigna des deux guerrières. "Xena va en avoir pour un moment."

 "Alors c'est fini." dit Eponin. "Je n'avais pas imaginé cette fin-là." Elle fit tourner l'épée plusieurs fois entre ses mains.

 "Moi non plus" avoua Xena. "Je suis heureuse que les choses s'arrangent pour toi."

"Pourquoi crois-tu qu'il y a deux bijoux?" répondit-elle sans lever les yeux de son épée.

"Je pense qu'elle a été bénie par plusieurs dieux. Je dirais Apollon et Artémis."
"Et toi tu a été bénie par Ares. Hein ?!" Eponin leva les yeux. "C'est drôle Xena. Toi et moi sommes tellement semblables et pourtant si différentes."Elle serra le bras de Xena. "Je me battrai toujours à tes côtés."
"Pareil pour moi." répondit la grande femme, acceptant l'offre de pardon et d'amitié.  "Allez, il y a un village entier de femmes qui veut te voir marcher." déclara Xena en posant un bras amical autour de ses épaules.

C'était presque l'aube quand la foule se dispersa, laissant Ephiny avec Xena et Gabrielle. La jeune reine restait à côté de la guerrière, son bras amoureusement enveloppé autour de sa taille. La régente regarda la femme désormais libre puis fixa le sol. "Euh, Xena, je voulais que tu saches que je suis heureuse de la tournure des choses." dit-elle, de toute évidence mal à l'aise. "Je sais que certains mots ont été prononcés dans le champ qui-"
 "Tu as fait ce qui te semblait juste. Je comprends."

"Xena, je n'ai pas été juste avec toi. Je ne t'ai pas laissé l'occasion de-"

 "Ce n'est plus important. Tu as fait ce qu'il fallait à ce moment-là. Tu essayais de protéger Gabrielle. Je ne me serais pas attendu à moins."

"Eh bien ..." Ephiny savait que la grande femme n'allait pas la laisser lui présenter ses excuses. "Tu sais que tu es la bienvenue ici. Je veux dire que la fin du procès ne signifie pas que vous deviez partir rapidement. J'espérais vous voir rester un peu." Xena se raidit visiblement sous la main de la barde.
 "Euh ... veux-tu bien nous excuser, s'il te plaît? La nuit a été longue." dit Gabrielle poliment.

"Euh ... bien sûr. Nous nous verrons plus tard." La régente les laissa.

"Qu'est ce qui ne va pas?" Demanda la barde une fois seules.

"Rien."

"Tu veux partir, n'est-ce pas?" Elle se tourna vers elle. "Xena, tu as été libérée. Tu n'as pas à te cacher. Tu ne veux pas rester ici au moins jusqu'à ce que tes points de suture soient retirés?  Tu dois admettre que cela te ferait du bien de rester un peu, le temps de te reposer et de récupérer, et quel meilleur endroit qu'ici? Xena, tu les as entendues lorsque la sentence a été prononcée. Elles t'ont applaudie. Tout le monde a compris ce qui s'était passé et pourquoi c'est arrivé. Elles savent que tu n'es pas leur ennemie."

"Ce n'est pas qu'elles me voient comme une ennemie. Tu sais combien je déteste rester au même endroit trop longtemps." Elle étouffa un bâillement. "On pourrait parler de ça plus tard? Pour le moment, tout ce que je veux, c'est un bain chaud et un lit douillet. Tu sais que le lit de la prison était pire que de dormir par-terre."

"Oh non je ne sais pas." Gabrielle enroula ses bras autour de la taille de la guerrière. "J'étais très bien cette nuit."

 "C'est parce que tu dormais sur moi." On était encore à deux bonnes marques de chandelle avant le petit-déjeuner et toutes les autres étaient déjà rentrées dans leur cabane, les laissant seules.
"Hmm ... et j'ai apprécié." murmura Gabrielle en faisant un petit baiser rapide sur la peau douce du cou de Xena.

"Viens, je sais que tu es fatiguée et je suis épuisée. Allons dormir un peu." proposa la guerrière en tirant la barde contre elle. Gabrielle recula et fronça le nez.

"Tu ne vas pas entrer dans mon lit avec cette odeur de prison." Elle la fit marcher vers les bains. "Je vais dans ma cabane."

"Ah non !" La guerrière rattrapa la barde. "As-tu oublié combien de temps tu as passé dans cette cellule avec moi? Tu ne sens pas non plus la rose."
"Je n'ai pas de rechange propre." protesta Gabrielle.

"Moi non plus. Nous nous envelopperons dans des serviettes. Allons-y."
Comme prévu, les bains étaient déserts. A des lieues de là, la fosse de lave où Velasca était morte chauffait plusieurs rivières souterraines dont l'une se terminait dans la source des Amazones, leur donnant ainsi de l'eau chaude en continu. La salle de bain principale était constituée d'une dizaine de petites cuves enterrées autour d'une plus grande, mais Gabrielle préféra une salle moins grande au fond. Cette pièce avait une seule petite baignoire creusée, suffisamment grande pour contenir confortablement deux ou trois personnes.
"Je préfère me laver ici, c'est plus intime." Déclara la barde en prenant des serviettes propres qu'elle étendit sur un banc.

"Gabrielle ... si tu préfères prendre un bain seule..." Xena, tout à coup, s'inquiéta à l'idée d'être seule et nue avec la barde. Elle regarda Gabrielle et son cœur s'accéléra.

 "Xena, nous avons pris des bains ensemble des centaines de fois. Qu'est-ce que ... oh." elle fit un petit sourire compréhensif et posa ses bras sur les épaules de la guerrière. "Je comprends." Elle se dressa sur ses orteils et l'embrassa doucement. "Je suis moi-même un peu nerveuse."

"A cause de moi?" La barde n'avait jamais vu son visage aussi grave. "Gabrielle, je te jure que je ne vais pas te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas. Je devrais peut-être aller dans l'autre pièce." Elle essaya de s'éloigner mais la barde la tenait fort.

"Je n'ai pas peur de toi, Xena. Je sais que tu ne me feras jamais de mal."
"Alors quoi?" demanda-t-elle doucement, prenant dans ses mains le menton de la petite femme. "Dis-moi, j'ai besoin de savoir."

"Je ... Je ne veux pas qu'on se précipite. Je sais que cela semble idiot, mais je voudrais que cette fois soit ... spéciale." Elle prit une jolie teinte rosée. "Je veux dire ... Je ne veux pas que ce soit ici, maintenant, alors que nous sommes toutes les deux fatiguées. Je n'ai pas eu l'occasion d'être seule avec toi, juste toi, depuis si longtemps que ça fait mal." Elle pressa ses lèvres contre la peau nue au-desssus de la chemise de Xena. "Là... je voudrais juste qu'on se lave et ... qu'on soit ensemble."

"Hé..." Xena attrapa le menton de la barde et lui souleva la tête. "Tout ce que tu veux. Je ne te pousserai pas." Elle profita de la proximité pour embrasser ses lèvres. "Allez, allons nous laver."

Elles se débarrassèrent de leurs vêtements, s'efforçant de ne pas se regarder l'une l'autre. Xena entra dans l'eau chaude et aida Gabrielle de son bras. Elles se permirent le luxe de laisser leurs muscles tremper un bon moment avant que Xena n'attrapât finalement le savon et un linge. "Laisse moi m'occuper de ton dos." dit-elle en savonnant le linge.

"D'accord." Elle se retourna et se pencha en avant, permettant à la guerrière de la nettoyer plus facilement. Avec de longs gestes affectueux, Xena lava le dos de la barde, ses doigts le massant en même temps. Gabrielle fondait sous l'agréable contact. Ses yeux se fermèrent et sa tête se pencha en avant, exposant un cou des plus désirable. Xena égoutta le linge et leva les mains. Elle utilisa ses pouces pour masser doucement nœuds et tensions, et tira un langoureux gémissement de la barde chaque fois qu'elle touchait un muscle particulièrement douloureux.

"C'est agréable." murmura Gabrielle.

"Ravie que ça te plaise." répondit-elle tandis que ses mains montaient et descendaient le long du dos savonné. Elle savait qu'il était propre depuis un moment mais c'était pour le plaisir. La barde ne se plaignait pas, simplement assise à profiter de chaque caresse, chaque sensation. Ce n'est que lorsque ses propres doigts furent plissés comme des pruneaux que Gabrielle se détacha finalement pour prendre le linge de la guerrière.

"Je vais m'occuper du devant." S’excusa presque la barde. "Sinon, nous ne sortirons pas d'ici sans ... tu vois." dit-elle timidement. À sa grande surprise, Xena se pencha et l'embrassa sur le nez.

"Je sais."

Gabrielle termina de se laver et voulut laver Xena de la même façon. Elle prenait son temps, laissait ses doigts parcourir chaque cicatrice, chaque muscle du dos et des épaules de la guerrière. À un moment, elle se mit à fredonner tandis que ses doigts et ses mains continuaient leur exploration. Xena était complètement détendue jusqu'à ce qu'elle sente les mains glisser autour de ses hanches et s'approcher dangereusement de ses seins.

"Euh, Gabrielle?" Son cœur battait la chamade.

"Mmm? Oh ... désolée." Gabrielle éloigna ses mains à une distance plus "amicale". "Je me suis laissée emporter."

"Oui, je crois."  Xena se retourna pour faire face à la barde. Elle se pencha en avant et échangea un baiser tandis que sa main prenait le linge savonneux. "Je ferais mieux de finir. Pourquoi n'irais-tu pas te sécher?"

"Euh ... oui. Bonne idée." Gabrielle se dirigea vers le bord de la baignoire. Elle se hissa pour attraper la serviette. Dos à Xena, elle ne vit pas les yeux bleus de la guerrière s'écarquiller et sa bouche s'ouvrir devant cette vision. La peau claire, le corps parfait, même l'eau qui s'égouttait, tout cela ne pouvait laisser de marbre. Il fallait qu'elle se détourne des mouvements innocents de la barde sous peine de se liquéfier. Elle termina rapidement sa toilette et s'enveloppa dans une serviette prise au hasard.

"Prête?" demanda la barde.

"Oui." répondit-elle, les yeux droit devant et non tournés vers Gabrielle et à distance raisonnable de la barde pour éviter toute tentation.

 Chaque geste de Xena plaisait à la jeune femme qui jouissait de la vue des épaules nues de la guerrière, le haut de son dos ainsi qu'une cuisse révélée par la serviette entrouverte.

Une fois dans leur cabane, les deux femmes étaient sous le coup de la même tension nerveuse. Xena lui tendit un vêtement propre et regarda autour d'elle à la recherche de leurs sacoches. "Gabrielle ... où sont mes vêtements?"
"Oh." répondit-elle, réalisant subitement qu'Ephiny ne lui avait jamais apporté ses sacoches.   "Je crois bien que tout était resté dans les écuries. J'ai porté les vêtements que Terreïs m'a donné."

"Très bien. Je dois traverser tout le village dans une serviette pour récupérer mes habits?"

"Tu n'as qu'à dormir nue." dit Gabrielle avant de réaliser ce qu'elle venait de proposer. Xena regarda la barde, un sourcil levé.

"Gabrielle…"

 "Tu ne penses pas que ..." elle se rapprocha et plaça ses bras autour de son cou."... nous pouvons dormir ensemble sans vêtements? Si ça peut te mettre plus à l'aise, je dormirai nue aussi."

 "Si tu dors nue à côté de moi, je te garantis de sentir quelque chose, mais je ne serai certainement pas à l'aise." dit Xena avec un petit sourire. "Remets ta chemise. Nous sommes tellement fatiguées qu'on ne pourra rien faire." Elle accentua sa déclaration d'un long bâillement. En quelques instants, elles s'enfouirent toutes les deux sous les couvertures et se blottirent dans les bras l'une de l'autre. Tout comme la guerrière l'avait prédit, il ne fallut pas longtemps avant qu'elles s'endorment profondément. C'était sans aucun doute le meilleur sommeil que la femme avait eu depuis presque une demie-lune.

Lorsque Xena ouvrit les yeux vers la mi-journée, elle était piégée par Gabrielle, allongée presque entièrement sur elle. Elle caressa le dos de la femme endormie et ferma les yeux quelques instants pour savourer les sensations qui l'inondaient. Elle rêvait depuis si longtemps de pouvoir tenir sa barde comme ça, être près d'elle sans avoir à utiliser le froid comme excuse pour pouvoir la toucher. Xena leva la tête et plaça un petit baiser sur le sommet du crâne appuyé contre sa poitrine. Aussi agréable que ce fut, elle savait qu'elles ne pourraient pas rester au lit toute la journée. Elle tendit les muscles sans déranger la barde et pensa à un moyen de passer sous elle. Bien sûr, leurs jambes entrelacées rendaient une telle action impossible.
"Gabrielle ..." Elle la secoua doucement. "Allez, réveille-toi."

"Hmmm ... veux pas."

La dernière chose qu'elle voulait, c'était être séparée de la peau douce et chaude sous elle. Il n'y avait plus de peur d'une séparation, plus de soucis sur ce qu'elle ressentait envers elle, rien d'autre que la joie totale d'être avec la femme qu'elle aimait. "On ne peut pas rester  comme ça toute la journée?" dit-elle en se blottissant plus près. Le mouvement fit respirer fortement Xena.
 "Gabrielle ... bouge ton genou."

"Oh." Elle réalisa qu'elle l'avait coincé entre les jambes de la grande femme. La curiosité fut la plus forte et elle appuya plus haut. Sa récompense fut un profond gémissement et la sensation des hanches de Xena qui s'élevaient. "Désolée." Elle recula sa jambe dans une position moins intime, heureuse de la réaction obtenue.

"Tu es une allumeuse." répondit la guerrière, roulant au-dessus de la petite femme et lui volant un baiser avant de sauter hors du lit. "Viens, j'ai faim et tu dois aller  chercher mes vêtements." Elle lui tourna le dos pour chercher sa brosse.
 "Bon d'accord." grommela Gabrielle sur un ton ludique. "Bien que tu sois plutôt mignonne toute nue." et elle sortit du lit pour récupérer ses affaires. Elle jeta un œil par-dessus son épaule et se réjouit de voir que la guerrière était occupée à chercher la brosse et ne la regardait pas, alors qu'elle se sentait rougir. Par les dieux, Xena était une femme magnifique, se dit la barde en s'approchant, ses pieds avançant tout seul, jusqu'à ce se tenir juste derrière sa déesse nue.

"Gabrielle ... vas-tu aller chercher mes affaires ou veux-tu vraiment que je coure nue devant les Amazones?" Elle pencha la tête vers la reine et sourit. "En fait, ça pourrait être amusant."Cette remarque lui valut une tape sur le ventre.

"N'y pense même pas. Il n'y a qu'une Amazone qui a le droit de te voir comme ça et c'est moi." Elle sourit à cette idée et se redressa pour l'embrasser, un baiser qui se transforma rapidement en plusieurs et qui augmentèrent en intensité jusqu'à ce que Xena reculât la tête pour reprendre son souffle et retrouver son équilibre. Les baisers étaient si naturels, si bons, si agréables, qu'aucune des deux ne pouvait imaginer comment elles avaient fait pour survivre sans eux. La guerrière posa la tête de Gabrielle contre sa poitrine pendant plusieurs battements de cœur, ses longs doigts caressaient doucement sa chevelure blonde. Gabrielle glissa ses mains sur le dos musclé de Xena, ravie de la liberté dont elles bénéficiaient. Elles restèrent ainsi, muettes, un peu plus longtemps jusqu'à ce que la barde sentît son bras détaché de son étreinte. Elle sourit et embrassa Xena juste en dessous de l'épaule avant de se reculer. "Je vais chercher tes vêtements et tu pourras faire le lit."

"À quoi bon? Il sera à refaire dans peu de temps." Plaisanta la guerrière .
"C'est une promesse?" demanda Gabrielle avec un clin d'oeil avant de se tourner pour trouver ses bottes.

 "Eh bien, tu es de bonne humeur ce matin." Xena la prit dans ses bras. "Je t'aime." murmura-t-elle.

"Je t'aime aussi."

 "Ce qui s'est passé... ce n'est pas comme ça que je voulais m'occuper de toi." Xena prit le menton de la jeune femme entre ses doigts. "C'est tout nouveau pour moi et je ne veux pas précipiter les choses. Je veux t'embrasser... lentement, doucement, te faire l'amour passionnément. Je veux que tu te réveilles chaque matin et que tu sois aussi heureuse que tu l'es aujourd'hui. " dit-elle, se demandant une fois de plus ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter quelqu'un de si merveilleux dans sa vie.

"Si je pouvais me réveiller comme ça tous les jours, je serais toujours de bonne humeur."

"Hmm ... je verrai ce que je peux faire." répondit la guerrière avec un sourire avant de l'embrasser. Elle espérait que Gabrielle aimait les baisers car elle ne se lassait pas de la sensation de ses lèvres contre les siennes et prévoyait de saisir toutes les occasions pour l'embrasser.


Partie 7

Une demie marque de chandelle plus tard, Gabrielle retrouva Xena assise sur le lit, enroulée dans un drap et l'air très coupable. "La nourriture est là, mais je ne pense pas que Trasis amènera le dîner." dit la guerrière. La barde regarda la table et vit le plateau, notant que les boissons avaient débordé sur les assiettes et trempaient tout.

"Oserais-je demander ce qui s'est passé?" demanda-t-elle tout en posant les sacoches par-terre.

"Je ne savais pas que c'était elle et ... euh ..."

"Xena, tu n'as pas frappé la chef cuisinière, hein?" demanda la barde en pensant aux réactions rapides de sa guerrière face à de la compagnie imprévue. La devise de Xena était de frapper d'abord, et savoir de qui il s'agissait après. Cela leur avait sauvé la vie plus d'une fois.

"Euh, non ... je euh ..." Elle marmonna quelque chose d'inintelligible. Gabrielle s'assit sur le lit à côté d'elle.

"Qu'as-tu fait?"

"Eh bien, je croyais que c'était toi ... comment pouvais-je savoir?"

"Mis à part le fait que Trasis a une bonne dizaine d'années de plus que moi?"
"Elle est entrée, je n'ai pas vu son visage tout de suite."

"Oh." Elle n'arrivait pas à ne pas sourire. "Je suppose que tu es responsable de notre repas trempé?"

"Ouais ... en fait, elle est entrée et j'ai cru que c'était toi et ... je ne savais pas qu'elle avait un plateau dans les mains."

"J'ai presque peur de le demander, mais qu'as-tu fait?"

 "Je lui ai pincé les fesses."

"Oh dieux!" Gabrielle éclata de rire et s'appuya contre la guerrière. "Non, je pense qu'elle ne nous apportera plus de repas!"

"Je me suis excusée." dit sombrement Xena, véritablement gênée à l'idée que cela avait sûrement fait le tour du village.

"Oh, je suis sûre que cela a aidé." dit-elle entre deux fous rires. "Tu aimes vraiment la prison, hein?"

"C'était une erreur honorable." protesta Xena amusée. "D'ailleurs, qu'est ce qui t'a pris tant de temps?" Elle voulait changer de sujet.

"Tu te rends compte que ça va faire le tour du village en moins d'une marque de chandelle. La vilaine grande seigneur de guerre qui a pincé les fesses de la chef cuisinière." Elle renonça à se maîtriser et éclata de rire, impuissante.

"Je sais... les Amazones sont pires que les vieilles dames de mon village avec les ragots." Elle mit ses bras autour de Gabrielle et l'attira contre elle. "Alors qu'est ce qui t'a pris tant de temps?" dit-elle quand la barde se calma suffisamment pour pouvoir répondre.

"Mmm, c'est agréable." Elle se blottit contre elle. "La moitié de tes affaires était dans les écuries avec Argo et le reste à la prison. Je n'ai toujours pas trouvé tes armes et ton armure. Ephiny a du les stocker ailleurs."

"C'est bon ... au moins j'aurai mes cuirs."

"Euh, je ne pense pas que tu auras envie de les porter."

"Pourquoi?" Elle alla vers ses vêtements et laissa tomber le drap en même temps, au grand plaisir de Gabrielle.

"Tout sent soit la prison soit les écuries. Au choix."

"Tu plaisantes." dit Xena, déçue.  "Bon sang. Pas même une chemise?"
"Pas une seule."

On frappa soudain à la porte. "Ca doit être Solari. Je suis tombée sur elle et lui ai demandé si elle avait quelque chose à te prêter."

Xena plongea sous les couvertures et hocha la tête pour que la barde ouvre la porte. Solari tenait une petite pile de vêtements. "Voilà, Gabrielle. Ils seront peut-être un peu serrés pour elle, mais c'est tout ce que j'ai trouvé."
 "J'apprécie." Elle se tenait dans l'embrasure de la porte, mais la grande Amazone regarda à l'intérieur.

"Bonjour Xena. Tu as bien dormi?"

"Salut Solari. Ouais, très bien, merci. Comme un bébé." Elle, souhaitait en silence que la barde fermât la porte et qu'on la laissât s'habiller.

"Je te verrai plus tard, Gabrielle, amuse-toi bien." Elle fit un clin d'oeil à la jeune reine. La barde rougit furieusement et referma la porte.


Xena passa l'après-midi à s'occuper d'Argo qui hennit avec joie au retour de sa maîtresse. Autant Gabrielle voulait passer le premier jour de liberté avec la guerrière, autant elle comprenait le besoin de Xena de passer un peu de temps seule après avoir été enfermée si longtemps. Du coup la barde passa son temps à divertir les enfants du village avec des histoires de légendes et de contes Amazones. Même si leur mère avait entendu les histoires de nombreuses fois, elles s'installèrent avec leurs enfants et profitèrent de l'interprétation de la reine comme si c'était la première fois. Gabrielle savourait l'atmosphère détendue, la chance de raconter des histoires, la possibilité de se détendre et d'être à l'abri de toute la tension de la dernière demie-lune.
Eponin entra dans les écuries, désireuse de vérifier si elle était capable de monter sa jument, et fut surprise de voir Xena. "Comment va Argo?"

"A priori bien nourrie, non?" Elle grattait son cheval chéri derrière l'oreille. Argo souffla. Les Amazones avaient été plus que généreuse avec sa nourriture.
"Elle a besoin d'une bonne promenade ... elle n'a laissé personne la monter." Elle attrapa sa selle.

 "Je connais un sentier qui mène derrière les montagnes. C'est une belle balade, je parie qu'Argo appréciera." proposa Eponin.

"Elle tiendra jusqu'à notre départ." Xena ne se sentait pas à l'aise avec l'idée de se promener sur les terres de l'Amazone.

"Comme tu veux, mais elle pense peut-être différemment. " Elle resserra les sangles de sa selle. La femme aux cheveux corbeau ne répondit pas, elle se déplaça simplement de l'autre côté d'Argo, hors de vue de l'Amazone.
 "C'est un sentier sûr."

 "Absolument, Ep ... Eponin." Elle se corrigea. Malgré le pardon de l'attaque, Xena avait  encore du mal à appeler la femme par son surnom. Elle prit la brosse et se remit à nettoyer Argo.

"Hé." Eponin fit le tour d'Argo pour se planter devant elle. "Je pensais que nous en avions fini avec tout cela hier soir ... enfin, ce matin."
 "Tout va bien."

"Si tout va bien, alors pourquoi ne veux-tu pas aller faire un tour avec moi? Je te considérais comme une amie avant et c'est toujours le cas." Elle posa sa main sur la brosse, amortissant les gestes de la grande guerrière. "Xena, tu n'es pas une ennemie. Les gens le savent maintenant. Tu n'as pas à te cacher en attendant que Gabrielle et toi partiez."

"Je ne me cache pas."

"Non? Alors pourquoi ne pas aller faire un tour? Ta selle est là et j'ai une gourde."

"Tu n'abandonneras pas, hein?" dit Xena d'un ton vaincu. L'Amazone sourit.

 "Non. Selle Argo. Je t'attends." Elle se tourna pour terminer de préparer son cheval.

Xena reposa la brosse et caressa les naseaux d'Argo. "Tu veux aller faire un tour?" Un hennissement. "Bien sûr que tu veux." Elle gratta la joue du cheval et installa le tapis de selle.

"Prête?" Demanda Eponin alors que Xena sortait Argo de l'écurie, s'arrêtant sur le côté gauche du cheval de l'Amazone.

"Je devrais prendre mes armes."

 "J'ai mon épée mais de toute façon nous serons sur les terres Amazones. Il n'y a aucun danger." dit-elle en montant sur sa jument noire. Xena lui emboîta le pas et Eponin remarqua la longueur des points de suture sur la cuisse de la grande femme. "Sara t'a recousue?"

Xena baissa la tete et comprit de quoi parlait l'Amazone. "Non, c'est Gabrielle, la nuit du combat. Ils sont presque prêts à être enlevés." Elle aperçut du regret sur le visage d'Eponin. "Ne t'inquiète pas. J'ai connu pire. D'ailleurs, tu as fait exactement ce que j'aurais voulu que tu fasses, protéger Gabrielle." Elle regarda le pommeau de sa selle.  "Je ne t'ai jamais remerciée, ni Solari, pour cela. Merci, Eponin."

"Pas besoin." Eponin tira son cheval vers la guerrière. "Et Xena, appelle-moi Ep. Allez, cessons ces mièvreries que nous détestons tant toutes les deux et profitons de la journée." La guerrière aux cheveux corbeau aquiesça et suivit l'Amazone hors du village.


 "Qui m'attend?" cria artok avec colère en rejetant le rabat de sa tente. "Je t'ai dit que j'étais fatigué et que je voulais me reposer. Je n'ai pas le temps de-"
 "Pas de temps pour moi?" Répliqua Ares en se levant de sa chaise. Les yeux du chef de guerre blond s’écarquillèrent de surprise.

"A-Ares. Comme c'est bon de te-"

"Ouais ouais, je connais." Le dieu agita la main avec dédain. "artok, es-tu heureux avec ce petit groupe de marginaux?"

"Je suis heureux de te servir de toutes les manières possibles-" dit-il avant d'être de nouveau interrompu.

"Bien, heureux de l'entendre. Je vais te faire une offre, Artok. Une offre incroyablement merveilleuse, si ... si ..." Il écarta ses mains d'immortel dans un large cercle. "Je vais te donner une partie des terres les plus prisées de toute la Grèce. Tout ce que tu as à faire est de te débarrasser de ses occupants." Ares se positionna derrière lui et serra son épaule. "Je te donnerai toute la nourriture, les hommes, les chevaux et les armes dont tu auras besoin. Tout ce que tu as à faire est d'accepter mon offre."

"Tout ce que tu veux, grand Dieu de la Guerre." dit humblement Artok.
"Ah, c'est ce que je voulais entendre, mon garçon. Considère-toi comme embauché." Il marcha autour de la petite tente comme s'il réfléchissait. "Une petite chose que j'ai oublié de te préciser ... les gens de cette terre sont des Amazones." Il sourit. "Pas un gros problème en fait, il suffit de penser au nombre de bons fils quelles pourront faire à tes hommes une fois vaincues."
"Euh ... m-mais Ares, les Amazones sont des combattantes féroces et elles connaissent très bien leurs terres. On ne pourra jamais les vaincre."

"Je sais comment tu peux entrer sur leur territoire sans être détecté. Je vais transporter ton armée jusqu'à leur frontière. Tu n'auras plus qu'à traverser la rivière, passer par la vallée et suivre un sentier qui mène droit dans leur arrière-cour. "Le Dieu de la guerre frappa dans ses mains et sa lèvre se retroussa en un ricanement. "C'est parfait."

 "Euh ... si je peux demander, votre Divinité."

"Quoi?" répondit Ares, agacé.

"Eh bien ... si tu peux nous faire apparaître à la frontière de leurs terres, pourquoi ne pas nous déposer directement au milieu de leur village?"

"En fait, il y a un petit problème. Tu vois, ma chère sœur Artémis contrôle ces catins et je ne peux pas aller sur leur territoire ni envoyer quelqu'un là-bas. Je ne peux que t'amener à la frontière. Tu seras seul une fois traversée la frontière. Mais ne t’inquiète pas. " dit-il avec un sourire diabolique. "Elles ne sauront jamais que vous êtes là jusqu'à ce qu'il soit trop tard."


Xena et Eponin passèrent à la périphérie du village vers les sentiers qui menaient à la montagne. L'air frais fouettait leurs cheveux et donna la chair de poule à la grande guerrière. La tenue prêtée par Solari n'était en rien ce qu'elle portait habituellement. Deux larges coupes en cuir qui tenaient avec une broche sur le haut étriqué et la jupe courte en cuir brun qui avait une fâcheuse tendance à s'ouvrir sur les côtés.

"Juste après ces cyprès, c'est là où la route se divise." lui cria Eponin. "Nous prendrons la route de gauche, celle qui va dans les montagnes." Xena hocha la tête et suivit.

Elles avancèrent encore une autre marque de chandelle avant que l'herbe fraîche ne fasse place à une pente rocheuse. Les deux femmes ralentirent et se mirent l'une derrière l'autre, Eponin, qui connaissait bien le chemin, en tête. Le sentier abrupt tourna soudain et cela leur donna une vision claire de la grande vallée.

 "Nous ne patrouillons plus beaucoup dans cette zone. Il est trop difficile pour une armée d'y passer. La rivière coule dans cette vallée, juste après l'horizon, mais elle est trop large pour pouvoir traverser ici." expliqua Eponin quand elles s'arrêtèrent. "De temps en temps, certains petits groupes essayent de traverser mais le temps d'arriver dans la vallée, la moitié de leurs rations a disparu. Lorsque nos patrouilles les trouvent, ils sont généralement heureux de nous voir. Personne ne s'imagine que c'est si loin du point de passage et jusqu'à présent personne n'a jamais réussi à passer les montagnes sans que nous les repérions. " Elle but une longue gorgée d'eau avant de passer la gourde à Xena.

"Il nous faudra environ une moitié de marque de chandelle pour descendre dans la vallée mais il y a de l'espace en bas pour laisser ces demoiselles galoper." dit Eponin en souriant.  "Tu pourras observer à quel point les chevaux des Amazones sont les meilleurs."

"Oh, je pense qu'Argo relèvera le défi, n'est-ce pas ma fille?" dit-elle en caressant le cou de sa jument en toute confiance. Le vent changea de direction et une odeur familière attira l'attention de Xena. Elle se redressa sur sa selle et fit un signe à l'attention d'Eponin. "Tu sens ça?"murmura-t-elle.
"Je ne sens rien hormis les arbres ..." elle se concentra, et du crottin de cheval. "

"Exactement". Dit Xena. "Tu disais que cet endroit était déserté. Y aurait-il des chevaux sauvages par ici?"

 "Allons vérifier." Dit l'Amazone en dirigeant son cheval noir vers le bas du sentier. La guerrière aux cheveux corbeau suivait, se maudissant de ne pas avoir pris ses armes et son armure avant de quitter le village.
Elles atteignirent une crête. Eponin quitta soudain la piste et se dirigea vers les arbres. Xena la suivit jusqu'à ce que l'Amazone descendît de cheval et attachât ses rênes à une branche.

 "Ce chemin fait le tour de la montagne, mais certains endroits sont trop étroits pour les chevaux. Il va falloir continuer à pied." La grande guerrière hocha la tête et attacha Argo. Elles avançaient en silence, en faisant très attention quand les arbres s'éclaircirent et que le chemin à pic se fit extrêmement étroit. Une odeur fraiche leur chatouilla les narines et cette fois, elles surent qu'il ne s'agissait pas de chevaux sauvages. L'odeur de viande cuite flottait autour d'elles.

"Ils sont combien à ton avis?" demanda Eponin.

"Trop difficile à dire. Ça sent fort la viande pour un petit groupe, à moins qu'ils ne la fassent fumer pour la sécher. Il faut qu'on se rapproche."
Elles progressèrent sur le chemin étroit et l'odeur se renforça. Elles arrivèrent à un endroit où le sentier était à peine plus large que leurs bottes. Des rochers débordaient légèrement de la paroi, ce qui augmentait la difficulté. Avec sa petite taille, Eponin arrivait facilement à ne pas trop se pencher mais Xena n'avait pas cette chance. Elle se pencha davantage, peu à l'aise, et sa botte glissa sur des rochers épars. En un instant Eponin attrapa une branche en surplomb d'une main et le poignet de Xena de l'autre, la tirant de toutes ses forces.

 "Je te tiens !" Gronda l'Amazone en reprenant son équilibre.

"Merci." dit Xena. Elle regarda au bord, effrayée à la vue des rochers brisés bien plus bas.

"Ce n'est rien. Tu crois que je veux être seule pour expliquer à Gabrielle comment tu as été blessée?" dit-elle. "Impossible."

Xena ne fit aucun commentaire sur la remarque de l'Amazone et elles continuèrent, de plus en plus mal à l'aise à chaque pas. L'odeur devenait plus forte et il n'y avait désormais aucun doute sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'une petite poignée de bandits. Elles arrivèrent à un grand arbre avec des branches ramifiées qui s'étendaient au-dessus du bord. Eponin sauta et se pencha pour offrir son aide. Xena lui sourit et sauta vers le haut de l'arbre, ses pieds atterrissant sur la même branche qu'occupait l'Amazone. wormed her way out along its length. Réalisant que le poids était peut-être un peu trop pour la branche, Xena se fraya un chemin plus haut. Eponin fit de même et leurs yeux s'écarquillèrent devant ce qu'elles découvrirent.

 "Qu'est-ce que tu fais?!" rugit Artemis en faisant irruption dans l'antre de son frère. "Tu sais que tu ne peux pas intervenir."

"Je n'interviens nullement." répondit Ares. "Tu remarqueras que je ne les ai pas mis sur tes terres. Et concernant le fait d'intervenir, que penserait notre très cher vieux père de ce petit truc que toi et Apollon avez utilisé, hmm?"

 "Nous n'avons fait que rendre une épée à une Amazone. Ca n'avait rien à voir avec Xena."

"Oh, bien sûr que non, c'est juste de sa faute si ta catin l'a perdue. D'ailleurs, c'est fini maintenant. C'est complètement différent." Il se dirigea de l'autre côté de la salle et sourit. "Et tu ne peux rien y faire." Il vit Artemis faire un pas en avant et se cogner contre une barrière invisible. "Un problème, chère sœur? Oh, je parie que tu as cru que j'avais enlevé TOUS les petits pièges de Sisyphe." Il se mit à rire méchamment.  "Tu n'iras nulle part pendant un moment, repose-toi et profite." Il s'éloigna de la barrière invisible pour ne pas recevoir de coups.

"Ne t’inquiète pas, sœurette, je ferai en sorte de te laisser sortir dès l'instant que la dernière de tes Amazones sera tuée, violée, ou réduite en esclavage." Comme il disparaissait peu à peu, il rit en voyant sa sœur se jeter frénétiquement d'avant en arrière contre le mur invisible.

"Une suggestion?" Demanda Xena une fois de retour sur la terre ferme. "Combien en vois-tu?"

 "Vue la taille du campement et le nombre de tentes, je dirais qu'ils sont au moins une centaine." Tu as vu les catapultes?"

"Ouais, sans compter les javelots et les filets. Ils sont bien préparés."

"Une idée sur qui ils sont?"

"Non." Elle secoua la tête. "Je ne reconnais pas leurs armoiries."
"Nous ferions mieux de rentrer et de prévenir les autres. Nous pourrions rassembler les guerrières juste avant les montagnes. Elles pourront les avoir un par un quand ils prendront le sentier." L'Amazone sourit à cette idée.
"Bien sûr, jusqu'à ce qu'ils envoient leurs filets et piègent les Amazones comme un banc de poissons, ou visent leurs catapultes sur les arbres et tuent les archers." Xena se mit à genoux et dessina sur la terre sablonneuse. "Non, nous avons besoin des guerrières, mais elles ne peuvent pas affronter ces armes." Elle hocha inconsciemment la tête, respectueuse de la chef de guerre qui planifiait l'attaque. "Ils vont probablement envoyer les armes en premier sur le sentier au cas où ils rencontreraient de la résistance avant d'envoyer les hommes au village. Ce serait un massacre."

"Mais si nous attendons  qu'ils aient passé les montagnes, ils pourront s'étendre et attaquer. Ce serait également un bain de sang et certains pourraient encore passer au travers." Elle vit un sourire sur le visage de la grande guerrière et un scintillement dans ses yeux. "Xena, tu as un plan, n'est-ce pas?"

"Il faut qu'on envoie un message à Ephiny, mais j'ai besoin de toi ici avec moi pour que ça marche. Je ne peux pas le faire seule."

 "Très bien, que proposes-tu?"

"Argo peut leur amener un message. Ce qui nous laisse ton cheval si nous devons fuir d'ici rapidement."

 "Je suis d'accord sur le fait qu'Argo est assez intelligent pour retourner au village tout seul, mais sur quoi vas-tu écrire ce message? Et avec quoi?"

"Oh. Je dois avoir des rouleaux de Gabrielle dans le coin." Elle fit à l'Amazone un sourire asymétrique. "Eh bien, nous allons devoir emprunter un parchemin et de l'encre aux garçons en-bas." dit-elle comme si ce n'était pas grand chose. "Viens, on perd du temps." Eponin sourit, secoua la tête, et suivit Xena qui descendait à couvert la pente vers la vallée.

Gabrielle regardait le soleil commencer à se coucher à l'horizon puis elle se rendit aux écuries pour la quatrième fois. "Je vais la tuer pour me rendre si inquiète." grondait-elle en constatant de nouveau qu'il n'y avait aucun signe de Xena ou d'Argo. Elle se retourna vivement et heurta Ilanna. "Oups, désolée."

 "Ca va, ma reine. Je ne faisais pas attention où j'allais. C'est de ma faute." répondit la garde Amazone, même si ce n'était pas vrai et que l'inattention de la barde était en faute. Gabrielle hocha la tête et regarda distraitement l'écurie. "Ma reine, quelque chose t'ennuie?"

"S'il te plaît appelle-moi Gabrielle." Elle soupira et se frotta la nuque. "As-tu vu Xena? Elle était censée s'occuper d'Argo, mais ça fait des marques de chandelle."

 "Oh, elle est partie à cheval avec Eponin. Je suis sûre que tout va bien." Gabrielle hocha la tête, peu convaincue. Elle avait un drôle de sentiment et voulait voir Xena et savoir qu'elle allait bien.

Elles se déplacèrent dans les arbres, faisant bien attention à ne pas faire trop bruisser les feuilles et dépassèrent des deux premières sentinelles avec facilité. Eponin et Xena se sourirent silencieusement une fois atteint l'arrière d'une des tentes, idéalement installée au bord du campement et à moins d'un mètre de leur arbre. L'Amazone se laissa glisser sur le sol et s'appuya contre la toile pour écouter le moindre bruit à l'intérieur. Elle fit un signe de la main et fut rapidement rejointe par Xena.

"On entre et on sort, d'accord?" chuchota Eponin.  "Je ne suis pas d'humeur à me faire prendre." Elle sortit lentement son épée de son fourreau et fendit proprement la toile.

Malheureusement, elles avaient choisi la mauvaise tente. Il y avait des parchemins, même de l'encre, mais la plume n'était nulle part. Xena fouilla les affaires sur la table branlante, laissant tout tomber par-terre.

 "Vas-tu faire moins de bruit!" siffla Eponin. "Et regarde la pagaille que tu mets. Ils vont savoir qu'on est venues si tu continues comme ça."
"Je doute qu'ils voient la différence." répondit sèchement Xena en montrant le foutoir. Elle bougea sa botte et entendit un léger craquement. "Aha!" dit-elle triomphalement et elle se baissa pour ramasser la plume brisée.  "Hein?" et elle la jeta derrière elle.

"Hey!" Eponin s'approcha et récupéra la plume. "La pointe est encore bonne. Allez, on n'a pas le temps d'en chercher une autre."
"Mais elle est cassée." grogna Xena, remuant un peu plus le désordre autour d'elle. "Je suis sûre qu'il y en a une autre quelque part."
"On n'a pas le temps." dit l'Amazone fermement avant de saisir le bras de la grande femme pour la faire sortir de la tente.
 "Je te dis-" commença Xena.
"Vous allez quelque part mesdames?" dit une voix grave derrière elles. Les femmes échangèrent un regard.
"A ton avis?" demanda la guerrière aux cheveux corbeau.
"Bien sûr, pourquoi pas." Répondit l'Amazone sans hésiter avant de s'accroupir et de balayer de son pied les jambes du soldat pendant que Xena lui envoyait son poing dans la mâchoire.
 "Qu'est-ce qu'on en fait?" demanda Eponin comme elle se levait et époussetait sa jupe.

"Eh bien, on ne veut pas le réveiller et alerter les autres, n'est ce pas?" Ricana Xena en le mettant sur son épaule. Eponin eut la bonne idée de retourner dans la tente pour ramasser une chemise qui trainait par terre. Aucune des deux femmes n'avaient assez de vêtements pour le bâillonner. Quelques instants plus tard le soldat inconscient se retrouva confortablement installé dans les branches supérieures de l'arbre et solidement attaché pour éviter qu'il ne tombe ou qu'il appelle à l'aide.

Ephiny s'appuya contre la table et regarda Gabrielle faire les cent pas pour la énième fois. "Elle va bien. Eponin est avec elle. Quels problèmes pourraient-elles rencontrer?" La tête de la barde lui fit regretter sa question.
 "Tu ne la connais pas. Avec Ep'? Deux guerrières qui n'ont rien à faire?" Elle se mit à marcher de nouveau puis s'arrêta et regarda la femme blonde, de la peur dans les yeux. "Oh dieux, et si elles ont rencontré un problème?" Son regard tomba sur  l'armure et les armes posées sur le lit. "Xena n'a pas son épée, ni son chakram ... elle n'a même pas son armure. Elle est dehors avec cette petite tenue que Solari lui a prêtée."
"Gabrielle." Ephiny avait fait l'erreur d'apporter personnellement les affaires de Xena et se trouvait maintenant aux prises avec la barde, dont l'humeur changeait aussi rapidement que la direction de ses pas. "Tu sais que Xena peut tout gérer, avec ou sans ses armes." Elle s'approcha et serra les épaules de la jeune femme. "Allez. Tu te fais peur toute seule. Elle va bien."
"Je sais." dit doucement Gabrielle. "C'est juste qu'elle devrait être revenue depuis longtemps. Elle devrait savoir que je m'inquiéterais." Elles furent interrompues par un coup à la porte. La barde l'ouvrit et vit une éclaireuse à bout de souffle.
"Désolée de te déranger, ma reine ... Ephiny est là?"
"Oui Polydora, qu'est ce qui ne va pas?" Gabrielle recula et laissa entrer l'éclaireuse.
 "Le cheval de Xena. Trois personnes tentent de l'attraper, mais il ne veut pas se laisser faire."  Gabrielle fut dehors avant que l'éclaireuse ait terminé sa phrase.
"Argo!" cria la barde. Les trois Amazones qui tentaient d'encercler le cheval virent avec étonnement la jument se calmer et trotter vers la voix familière. "Chut ..." Gabrielle la rassura et caressa le cheval énervé. "Où est Xena?"
"Hé, c'est la selle d'Ep!" dit Ephiny en passant la main sur le cuir usé. "Cela n'a aucun sens. Pourquoi sa selle se trouve sur le cheval de Xena?"
"Enlevons-la." Dit Gabrielle, desserrant les sangles. "Ca doit forcément signifier quelque chose." Polydora approcha une torche pour que la jeune reine puisse voir les sangles qu'elle ne reconnut pas. Comme Ephiny retirait la selle, un morceau de parchemin voleta sur le sol.
"Pas d'ennuis possibles, hein? Quel genre de problème pourraient-elles avoir, Gabrielle?" dit la barde, se moquant de la remarque d'Ephiny. Elle approcha le mot de la torche pour le lire. A la vue des mots "grande armée" son visage blêmit et elle s'appuya contre Argo.
"Qu'est-ce que c'est?" Demanda Ephiny en lui prenant le mot.
"Nous devrions le lire à l'intérieur." dit Gabrielle alors que son cœur se remplissait d'inquiétude pour sa guerrière.
Ephiny envoya Polydora chercher Ilanna et Solari. Gabrielle emmena Argo à l'écurie et lui donna une pomme avant de tendre les rênes à  une Amazone."C'est bien ma fille." Elle tapota la jument d'un geste rassurant. "Clonie va prendre soin de toi."
Une fois Argo dessellée, Gabrielle suivit Ephiny et les deux autres Amazones dans la cabane de la reine. A l'intérieur, la barde alluma nerveusement des bougies pendant que la régente lisait le message. Elle reposa le parchemin et étudia la carte avant de regarder la barde. "Elles ont trouvé une armée de plus de cent hommes qui campent dans la vallée, juste derrière les montagnes. Il y a des chiffres et des lettres là dans le coin mais je-" Gabrielle récupéra le message et analysa l'écriture familière.
"Quatre catapultes, trois javelots, et je ne suis pas sûre de l'autre." La barde reconnaissait les codes de Xena. "Ce n'est pas bon." Dit-elle en rendant le mot à Ephiny.
"Non, effectivement." répondit l'Amazone au moment où Solari entrait, suivie d'Illanna. "Le village est sous la menace d'une grande armée." Expliqua rapidement Ephiny.  "Ilanna, que les guerrières se tiennent prêtes. Solari, rassemble tous les enfants et les personnes âgées et amène-les au village des Centaures. Ils seront plus en sécurité là-bas."
 "Quoi?" protesta la grande Amazone, incrédule. "Ephiny, je suis une guerrière. Tu n'es pas sérieuse. Je ne vais pas fuir et laisser les autres défendre ma maison."
"Je suis très sérieuse.  Tu es toujours en convalescence, mais plus important encore..." elle s'approcha de son amie. "Je te demande de t'assurer que les enfants du village seront en sécurité avant qu'une centaine de soldats, voire plus, commence à attaquer." Les deux femmes se fixèrent un moment, jusqu'à ce que Solari finisse par hocher la tête.
"Tu n'as rien à craindre. Je vais les mettre à l'abri."
"Je sais." répondit Ephiny avec une poignée de main et un sourire. "Très bien. Allons-y. Le message dit qu'elles vont rester là-bas et faire quelques surprises à nos indésirables hôtes. Assurons-nous d'y arriver à temps pour en profiter."

Sous le couvert de l'obscurité, les deux femmes firent le tour du campement pour se rapprocher de la catapulte. Xena prit son épée, un cadeau du garde qui dormait à présent dans l'arbre. Eponin montra les deux hommes qui se tenaient à proximité et montra celui dont elle allait s'occuper. La grande guerrière acquiesça de la tête et alla de l'autre côté.
"Des Suggestions?" chuchota Xena une fois arrivées à la première catapulte. Le bras de lancement était déjà en position, retenu par des cordes tendues.
"Eh bien, on ne peut pas ne couper les cordes, ça va envoyer le bras et les avertir de notre présence." dit l'amazone
"D'accord. Il faut trouver un autre moyen de la désactiver." Dit-elle en regardant l'arme par-dessus son épaule. La catapulte était attachée à un grand chariot de transport. Xena vit les broches en bois qui tenaient l'essieu de la roue. "Parfait."
Le duo œuvra les trois chandelles suivantes. Elles se glissèrent dans le campement, sabotèrent les armes et firent de leur mieux pour éviter de se faire remarquer. Eponin considérait qu'elles avaient eu de la chance de n'avoir à frapper que quatre hommes durant leurs petites activités. Elles avaient presque fini quand l'Amazone remarqua, à la vue et à l'odorat, ce qui devait être la tente des repas. "Hé Xena, tu crois qu'ils auraient un peu de graisse? "
"Avec une armée de cette taille, ça ne fait aucun doute." Ses yeux se plissèrent en voyant sa partenaire sourire. "A quoi penses-tu, Ep?"
"Tu vas voir ... viens." Elle fit une ouverture derrière la tente. Il ne leurs fallut pas longtemps pour trouver ce qu'elles cherchaient.
"Bon, alors qu'est-ce qu'on va faire avec ça?" Dit Xena en aidant Eponin à sortir le gros fût hors de la tente.
"Tu n'as jamais joué avec des porcs pleins de graisse?" Demanda l'amazone, en souriant toujours. La grande guerrière leva un sourcil et lui fit un regard à la "tu es sérieuse?" avant de lui retourner son sourire. Peu importait ce qu'Eponin était prête à faire, Xena était certaine que c'était sournois, méchant, et que ça leur assurerait probablement un bon fou-rire.
Les archers grimpèrent dans les arbres près du sentier tandis que les guerrières prenaient leurs positions sur le terrain. Ephiny vérifia deux fois la corde de son arbalète avant de chercher le masque aux couleurs vives qui identifiait Gabrielle. Elle trouva la barde en train de regarder le sentier qui disparaissait dans les ténèbres au-delà des montagnes.
 "Ca va?" demanda-t-elle en s'approchant de la jeune reine.
"Ca va." répondit-elle, serrant un peu plus son bâton. "Je me sentirais mieux si je savais où elles étaient."
"Gabrielle, ce sont des guerrières. Elles vont bien." Elle tapota le bras de la barde. "Je connais Eponin, elle ne prend jamais de risques. Xena est pareil. Aucune d'elles ne sera imprudente." Elle savait que son assurance tombait dans l'oreille d'une sourde.
"Je sais." déclara la barde peu convaincue. "Je crois que je vais aller voir comment vont les autres."
 "D'accord, ne t'éloigne pas trop. Le matin sera bientôt là."
Gabrielle marchait sans but, passant d'un groupe de guerrières à un autre, contente que son masque de cérémonie gardât son visage caché ainsi que les larmes qui coulaient. "Où es-tu, Xena?" demanda-t- elle au ciel nocturne, concentrée sur les étoiles qui lui faisaient penser à un ours.

"Alors... attendons le matin." dit Eponin en s'allongeant sur l'herbe, les mains derrière la tête. Elle ricana. "Tu imagines leur tête quand ils vont essayer de partir demain?"
"Le mot clé est 'essayer'." Xena rit à son tour, roulant sur le ventre pour faire face à l'Amazone. "J'aimerais bien voir leur tête quand ils lanceront le filet."
"Oh, et quand ils essaieront de bouger les catapultes!" Elles éclatèrent d'un rire silencieux à cette idée. Elles se remémoraient les pièges qu'elles avaient préparés, chacun plus drôle que le précédent.
Une fois installées, Xena bascula sur le dos et laissa son regard errer sur les lumières scintillantes au-dessus d'elles. "On dirait une louche." dit-elle doucement.
 "Hein?"
 "Rien. Je pensais à vois haute." La femme aux cheveux corbeau retourna vers les étoiles. Elle avait beau la regarder dans tous les sens, elle n'arrivait pas à distinguer l'ours que Gabrielle était persuadée de voir. "Tu me manques." Pensa-t-elle en fermant les yeux et elle laissa son esprit se remplir de la vision de la femme qu'elle aimait. Elle espérait que leurs actions amèneraient une rapide victoire. Xena pensa encore à reprendre le sentier pour rejoindre les Amazones. Elle était sûre qu'elles étaient déjà en place et certaine que Gabrielle était avec elles, inquiète.
"Ep?"
"Mmm?"
"Tu es sûre que nous ne devrions pas revenir sur nos pas et rejoindre les amazones?"
"Je croyais que tu voulais voir ce qui allait se passer demain matin. Nous rattraperons les renforts bien avant que l'armée ne soit arrivée."
"Je sais." Xena soupira. "Tu veux vraiment rester dans les parages?"
"Quoi, tu ne veux pas?" Eponin était intriguée par l'étrange question de son amie.
"J'aimerais voir notre plan se concrétiser, mais ..." Elle fixait les étoiles.
"Mais tu veux retrouver Gabrielle, hein?"
"Je ne te laisserai pas seule ici ... nous restons." dit Xena, mais son regard disait tout autre chose. Eponin soupira et s'assit.
"Je suppose que nous devrions retrouver Ephiny et lui faire savoir ce que nous allons combattre exactement."
"Oui." La guerrière aux cheveux corbeau accepta tout de suite.
 "Évidemment, nous allons manquer le spectacle."
 "Ouais." admit Xena d'un air coupable.
"Mais ce sera drôle aussi de les voir quand ils auront atteint l'autre côté de la montagne et qu'ils tomberont sur les Amazones après tout ce que nous les pièges qu'on leur a préparés." dit Eponin en resserrant ses lacets. Quand elle mit debout, Xena avait déjà sellé le cheval et se dirigeait vers le sentier qui l'amenait à Gabrielle. L'Amazone regarda la silhouette disparaître dans le noir et eut un petit rire silencieux. "Je n'aurais jamais pensé te voir tomber amoureuse à ce point mon amie, mais je ne vois personne qui le mérite plus que toi. Sauf moi, bien entendu."

Ephiny s'assit contre un gros rocher et ferma les yeux, essayant de se reposer avant la bataille à venir. Elle venait de s'assoupir quand Ilanna lui tapota l'épaule et se dirigea vers le sentier. La régente n'eut pas besoin de lever la tête pour savoir que ses guerrières étaient en position. Elle sentit une présence et se retourna pour voir Gabrielle agenouillée à côté d'elle, bâton à la main. "Les éclaireuses disent que deux personnes approchent mais il fait trop sombre pour savoir de qui il s'agit." murmura la barde. "Je parie que ce sont elles."
 Tout fut calme pendant plusieurs battements de cœur jusqu'à ce que les silhouettes apparaissent au bout du sentier, les bras en l'air et les mains jointes dans le geste de paix des Amazones. Un sourire apparut sur le visage de la barde quand elle aperçut la silhouette caractéristique de Xena. Il lui fallut tout son courage pour ne pas sautiller, courir vers la guerrière et jeter ses bras autour de la femme qui lui avait tant manqué. On entendit un soupir chez les guerrières quand elles réalisèrent qu'il n'y avait pas de danger et elles retournèrent à leurs tâches.
 Eponin expliqua à Ephiny ce qu'elles avaient découvert et, plus important, ce qu'elles avaient fait pour saboter l'armée. Gabrielle suivit tranquillement Xena loin des Amazones jusqu'à ce qu'elles fussent complètement seules. La barde ouvrit la bouche pour parler mais se trouva enveloppée dans les bras puissants de la guerrière, leur ventre nu se touchaient, le visage de Xena dans le cou de Gabrielle.
"Tu m'as manquée." dit doucement la guerrière.
"Tu m'as manquée aussi, j'étais inquiète." avoua Gabrielle.
"Viens ici." dit Xena. Elle prit la main de la barde et l'amena sous un grand arbre. La guerrière s'assit et s'adossa à l'écorce lisse avant de tirer Gabrielle sur ses genoux. "Nous avons un peu de temps avant qu'ils ne se réveillent. Pour le moment tout ce que je veux, c'est te serrer dans mes bras, d'accord?" Pour réponse, elle reçut un petit baiser et les bras de sa chère barde l'enveloppèrent. Xena ferma les yeux et se détendit, savourant la sensation. Il ne fallut pas longtemps pour que la respiration de Gabrielle changeât, plus lente et plus profonde comme le sommeil la rattrapait. La guerrière sourit et se décala légèrement pour trouver une position plus confortable avant de se laisser aller au même luxe. Elle savait que les Amazones les réveilleraient dès qu'il y aurait du mouvement.

Artok sortit de sa tente et sourit. C'était le jour où Ares allait être fier de lui, le jour où il mènerait son armée dans le village des Amazones et revendiquerait leur territoire. Il prit une profonde inspiration, jurant sentir la victoire dans l'air vif du matin. "D'accord les mecs, il ne faut pas perdre de temps. Pensez à toutes ces catins qui nous attendent pour les vaincre." Sa remarque déclencha quelques commentaires obscènes des hommes sur tout ce qu'ils allaient faire une fois qu'ils auraient capturé les femmes. "Ah, oui." pensait-il. "Ares sera si fier de moi." Il garda son sourire en attrapant les rênes de son cheval. Un sourire qui disparut subitement quand son pied glissa sur l'étrier gras et que son menton heurta le côté de la selle. "Par Hadès!" Autour de lui, il entendit des exclamations semblables alors que ses hommes glissaient sur leurs étriers.
 "Ranis, viens là!" gronda Artok à son lieutenant.  "Mets-toi à quatre pattes." Le petit homme fit ce qu'on lui dit et grogna quand il sentit les bottes du seigneur de guerre sur son dos. "Voilà, c'est mieu-whoua!" dit-il glissant une fois de plus. "Qu'est-ce qui se passe ici?" hurla-t-il.
"Monsieur, toutes les selles sont pleine de graisse." dit l'un des hommes.
"Eh bien alors enlevez-la, idiot!" hurla Artok.
 "Ce n'est pas bon, votre seigneurie." répondit Ranis. "Leurs pantalons sont tout gras maintenant. Même si on essuie les selles, ils glisseront quand même."
"Eh bien dis-leur de s'accrocher. Qui était en faction cette nuit? Comment est-ce arrivé?" aboya-t-il. Ce n'est pas bon, pas bon du tout, se dit-il. Il attrapa Ranis par la chemise et le tira vers lui. 
"Que ces hommes montent sur leurs chevaux et fassent bouger ces armes. Je vais montrer à ces catins qu'elles ne nous battront pas avec de la graisse." Il attrapa un autre soldat et l'utilisa comme marchepied pour remonter sur son cheval. Cette fois, il resta prudent et parvint à garder l'équilibre bien que la graisse sur son pantalon le rendait mal à l'aise. 
"Allons-y !" Cria-t-il.
Les catapultes en premier, Artok et ses hommes marchèrent vers le sentier, faisant bien attention à la pente abrupte sur leur gauche. Ils se trouvaient à mi-chemin de la pente quand le seigneur de guerre entendit des cris.
"Attention!" Cria quelqu'un alors que les roues gauches des catapultes se détachaient et que les énormes armes tombaient sur le côté, se brisant contre les rochers en contrebas. Artok descendit de son cheval et courut à la tête du cortège, de plus en plus énervé à chaque pas qu'il faisait. Seule une catapulte était restée sur le sentier mais les roues avaient disparu.
"Qu'est-il arrivé?" demanda-t-il quand il atteignit enfin la catapulte paralysée.
"Je ne sais pas, monsieur. Les roues sont... tombées, je crois." dit le soldat lui à voix basse.
 "Tombées? Tombées?! Comment des roues peuvent-elles tomber?" Sa frustration était évidente.
"Je ne sais pas, votre seigneurie. Nous avancions quand soudain les roues ont commencé à vaciller et puis, pouf, elles sont ... tombées."
 "Je n'en crois rien." Artok soupira en se grattant la tête. "Eh bien, dégagez-la du chemin."

"Que font-ils?" demanda Ephiny alors que l'éclaireuse descendait de son rocher.
 "Ils poussent la dernière catapulte au bord du chemin." dit Clonie avec un sourire.
"Que tout le monde se mette en position alors." dit la régente. "Tu ferais mieux d'aller chercher Xena et la reine Gabrielle. La dernière fois que je les ai vues, elles se dirigeaient par là." elle montra une direction. "Oh, et Clonie?"
"Oui?"
 "Assure-toi qu'elles t'entendent arriver ... Xena n'aime pas trop les surprises."


partie 8 (conclusion)


Ils arrivaient au au bord du sentier quand les essieux des charriots portant les lances se brisèrent mystérieusement.
"Encore!" hurla Artok avant de  pousser les wagons sur le bas-côté. Il attrapa Ranis par le cou et le maintint contre la paroi rocheuse. "Je veux que tu inspectes personnellement le lanceur de filets. S'il y a une chose qui n'est pas à sa place, le moindre boulon, je veux le savoir, tu comprends?" Il poussa rudement le lieutenant vers les armes. "Satanées Amazones!" Cracha le seigneur de guerre comme il tentait de nouveau d'ajuster son inconfortable pantalon.
 "Tout va bien sur celle-là, monsieur." dit Ranis quelques instants plus tard. Il avait inspecté chaque roue, chaque essieu, chaque harnais. "Elles n'ont pas du avoir eu le temps de s'en occuper."
 "Il y a intérêt sinon c'est ta tête dont je m'occuperai." répondit Artok. "Maintenant, partons."

Clonie fit le signal expliquant que l'armée était presque là et se laissa glisser par-terre pour se mettre en position au fond du champ derrière les guerrières. Gabrielle insista pour rester avec Ephiny pendant qu'Eponin et Xena se prélassaient à l'ombre d'un grand cyprès, complètement indifférentes aux forces en approche.
"Tu crois qu'ils ont déjà découvert les filets?" bâilla l'Amazone. Xena ouvrit un œil et aperçut l'arme au bout du chemin.
"Non." répondit-elle en refermant les yeux.
 "On devrait peut-être bouger?"
"Non, nous sommes très bien ici." répondit la grande guerrière. Cachées dans les branches au-dessus des deux femmes, trois archers se regardaient, perplexes quant à l'apparente désinvolture des deux guerrières devant la grande armée qui approchait.
Debout à la droite de son impressionnant lanceur de filets, Artok observait la masse d'Amazones qui l'attendait. "Rendez-vous maintenant et nous vous épargnerons." dit-il impérieusement.
 "Je suis Gabrielle, reine des Amazones." La barde s'avança, agrippée à son bâton. "Vous avez enfreint les limites de la Nation Amazone. Jetez vos armes et retournez d'où vous venez ou nous serons obligées d'employer la force."
"Tu es la reine?" Il ricana en regardant la petite femme dont le visage était recouvert d'un masque avec de grandes plumes. "Ca va être plus facile que je ne pensais." Il fit un signe à Ranis avant de lancer un sourire trop confiant à la reine des Amazones. Le lieutenant sourit à son tour et leva son épée pour couper la corde qui retenait le bras de l'arme. A l'instant où la corde fut tranchée, le bras s'envola et libéra le filet. Xena et Eponin regardaient avec un sourire auto-satisfait tandis qu'Artok vit avec horreur des centaines de morceaux de corde atterrir sur le sol.
Le chef de guerre dévisagea son commandant en second. "Tout va bien avec celui-ci, Monsieur." dit-il ironiquement. "Tout va bien mais ce fichu filet a été coupé!" rugit-il en lançant son épée au hasard sur Ranis  Plusieurs guerrières baissèrent leur épée et sourirent aux deux femmes responsables d'avoir déjoué les plans du seigneur de guerre. L'amour-propre d'Artok était bien plus blessé que son bon sens n'aurait pu compenser.
"Attaquez!" Il hurla, levant son épée en l'air.
Le problème avec les hommes qui cherchaient sans cesse à rajuster leurs pantalons gras fut que leurs mains se trouvaient tout aussi grasses, ce qui leur rendait difficile, voire impossible, de garder leur épée en main. Les guerrières Amazones avancèrent et envoyèrent rapidement valser les armes des mains de ceux qui avaient été assez fous pour ne pas les avoir jetées. Artok était focalisé sur la petite Amazone en face de lui et il ne vit donc pas Ilanna se glisser derrière lui. Un coup avec la poignée de son épée et le seigneur de guerre s'effondra sur le sol. L'Amazone à la peau foncée hocha la tête vers sa reine et rejoignit la mêlée des guerrières.
"Tu crois qu'on devrait les aider?" demanda Eponin sans ouvrir les yeux.
"Nous avons déjà fait notre travail. Tout va bien." répondit Xena, mais au lieu d'être fermés, ses yeux étaient fixés sur une silhouette. Elle n'avait pas besoin de s'inquiéter. Ephiny et Ilanna restaient toujours au plus près de Gabrielle, sans se mettre en travers de son bâton. Encore une fois, elles n'avaient pas à s'en faire, la barde rembarrait aisément tous les hommes à sa portée. En une marque de chandelle, l'armée fut battue à plate couture, la moitié par capitulation, les autres gisaient inconscients, morts, ou couraient en bas du chemin dans une tentative désespérée pour semer leurs poursuivantes.
"Sois maudite, Xena!" grogna Ares en voyant le résultat dans sa boule de divination. Il regarda sa sœur toujours prisonnière et sourit gentiment. "Eh bien ... il n'y pas de dégâts." Il se dirigea vers le mur et souleva la barrière invisible. "Aucune de tes cat- je veux dire Amazones n'a été blessée et regarde, comme ça, elles n'ont pas besoin d'entraînement."
 "Père!" cria la déesse de la Lune.  En un clin d'œil, la silhouette imposante de Zeus apparut.
"Allez, c'était juste une blague ...." dit Ares avec un geste apaisant.
"Il m'a prise au piège et a envoyé une armée chez mes Amazones." Les yeux noirs de Zeus se firent ombrageux comme il dévisageait son fils.
 "Je croyais t'avoir dit de laisser Xena tranquille." grommela-t-il. Sa voix profonde résonna dans tous les alentours.
"Je l'ai laissée tranquille. Ca n'a rien à voir avec elle. Et je n'ai pas traversé la frontière. Je le sais bien."
"Non, tu as envoyé ton armée juste à côté." protesta-t-elle. Zeus leva les mains pour les faire taire.
"Ecoutez-moi bien vous deux." Il se tourna vers sa fille. "Artemis, tu sais que c'est le Dieu de la guerre. La guerre est son domaine et ce qui le rend utile, même si je n'approuve pas tout ce qu'il fait. S'il choisit de saisir une occasion et d'envoyer une armée contre tes Amazones, eh bien tu dois prendre le risque. Il sait qu'il ne peut pas interférer sur tes terres et tant qu'il respecte ça, je ne peux rien faire. " Il leva la main, montra le panneau qui contrôlait le piège et lança un éclair, ce qui le le détruisit immédiatement.
"Quant à toi ..." Il regardait Ares. "Tu as utilisé un piège de mortel pour emprisonner ta sœur. Tu as dépassé les limites!" Ce fut l'une des rares fois où les yeux d'Arès ne montrèrent aucun mépris ni indifférence. Ils montraient la peur, la vraie peur, comme quoi il était finalement allé trop loin et une fois de trop. "Artemis ..." dit Zeus, ses yeux noirs ne quittant pas son fils. "Laisse-nous." La déesse de la Lune était sortie avant que les mots n'aient fini de se répercuter contre les murs.

La nuit était presque tombée lorsque les Amazones revinrent au village. Ca avait pris presque toute la journée de chasser les hommes de leurs terres et de nettoyer le campement dégoutant qu'ils avaient laissé derrière eux. Seuls Artok et Ranis furent arrêtés et emmenés à la prison. Une fois là, Ranis répéta à qui voulait l'entendre que c'était Ares qui l'avait envoyé attaquer le village. Artok allait et venait, faisant bien attention à ne pas trop s'approcher des Amazones qui lui lançaient des regards de la cellule voisine pendant qu'il hurlait vers celle de Ranis.

Ephiny annonça qu'il y aurait une fête en l'honneur de la victoire des Amazones au coucher du soleil le lendemain. Tout le monde avait besoin de se reposer après être restée debout toute la nuit, puis s'être battues toute la journée, sans parler de la veille avec le procès. Xena se rendit à l'écurie pour vérifier rapidement Argo avant de retourner à la cabane. Elle trouva sa barde endormie sur le lit, toute habillée. Elle se mit à genoux pour retirer délicatement les bottes de Gabrielle puis s'installa à ses côtés et couvrit leur deux corps d'une couverture.
"Bonne nuit, ma douce barde." murmura-t-elle en embrassant la joue de la jeune femme.

Le lendemain fut plutôt paresseux dans le village. Solari ne revint avec les enfants qu'à la fin de l'après-midi, permettant à de nombreuses guerrières de dormir ou de passer un moment tranquille avec leur amante. La foule habituelle du petit-déjeuner fut presque inexistante et celle du déjeuner laissa le temps à Trasis de préparer la fête. Xena se réveilla peu après que le soleil se trouva haut dans le ciel. Elle pensa réveiller Gabrielle mais abandonna en réalisant que la barde s'était beaucoup battue dans la journée et que la fête durerait tard dans la nuit. Les Amazones n'étaient pas réputées pour se coucher tôt quand il y avait une fête et elles n'apprécieraient pas que leur reine déroge à la règle. La guerrière décida qu'Argo avait mérité sa balade, interrompue la veille. Elle se glissa hors du lit et regarda les vêtements que lui avait prêtés Solari, puis les siens, toujours en un tas puant au-dessus de la sacoche.

Elle savait qu'il n'y aurait pas moyen d'éviter de faire ne serait-ce qu'une apparition à cette fête, mais qu'elle fut damnée si elle se présentait sans ses cuirs.  Avec un soupir, elle ramassa ses vêtements et se dirigea vers le tanneur pour trouver la pâte dont elle avait besoin pour les nettoyer, une tâche qui allait lui prendre trois bonnes marques de chandelle, voire plus.
Ephiny montra le bout de son nez quelques chandelles avant la fête. Elle alla à la cabane d'Eponin pour voir si elle voulait manger avec elle, mais la guerrière n'y était pas. Elle alla sur le terrain d'entraînement, dans les écuries, même au temple, mais il aucun signe de son amie. Après avoir perdu la plus grande partie d'une marque de chandelle à la chercher, Ephiny abandonna et se rendit seule à la cantine.

 "Ep Salut." dit Gabrielle quand elle vit entrer son amie. "Viens me rejoindre."
"Où est Xena?" L'Amazone s'installa sur une chaise face à la jeune reine.
"Elle m'a laissé un mot qui disait qu'elle allait nettoyer ses cuirs et faire un tour avec Argo." répondit la barde avec désinvolture, même si elle avait été déçue de se réveiller seule. Elle était réconfortée par le souvenir de s'être réveillée au milieu de la nuit, les bras de la guerrière l'enlaçant et le visage enfoui dans ses cheveux. C'était comme si elle était recouverte de l'amour de la guerrière, même dans le sommeil. Gabrielle se sourit à elle-même.

"Un dinar".  dit Ephiny avec un sourire.
 "Hmm?"
"Un dinar pour savoir à quoi tu penses."
"Oh." elle baissa les yeux sur son assiette, le sourire ne quittant pas ses lèvres. "Je pensais juste à Xena."
 "Évidemment. Rien d'autre ne pourrait illuminer ton visage comme ça." Avez-vous..."
La barde rougit un peu et détourna les yeux. "Non ... pas encore ... enfin, pas depuis ...."
 "Pas depuis?" Ephiny leva un sourcil. "Gabrielle, vous ne l'avez pas fait dans la prison, hein?"
 "Non, bien sûr que non." Elle étudia ses ongles , réfléchissant au meilleur moyen de répondre à la question tacite d'Ephiny. "J'avais peur de te le dire, mais ...."

Xena glissa la sangle sur son épaule et sourit. Ça faisait du bien d'être de nouveau dans ses cuirs après si longtemps. Comme elle passait devant l'une des cabanes, la porte s'ouvrit. Eponin et Ilanna apparurent, leurs lèvres fermement scellées. Xena continua son chemin mais son sens aigu de l'ouïe attrapa leurs mots.

 "Je te verrai plus tard, Ep?"
"Absolument" répondit l'Amazone d'une voix rauque. Un battement de cœur plus tard Xena entendit des pas derrière elle.
"Xena, attends."

La grande guerrière se tourna et attendit qu'Eponin la rattrape.  "C'est chouette." dit Xena d'une voix traînante, ses yeux bleus fixés sur la cabane. Eponin rougit.

"Oui." murmura l'Amazone, incapable de cacher son large sourire. La femme aux cheveux corbeau rit et enroula ses bras autour de ses épaules.

"Je suis heureuse de l'entendre, Ep. Il était temps."

"Hé, c'est de ma faute si elle me trouve sexy? D'ailleurs, je pourrais dire la même chose pour toi." Elle sourit. "Gabrielle est magnifique. Tu as beaucoup de chance."

"Elle est très spéciale." répondit Xena sérieusement, les yeux dans le vague.

"Même après l'avoir..." Elle secoua la tête, ne comprenant pas comment elle pouvait mériter une si belle créature.

"Viens, allons au terrain d'entrainement et échangeons quelques coups."

"Tu plaisantes, Ep. Elles vont penser que je m'attaque encore à toi."

"Pas quand elles verront tes fesses par-terre et non les miennes." la taquina-t-elle. "Allez, on n'a quasiment rien fait pour anéantir cette armée et je suis sûre que tu dois t'entraîner."

 "Est-ce un défi?" osa la grande guerrière. "Tu sais que je peux t'assommer sans aucun problème." Elle sourit. "Pourquoi pas, je pourrais faire un "petit" entraînement."

 "Nous verrons bien ce que tu appelles un "petit" entraînement, mon amie." plaisanta encore Eponin. Elles firent quelques pas vers le terrain d'entraînement quand Xena s'arrêta soudain.

"Bon sang!" dit-elle en regardant l'arrière de sa jambe.
"Quoi?" L'Amazone s'approcha pour voir ce qu'elle regardait. "Oh, les points de suture."
"Je les avais oubliés. Donne-moi ton couteau, veux-tu?"
 "Je peux te le faire, Xena." rétorqua-t-elle en tirant la lame de sa botte. La grande guerrière la regarda et leva un sourcil.
 "Toi, un objet tranchant, ma jambe? Je ne  crois pas, non." Elle prit le couteau de la femme qui riait. En un tour de main, les quelques points de suture furent enlevés et le couteau rendu à Eponin. "C'est bon, allons-y." dit Xena nonchalamment. L'Amazone sourit et secoua la tête avant de la suivre.
Les tambours commencèrent à peine le soleil couché. Gabrielle s'excusa auprès d'Ephiny et retourna dans sa cabane se changer pour les festivités.

Elle trouva Xena assise à la table en train d'aiguiser son chakram.
"Je vois que tu as nettoyé tes cuirs." Déclara la barde en retirant son petit haut vert.
"Ouais, ça a pris un moment, et puis Ep et moi sommes allées nous entraîner." Elle posa la pierre. "Tu as besoin d'aide?" dit-elle, remarquant que Gabrielle avait du mal avec les lacets dans son dos.
 "En fait, oui." Admit la barde. Elle se tourna pour que Xena enlève les liens gênants. Elle inhala fortement quand elle sentit les doigts robustes toucher sa peau nue.

"Es-tu sûre de vouloir y aller?" Chuchota la guerrière à son oreille; Gabrielle ferma les yeux et un doux gémissement s'échappa de sa gorge. Xena détacha les liens et enroula ses bras autour du ventre nu de Gabrielle, ses longs doigts caressaient la peau tendre. "Nous pourrions rester ici."

"Mmm..." répondit la barde, le dos appuyé contre la femme.  "Je ne peux pas ... et toi non plus. Nous devons y aller."

"Toi tu dois y être. Je ne suis pas une Amazone." La guerrière libéra la barde et reprit sa tâche. "Voilà, c'est fait."

"Xena..."  Gabrielle se retourna vers Xena. "Tu n'as pas l'intention d'éviter la fête, n'est-ce pas?" la guerrière détourna les yeux. "Tu es ... Xena, tu es en grande partie la raison pour laquelle nous faisons cette fête. Si Eponin et toi n'aviez pas découvert ce campement, nous n'aurions jamais su pour cette armée avant qu'il ne soit trop tard. "

"Gabrielle, tu sais que je n'aime pas beaucoup les célébrations et les fêtes."
"Surtout quand elles te concernent, hein?" elle caressa la mâchoire musclée. "Écoute, je te promets que tu n'auras pas à faire de discours, d'accord? Juste être là avec moi."

"Elles ne remarqueront même pas que je ne suis pas là. Laisse Ep avoir la gloire, je n'en ai pas besoin, je n'en veux pas." Elle se pencha pour l'embrasser, dans l'espoir de détourner l'attention de la barde, mais Gabrielle recula.

"Xena, tu ne comprends pas? Je te veux là-bas avec moi. Depuis que tout a commencé il n'y a pas eu un moment où nous avons pu nous retrouver ensemble et nous détendre. Ce soir tout le village est en fête." Elle se haussa sur ses orteils et embrassa la guerrière. "Je veux aussi cette célébration. Non seulement la victoire sur Ares et Artok, je veux NOUS célébrer." Elle mit ses bras autour de la taille de Xena et posa sa tête contre la poitrine recouverte de cuir. "Je sais que c'est égoïste, mais je veux être là-bas avec toi. Je veux être à cette fête avec la femme que j'aime." Elle sentit les longs doigts s'enfoncer dans ses cheveux et elle releva la tête pour regarder les yeux bleus.

"Cela signifie tant que ça pour toi?" demanda Xena doucement, recevant un clin d’œil en guise de réponse. "Eh bien, nous devrions nous préparer, hein? Ca ferait mauvais genre si la reine arrivait en retard, n'est-ce pas?"

"Je t'aime." Gabrielle resserra son étreinte.

"Je t'aime aussi, n'en doute ni ne l'oublie jamais. Viens, allons-y avant qu'elles ne boivent tout le vin Amazone que j'aime tant."

Plusieurs feux de joie éclairaient le village dans l'obscurité de cette nuit d'été. Un groupe de danseuses se balançait au rythme des tambours battants. Plusieurs longues tables avaient été dispersées dans le village, empilées de nourriture. Des fûts de vin à chaque bout de table et près des feux. Une des guerrières les plus espiègles essayait d'éblouir une jeune femme béate avec sa version de la bataille, allant même jusqu'à mettre ses bras autour de la jeune Amazone pour lui montrer comment elle avait tiré la flèche qui avait transformé le combat, faisant bien attention à la tenir un peu plus étroitement que nécessaire.

Xena regarda le couple, ou ce qui en serait bientôt un selon le degré de mièvrerie de la guerrière, puis Gabrielle et se trouva incapable de réprimer un sourire. Elle ne doutait pas un instant que ce soir lui donnerait l'occasion de montrer à la barde à quel point elle l'aimait. Xena sourit à la guerrière Amazone et lui fit un clin d'œil avant de poser son bras autour des épaules de Gabrielle.

 "Que fais-tu?" demanda la barde en tournant la tête pour sourire à sa guerrière.

"Quoi ... tu ne veux pas que je te touche en public?" Plaisanta Xena. Elle allait retirer son bras quand une main lui enserra fermement le poignet.

"Ne t'avise pas de l'enlever." Gabrielle remit le bras de la guerrière dans sa position. "J'aime ça, je suis surprise, c'est tout." La barde regarda autour d'elles et remarqua l'autre couple, maintenant appuyé contre un poteau, qui s'embrassait langoureusement. "Oh, je vois." dit-elle avec un sourire narquois.
"Exhibitionniste, Xena?"

"Et quand bien même? Je ne garantis pas que ça va durer toute la nuit, mais si je veux te toucher, je le fais, d'accord?" Gabrielle s'arrêta et se redressa pour l'embrasser sur la joue.

"Bien sûr que je suis d'accord, tant que ça va dans les deux sens." Elle sentit Xena se raidir.  "Hé, je n'ai pas dit que j'allais m'accrocher à toi toute la soirée, mais je serai peut-être aussi un peu plus expressive." Elle sourit. "Après tout, ce n'est pas tous les jours que la reine des Amazones capture le cœur de la guerrière la plus talentueuse du pays."

"Tu l'as capturé il y a déjà longtemps ma chère barde." rétorqua Xena avec un sourire qu'elle réservait à la reine de son cœur.

"Hmm, probablement à la même époque où tu as pris le mien." Gabrielle ne put résister et enroula ses bras autour du cou de la guerrière pour l'embrasser. C'était sensé être un petit baiser mais les lèvres entrouvertes se firent bientôt assez passionnées pour faire gémir les deux femmes.

"Nous ne pouvons pas nous embrasser comme ça toute la nuit." Gabrielle reprenait sa respiration.

 "Non, effectivement." Convint Xena en secouant la tête pour retrouver son équilibre, qui semblait s'être envolé sous l'émotion de leur langue dansant dans leur bouche. "Encore un comme ça et nous ne pourrons même pas revenir à la cabane." dit-elle, même si elle savait que rien ne la détournerait de cet objectif. La seule question était de savoir combien de temps elles allaient rester à la fête et sociables avant que Xena puisse emmener sa barde sur leur lit et lui montrer toutes les choses qu'elle n'avait pas faites en tant que seigneur de guerre.

Alors qu'elles marchaient vers le groupe principal, Xena laissa vagabonder son esprit et elle imagina tout ce qu'elle allait faire avec et pour la jeune femme marchant à ses côtés. Sa main se mit à caresser distraitement la chair nue du bras de Gabrielle, causant un sourire amusé entre Ephiny et Solari. Xena le remarqua et leur lança un regard se voulant menaçant mais qui se révéla tout mignon alors que ses doigts caressaient toujours la peau de la barde.

Elles rejoignirent les Amazones à table et Gabrielle dégusta toutes les variétés d'aliments étalées devant elles. Xena se servit une grande tasse de porto et se rassit pour profiter de la musique et de la sensation de la cuisse nue de la barde contre la sienne. Ilanna se joignit à elles et la guerrière gainée de cuir ne manqua pas de voir à quel point la garde Amazone se tenait proche d'Eponin.

Les femmes qui jouaient du tambour changèrent de rythme, plus vif, et de nombreuses femmes rejoignirent les danseuses. Xena remplissait sa tasse tandis que Gabrielle discutait avec Ephiny. De l'autre côté de la table, la main d'Eponin disparut sous la table et Ilanna sursauta avant d'envoyer un regard étonné à son amie. Xena regarda autour d'elle et nota qu'elles n'étaient plus que cinq à table. L'attention de la barde portée ailleurs, la guerrière décida d'observer le petit jeu qui se déroulait devant elle.

Les yeux bruns d'Ilanna papillonnèrent puis se fermèrent, et quelques instants plus tard, le duo s'excusa avant de quitter la soirée. Xena les regarda s'éclipser avec envie quand elle se rendit compte qu'Ephiny poussait Gabrielle à raconter une histoire qui, selon la guerrière, allait durer plus d'une demie marque de chandelle. Elle reporta son attention sur les danseuses, les vit se perdre dans la musique, leurs mouvements plus liés à la sensation qu'à l'action. Gabrielle bougea un peu et celui lui rappela le contact de leurs jambes. Elle imagina la réaction de la barde quand elle allait la toucher un peu plus tard. Ses yeux bleus se fermèrent à la vision du corps nu de Gabrielle. Elle pensait à ses seins tendres, ses poils bouclés qui recouvraient le trésor caché, l'expression de la barde quand elle atteignait l'orgasme....
"Tu m'écoutes?"

"Hein?" Xena ouvrit les yeux et regarda Gabrielle avec désir avant que les visions ne s'effacent et révèlent la femme assise à ses côtés. "Désolée, je réfléchissais." murmura-t-elle en fixant sa tasse de porto. Le souffle chaud caressa son oreille.

"J'imagine très bien à quoi tu réfléchissais." La barde laissa ses lèvres contre le lobe de son oreille et la guerrière faillit s'étouffer avec son porto. Gabrielle posa sa main sur la sienne, sur la table. Ephiny regardait vaguement les danseuses qui se déhanchaient.

"Voulez-vous bien m'excuser? Je dois parler à quelqu'un." Avant qu'elles puissent répondre, l'Amazone s'était levée et se dirigeait vers la foule, déterminée à disparaître un petit moment. C'était déjà assez difficile de faire semblant d'écouter Gabrielle et de voir Eponin caresser Ilanna sous la table, mais voir la jeune reine minauder à l'oreille de Xena, c'était plus qu'elle ne pouvait supporter. "Ca fait trop longtemps." marmonna l'Amazone en retournant dans l'intimité de sa hutte. Certes, elle ne manquerait à personne pendant un quart de chandelle ou plus.

Un flot continu d' Amazones passa à leur table, à la fois pour discuter avec leur reine trop absente et échanger des plaisanteries polies avec Xena. Au début, la guerrière fut étonnée par la cordialité des femmes qui, il n'y avait pas si longtemps, réclamaient son exécution, mais après presque deux chandelles à entendre les mêmes mots, Xena était plus que prête pour un changement. Elle fut récompensée lorsque les tambours changèrent de rythme, plus lent. De nombreuses Amazones formèrent des couples pour danser.

 "Excusez-moi mesdames, mais je crois qu'il est temps pour la reine de danser." Déclara la guerrière en se levant. Gabrielle se leva rapidement et faillit se cogner au banc. Elle fit quelques commentaires polis aux femmes avec qui elle n'avait pas eu l'occasion de parler et suivit la beauté gainée de cuir jusqu'à la piste de danse.

Xena prit la main de la barde et la mena au bord de la piste avant de poser ses bras autour de son cou. Gabrielle posa les siens autour de sa taille. Les tambours battaient lentement, beaucoup plus lentement que les battements de leur cœur qui s'intendifiaient à chaque regard, à chaque caresse des doigts contre la peau nue.

 "Ne t'ai-je jamais dit combien j'aime ton costume de reine?" Les pouces de Xena faisaient de petits cercles paresseux dans le dos de la barde.

"Mmm, je ne crois pas." Elle laissa ses doigts glisser le long des tresses sombres. "Juste le costume ou aussi ce qu'il contient?"

 "Bonne question, peut-être que tu devrais l'enlever pour que je puisse comparer?" Xena fit glisser ses pouces sous le tissu.

"Oh, j'en ai bien l'intention" répondit-elle d'une voix rauque.

Les tambours changèrent légèrement de rythme pour une nouvelle danse. C'était doux, lent et incroyablement hypnotique. L'air de rien, Xena la mena vers une zone plus sombre, toujours sur la terre et non sur l'herbe, loin de la lumière du feu. Un observateur aurait facilement pu manquer les deux femmes qui se balançaient lentement dans l'ombre.

Enveloppées dans le cocon de leur amour, elles continuaient d'échanger des mots doux et de s'effleurer en dansant, complètement indifférentes à ce qui se passait autour d'elles. Ephiny était revenue il y avait un moment et elle jeta un regard sur le couple, sourire aux lèvres. La foule s'éclaircissait de plus en plus et les Amazones se retiraient progressivement dans leur hutte. Comme c'était habituellement le cas lors d'une fête Amazone, plusieurs femmes s'endormirent sur le gazon plus attrayant que de se trainer jusqu'à leur cabane. Certaines avaient des amies qui eurent pitié d'elles et les aidèrent, mais d'autres seraient encore là le matin venu.

 Xena et Gabrielle remarquèrent à peine que la majeure partie des couples de danseuses était partie et que la musique qu'elles entendaient provenait de leur cœur. Elles n'avaient pas réalisé que les tambours s'étaient tus. Ce ne fut que lorsque Ephiny enfin s'approcha et leur souhaita une bonne nuit qu'elles quittèrent leur petit univers et réalisèrent que la fête était terminée. Avec un petit sourire penaud, elles lui rendirent son bonne nuit et marchèrent main dans la main vers leur hutte, leurs pas un peu plus rapides que la normale.
Une fois refermée la porte de leur cabane, le monde extérieur se volatilisa de nouveau.  Gabrielle alluma des bougies et une lueur orange éclaira la pièce. Elle se tourna vers Xena et se retrouva aussitôt dans ses bras. "Gabrielle ... dit Xena d'une voix rauque. Son désir était monté d'un cran avec le halo orange qui entourait la barde.

Quand elle sentit les petites mains sur son visage, ses pouces lui caressant les joues, elle oublia ce qu'elle voulait dire et soupira. Gabrielle sourit doucement à l'effet que provoquait sa caresse.

"Je t'aime." murmura-t-elle, usant de ses mains pour guider la bouche de Xena vers la sienne. La guerrière plongea les siennes dans les cheveux blonds, ses lèvres s'entrouvrirent et leur langue se frôlèrent. Gabrielle se laissa aller tandis qu'elle retirait les sangles en cuir des larges épaules. Elles tombèrent sur le lit, les lèvres toujours scellées. Alors seulement Xena recula, en partie pour reprendre son souffle et pour retirer le vêtement qui faisait barrière entre elle et la peau de la barde. Mais quand elle retourna la jeune femme sur le dos pour dénouer les lacets de son haut, ses mains habituellement sûres d'elles se mirent à trembler légèrement et elle recula, l'air indécis.

"Hé ..." la barde posa ses mains sur les siennes pour la rassurer et elle chercha ses yeux pour y déceler tout signe d'hésitation. Ce qu'elle découvrit la surprit. Gabrielle y lisait un profond amour, mais également une nervosité qui lui chamboula le cœur. Elle sourit et embrassa ses mains. "Je...t'aime... du plus profond... de mon cœur."  dit-elle en embrassant chaque doigt. Elle retourna la main de la guerrière et embrassa la paume calleuse. Xena gémit et laissa ses doigts caresser la joue de la barde.

"Je sais ... Je t'aime aussi, c'est juste que ..." ses pensées furent interrompues par la sensation de son index dans la bouche de Gabrielle qui en suçait le bout dans un rythme qui rivalisait avec les battements de son entre-jambe.

"Je ... Je veux ..."

"Tu veux quoi?" La barde relâcha le doigt et serra doucement sa main.

"Je veux le faire bien ... pas ..." Elle baissa les yeux au souvenir de ce qu'elle avait fait à la jeune femme.

"Comme avant?" finit Gabrielle à sa place. "Xena, ce n'est pas du tout comme avant. C'est..." elle cherchait le mot juste. "... c'est ... eh bien, ce n'est pas pareil. Là c'est de l'amour, Xena. C'est l'amour que tu as pour moi et celui que j'ai pour toi." Elle lâcha les mains de la guerrière et se déplaça jusqu'à ce que leur corps soient tellement proches que l'air ne pouvait passer entre elles. "On ne fait qu'exprimer cet amour." Elle se pencha pour l'embrasser. "Ce qui s'est passé avant n'a pas d'importance. C'est ici et maintenant qui compte."

Elle recula et posa les mains de Xena sur ses seins recouverts de cuir brun. Sentir la guerrière caresser sa peau à travers le matériaux rugueux la poussa à fermer les yeux et elle laissa échapper un petit gémissement.

Lentement, trop lentement à leur goût, Xena reposa ses mains dans son dos pour terminer de défaire les lacets. Gabrielle leva les bras pour faire passer le cuir au-dessus de sa tête. A la lueur de la bougie, ses mamelons dressés formaient de petites ombres sur ses seins, et cela coupa définitivement la respiration de la guerrière. Elle savait très bien à quoi ressemblaient les seins de la barde, se rappelait leur lourdeur entre ses mains, les mamelons fermes dans sa bouche, mais les souvenirs n'étaient rien devant ce qu'elle ressentait à ce moment précis.

Les yeux fixés sur ceux de Gabrielle, elle posa ses mains sur le visage de la barde et ses doigts se promenèrent sur sa joue jusqu'à la base de son cou. Elle sourit en sentant le pouls battre rapidement.

"Xena ..." haleta la barde quand les paumes caressèrent ses mamelons.

 "Mmm, j'aime quand tu fais ça." murmura la grande femme alors que ses doigts se refermaient autour de la chair tendre. Elle se pencha pour que ses lèvres se rapprochent d'un lobe d'oreille très sensuel. "J'aime comment tu réagis à mes caresses." Incapable de résister, elle suça la chair tandis que ses mains continuaient d'explorer les seins. Les soupirs et les gémissements qu'elle reçut provoquèrent un flux entre ses jambes, son désir accru au-delà de tout ce qu'elle connaissait. Il y avait quelque chose de si pur, de si bon à être avec Gabrielle qu'elle ne pouvait imaginer survivre sans elle. Elle lâcha son oreille et fit descendre ses lèvres sur la gorge offerte. Elle caressa du dos de ses doigts les mamelons avant de les prendre entre le pouce et l'index pour les presser doucement.

"Dieux, Xena ... s'il te plaît ne t'arrête pas." soupira la barde, ses mains sur la nuque de la guerrière, encourageant une exploration plus approfondie. Elle gémit lorsque les mains quittèrent ses seins douloureux pour se diriger plus bas.

"Je n'ai pas l'intention d'arrêter jusqu'à ce que je t'ai envoyée plus haut que le mont Olympe." dit la guerrière d'une voix rauque en posant ses mains sur les fesses de Gabrielle pour la rapprocher. Au matin, la barde serait incapable de se souvenir quand et comment sa jupe et ses sous-vêtements avaient disparu car sans s'en rendre compte, sa peau se retrouva pressée, nue, contre les cuirs de Xena.

La guerrière l'allongea doucement sur le lit et s'installa en partie sur elle en soupirant d'extase. Elle embrassait la bouche de Gabrielle pendant que sa main parcourait de haut en bas ses hanches, mémorisant chaque courbe et attisant l'excitation déjà brûlante de la barde. De son genou, elle écarta les jambes de Gabrielle et posa sa cuisse contre l'humidité brûlante.

 "Dieux, Gabrielle ..." gémit-elle en enfouissant sa tête dans l'épaule de la barde. "... tu es si mouillée." Elle ne put résister et appuya sa cuisse contre le sexe chaud, déclenchant un petit cri. Elle sentit également les hanches de Gabrielle remuer. De petits doigts tentaient de détacher les liens de ses cuirs et Xena sourit dans le cou de la barde devant sa persévérance alors que la cordelette refusait de bouger.

"Attends." Xena se mit à genoux pour desserrer la tenace cordelette. Quand elle retira ses cuirs, sa culotte trempée toucha le genou de Gabrielle, provoquant un gémissement de la guerrière et la faisant lentement osciller. Elle jeta les cuirs de côté mais ne fit aucun effort pour changer de place, la sensation était trop agréable pour y mettre un terme. Sa tête tomba en avant, les yeux fermés, comme elle continuait de se balancer contre la cuisse de la barde, le tissu mince de sa culotte frottant contre son sexe. Gabrielle regardait, les yeux mi-clos, la guerrière tremper sa jambe.

 Aussi agréable qu'étaient les sensations, Xena avait un objectif plus important que son propre plaisir. Elle roula sur le côté le temps d'enlever ses bottes et le reste de ses vêtements. Puis elle s'allongea contre Gabrielle et combla son visage de baisers mêlés à des murmures d'amour, murmurant la chance qu'elle avait d'avoir la jeune femme dans sa vie. Sa jambe appuya de nouveau contre le sexe de la barde.

 "J'ai envie de toi, Gabrielle." souffla-t-elle en se glissant plus bas. "Je te veux tout entière... partout ... totalement." Sa lèvre effleura un mamelon douloureux. Un gémissement lui répondit, qu'elle trouva des plus sensuels. 

"Oh oui, Gabrielle, je veux t'entendre."

 "Xena ..." Gabrielle gémit et se cambra, les yeux fermés. Elle enfouit ses poings serrés dans la chevelure corbeau pour appuyer la bouche de la guerrière contre elle. Elle remua contre sa cuisse, cherchant désespérément à libérer le désir entre ses jambes. Elle cria quand la bouche chaude revint à son mamelon pour le sucer.

Xena n'en revenait pas de la sensibilité de la barde. Chaque caresse provoquait une réaction qui la faisait elle-même réagir. Chaque gémissement de Gabrielle en provoquait un chez Xena, chaque soulèvement de hanche provoquait une poussée de sa cuisse. Xena se régalait des seins de Gabrielle. Elle alternait entre lécher, sucer, et mordiller un mamelon pendant que ses doigts prodiguaient l'attention nécessaire à celui qui était délaissé. Sa cuisse était trempée du désir de la barde et elle avait hâte de savourer cette excitation.

Les sens de Gabrielle débordaient. Ses doigts attrapaient et relâchaient les cheveux ébènes sans pouvoir lutter. Ses hanches bougeaient toutes seules contre sa cuisse dans un mouvement de plus en plus frénétique et ses cris redoublèrent.

"Oh dieux, Xena s'il te plaît!" suppliait-elle, incontrôlable. La guerrière comprit et se déplaça juste assez pour poser sa main entre les cuisses de la barde. Les deux femmes gémirent. Les talons de Gabrielle s'enfoncèrent dans le lit et son corps se raidit. Quelques petites caresses sur son clitoris palpitant suffirent à la faire jouir. Elle poussa un cri guttural qui ressemblait vaguement au prénom de son amante. Ses cuisses tremblaient mais elle ne s'en rendait pas compte et les doigts de la guerrière qui continuaient leur caresse lui tirèrent un autre orgasme. Quand elle retomba mollement sur le lit, elle se retrouva aussitôt dans des bras amoureux.

"Chut ... Je te tiens..." chuchota la guerrière qui lui fit une multitude de petits baisers sur le front en lui caressant les cheveux. Gabrielle posa sa tête dans son cou et laissa le martèlement du pouls de la guerrière la ramener des champs Elysées.

La barde paraissait si calme que Xena crut qu'elle s'était endormie jusqu'à ce qu'elle sentît la bouche chaude embrasser son cou et commencer à le sucer. Elle ne doutait pas qu'elle aurait une marque rouge le lendemain, correspondant à celle qu'elle avait faite sur le propre cou de Gabrielle. La pression de la langue sur son pouls fit papillonner les yeux bleus et un petit gémissement s'échappa de ses lèvres.

"C'est si bon ..." murmura-t-elle en appuyant sur sa nuque pour l'encourager à continuer. Les petits doigts de Gabrielle se déplaçaient lentement sur le ventre de la guerrière avant de prendre son sein gauche dans sa main. "Oh dieux ..." soupira Xena quand elle sentit sa bouche commencer sa descente sur l'épaule et encore plus quand sa main couvrit son sein durci.

"Ouiiiiii ..." gémit-elle lorsque la langue entoura son mamelon avant de le prendre dans sa bouche. Ses hanches se mirent à osciller. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour garder la main de la barde exactement là où elle voulait, histoire de calmer le feu entre ses jambes. Les mouvements lents et tendres de Gabrielle la rendaient folle et elle se demandait combien de temps elle allait supporter cette exquise torture.

"C'est si bon..." murmura la barde en promenant sa langue dans le creux entre les seins de Xena. Elle se positionna au-dessus de la guerrière; ses poils blonds et humides dessinaient leur propre peinture sur le ventre de la femme aux cheveux noirs. Elle embrassa lentement le chemin menant au sein gauche jusqu'à ce que ses lèvres entrent en contact avec le mamelon dressé.

 "Je t'aime, Xena."

Elle le pinça légèrement, satisfaite du frisson que cela provoqua. Elle aspira une bonne partie du sein de la guerrière, complètement absorbée dans sa tâche. Le mamelon entre ses dents, elle fit tournoyer sa langue encore et encore. Le corps de la guerrière était constamment en mouvement, son dos s'arquant sous la bouche de Gabrielle, et elle écarta les jambes pour permettre à la barde d'y glisser la sienne. Ses mains caressaient le dos de la jeune femme et elle poussa ses fesses contre elle.

Gabrielle mit son autre jambe entre celles de Xena et descendit lentement, sa bouche explorant la douceur de son ventre. Elle effleura la zone où son propre plaisir luisait encore sur la peau lisse et se goûta pour la première fois. C'était un goût différent de tout ce qu'elle connaissait. Curieuse, elle fit courir son index sur les poils humides de la guerrière et le mit dans sa bouche. Elle le suça et répéta son geste mais cette fois, elle le laissa glisser entre les replis de Xena pour s'imprégner de l'inondation qui y régnait.

"Gabrielle ..." gémit la guerrière. Ses hanches se soulevaient pour tenter d'amener la barde à la pénétrer. Elle poussa un gémissement déçu quand la main de Gabrielle s'éloigna, jusqu'à ce qu'elle réalisât où elle se dirigeait. Xena, yeux mi-clos, vit la jeune femme sucer son doigt avant de venir réclamer un baiser.

"Je t'aime." chuchota Gabrielle avant que ses lèvres ne touchent celles de la guerrière. Xena savoura son propre goût sur la langue de la barde et soupira. Le baiser prit fin bien trop tôt et elle sentit Gabrielle redescendre le long de son corps, ses petits doigts glissant entre ses poils sombres.

"Ouiiiii, s'il te plaît ... J'ai besoin..." Toute pensée cohérente disparut quand deux doigts la touchèrent.

Soutenue par son bras gauche, Gabrielle continuait de faire glisser son doigt contre le sexe de Xena, provoquant rapidement un mouvement effréné de ses hanches. Elle n'en revenait pas de l'excitation de la guerrière, bien plus explicite que dans la grotte. Ses doigts se déplaçaient avec aisance, plongeaient et ressortaient à chaque coup de reins, mais elle comprit instinctivement que Xena avait besoin de plus. "Oh, douce Athena." soupira la guerrière en sentant un troisième doigt. "Oui, Gabrielle ... s'il te plaît ..." Elle ferma les yeux alors que chaque mouvement de la main l'envoyait de plus en plus haut.

Le doux nectar autour de ses doigts mêlés aux gémissements incompréhensibles de Xena causèrent de sérieux battements de désir dans le sexe de Gabrielle. Elle caressa de son pouce le clitoris de la guerrière, sans jamais perdre le rythme. Les yeux de Xena étaient hermétiquement clos, la tête renversée en arrière, la respiration irrégulière; elle était convaincue de ne pas survivre à l'imminente explosion. Ses hanches étaient maintenant complètement hors du lit et elle appuyait sur la main de la barde encore et encore. Elle sentit Gabrielle changer de position et gémit quand le pouce de la barde s'arrêta exactement là où elle en avait envie. Elle souleva la tête lorsque la langue s'insinua en elle. Les pulsations de son sexe augmentèrent au-delà de tout ce qu'elle avait jamais ressenti et sa tête retomba sur le lit, les mains accrochées à Gabrielle pour maintenir sa position.

 "Oh dieux, ne t'arrête pas, s'il te plaît ne t'arrête pas !" Cria-t-elle, tous les muscles tendus. Un, deux, trois doigts aux tréfonds de son être, ajoutés à la langue à l'extérieur, c'était tout ce qu'il fallait pour la faire jouir.

Gabrielle était collée contre l'intimité veloutée  pendant que Xena se libérait à coups de spasmes, à bout de souffle mais cela elle s'en fichait bien. C'était encore plus intense de partager ce moment précieux, sentir la pression des parois intérieures de la guerrière contre ses doigts, le clitoris palpiter contre sa langue et l'humidité salée sur son menton. Elle retira lentement ses doigts et lécha chaque goutte d'amour de Xena avant d'entendre la voix rauque murmurer son nom.

"Je suis là, Xena, je suis là."murmura-t-elle en prenant dans ses bras la femme toujours frémissante. Elle s'attendait à ce que la guerrière ait besoin de temps pour récupérer mais sûrement pas qu'elle enfouisse son visage et s'accroche fermement à elle au point de laisser des marques. Gabrielle caressait les cheveux de la guerrière et mêlait baisers et paroles d'amour, jusqu'à ce qu'elle sentît l'étreinte se relâcher et les lèvres chercher les siennes.

"Je t'aime." dit Xena et entre deux baisers. Aucune d'elles n'en avait assez de l'autre et  chaque baiser se faisait plus intense. Les bras emmêlés, leurs mains caressaient doucement leur dos, leur corps pressés l'un contre l'autre avec une urgence croissante, chacune avait besoin de davantage.
Xena allongea doucement la barde sur le dos, la lueur des bougies pâle se reflétait sur le corps en sueur.

 "Tu es si belle, Gabrielle... si parfaite."
Elle se pencha et embrassa un mamelon parfait avant de regarder dans les yeux verts de la jeune femme qui avait depuis longtemps conquis son cœur. Elle caressa de son long doigt la lèvre inférieure de la barde avant que le désir de goûter à nouveau ces lèvres reprit le dessus.

Gabrielle gémit et renversa leurs positions pour s'allonger sur la guerrière.  "Mmm, c'est mieux." murmura-t-elle en descendant le long du cou de Xena. Elle déplaça ses mains de manière à prendre en coupe les seins qu'elle aimait tant.

 "J'aime te toucher, Xena." Elle remonta pour l'embrasser. "J'aime tout chez toi, la lumière, l'obscurité et tout ce qu'il y a entre les deux." Elle trouva une oreille niché dans de longs cheveux noirs et fit courir sa langue dessus. "Tu as si bon goût ... je pourrais passer la nuit à te déguster." Elle respirait avec une sensualité qui fit frissonner le corps étendu sous elle.

Xena gémit. "Puisqu'on en parle..." Elle utilisa ses jambes pour écarter celles de la barde et descendit lentement sous elle tout en l'embrassant. Quand elle atteignit les seins de Gabrielle, elle remarqua le changement de respiration de la jeune femme et sourit. Elle descendit jusqu'à ce que ses lèvres effleurent le nombril. Elle remarqua avec un sourire satisfait que les hanches de Gabrielle se pressaient contre elle dans un silencieux désir.

"Bientôt, mon amour, bientôt." lui promit-elle avant de descendre encore et d'effleurer de ses lèvres les boucles blondes et humides.

"S'il te plaît ..." soupira Gabrielle à la caresse trop douce.

Xena répondit à ces cris un peu plus tard, quand elle utilisa son pouce pour écarter les lèvres trempées et enfouir sa langue profondément dans sa moiteur. Elle laissa sa langue explorer chaque repli, chaque changement de texture tandis que le parfum et le goût du désir de la barde ravageaient ses sens. Les petits soupirs et les gémissements formaient une douce musique à ses oreilles et son corps réagissait à chacun d'eux.

Gabrielle saisit la tête et les épaules de la guerrière, ne pouvant pas toucher autre chose. "Xena ..." haleta-t-elle, frustrée. Et elle gémit de nouveau quand elle sentit Xena relever la tête pour la regarder, inquiète.

"Que se passe-t-il ?"

"Je ne peux pas te toucher." Grogna-t-elle en descendant un peu. Xena glissa sa main entre les replis de son sexe et continua de l'exciter tout en se redressant pour l'embrasser. Les lèvres de la guerrière, son visage et sa langue étaient couverts de l'excitation de Gabrielle et la barde gémit profondément quand elle sentit son goût dans la bouche de Xena.

"Je veux ... te goûter." Elles poursuivirent leur baiser pendant que les doigts de la guerrière attisaient le feu de leur passion.

Gabrielle pensait connaître la joie extrême d'être avec Xena, mais elle avait tort. Terriblement tort, réalisa-t-elle lorsque la guerrière s'abaissa sur sa bouche impatiente. La jeune femme passa ses bras autour des hanches de Xena pour rester en phase avec la réalité quand elle sentit la langue chaude remplacer les doigts. Le désir engendre le désir et le plaisir engendre le plaisir. Gabrielle augmenta le rythme et la langue de la guerrière répondit sur la même cadence.

Leurs corps remuaient en osmose, les mains agrippées à la chair ferme, leurs petits cris et leurs gémissements profonds se répondant mutuellement. Toutes les deux concentrées pour donner à l'autre le plus de plaisir possible, leur corps se soulevaient de plus en plus. Gabrielle jouit la première. Elle tourna la tête et cria son orgasme contre la cuisse de Xena; le dos cambré, elle emmena la guerrière avec elle. Xena resta allongée le temps que les spasmes se calment puis leva la tête et  la posa sur le triangle doré. Gabrielle refusait de céder à son corps qui voulait se reposer et lutta pour maintenir ses sens en éveil assez longtemps afin d'enrouler ses lèvres autour du clitoris de Xena. Elle le suça fermement pendant que sa langue remuait rapidement. Il ne fallut que quelques battements de cœur avant de sentir les muscles de la guerrière se tendre. Xena cria le nom de son amante plusieurs fois alors qu'un flot de lave lui traversait le corps.

Elles étaient allongées sur le dos, trop épuisées pour penser à bouger et se mettre côte à côte. Elles restèrent un long moment comme ça, en quinconce, leurs doigts caressant paresseusement leurs mollets.

"Je ne peux plus bouger." dit Gabrielle.
"Moi non plus." Mais Xena finit par se tourner juste assez pour prendre la barde dans ses bras. Elle regarda dans la pièce sombre. "Les bougies sont éteintes."
"Mmm, je n'ai pas remarqué."
"Non, bien sûr." ricana la guerrière en embrassant son nez. "Le village aurait pu disparaître que nous n'aurions rien remarqué."
 "Le village?" La barde leva la tête, réalisant soudain où elles se trouvaient. "Oh dieux, Xena. Tu crois que quelqu'un nous a entendues?"
 "Oh, j'en suis persuadée. Nous n'avons pas été particulièrement discrètes." Elle sourit car elle se doutait que la barde était en train de rougir.  "C'est bon, Gabrielle, je suis sûre qu'elles ont déjà entendu deux femmes qui s'aiment. C'est un village plein d'Amazones, après tout." Elle se pencha pour l'embrasser. "D'ailleurs ..." Ses lèvres étaient juste au-dessus de la barde: "j'adore la façon dont tu cries mon nom." Elle fit courir sa langue sur la lèvre de la jeune femme.
"Ah oui?" demanda Gabrielle avec un sourire. "Parfait, car j'adore la façon dont tu cries le mien." Elle leva la tête et captura les lèvres de Xena. "Et j'ai bien l'intention de t'entendre le crier souvent."

Le lendemain, il n'y eu aucun signe de la reine Amazone et de la princesse guerrière, mais de temps en temps, on entendait un prénom crié dans la petite cabane. Ephiny, qui se promenait par là à un moment donné, secoua la tête.

"Il y a des reines qui ont de la chance." murmura-t-elle avant de rejoindre la pile de parchemins sur lesquels elle travaillait. Elle savait que Gabrielle ne l'aiderait aujourd'hui.

FIN

Je tiens à remercier Verda et Lunacy pour leur aide immense. Ca n'aurait jamais eu cette qualité sans elles.
 
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